Les historiens, d’Allemagne ou d’ailleurs, ont attendu presque 70 ans après la nomination d’Hitler à la chancellerie du
Reich pour examiner de plus près l’attitude adoptée par les nouveaux maîtres de l’Allemagne vis-à-vis des Églises. En effet, l’historiographie réserve une place prépondérante aux atrocités
commises par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, en tout premier lieu contre la population juive qui en fut la principale victime. À juste titre, la Shoah constitue un objet d’études
dont nous sommes loin d’avoir touché la fin [1]. C’est ainsi que la politique de destruction nazie continue à imprégner l’historiographie des organes de persécution du Troisième
Reich.
Pour retracer les approches et les pratiques mises en place précocement dans la lutte contre les prétendus adversaires du régime, il n’est cependant pas inutile de se pencher sur d’autres groupes
se trouvant dès 1933 dans le collimateur des agents du parti. Après la chute du rideau de fer et l’ouverture des archives emportées après 1945 par l’Armée Rouge vers Moscou, les historiens ont eu
accès à une documentation demeurée longtemps inaccessible et qui offre de vastes perspectives de recherche. Wolfgang Dierker est ainsi l’auteur d’une thèse très impressionnante sur la politique
de répression des confessions religieuses mise en œuvre par le service des renseignements du parti, le Sicherheitsdienst (SD). Son travail s’appuie sur les archives du Kirchenreferat, service
chargé « d’observer » les Églises jusqu’en 1941, date à laquelle ses compétences sont transférées à la Gestapo, échéance qui marque la fin de la présente étude. L’histoire des archives qui
fondent ce travail n’est d’ailleurs pas sans intérêt : délocalisées en 1943 vers la Silésie et les Sudètes suite aux bombardements alliés sur la capitale allemande, elles tombent aux mains de
l’Armée Rouge en 1945. Majoritairement restituées au gouvernement de la RDA dans les années 1950, elles sont alors intégrées au Ministerium für Staatssicherheit, afin d’être mises au service des
campagnes de propagande lancées contre des hommes politiques de l’Allemagne de l’Ouest ou des communautés telles que les Témoins de Jéhova. Les historiens doivent pour leur part attendre
l’effondrement du régime pour les exploiter…
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http://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=RHMC_501_0198
Les « Croisés d’Himmler » et la politique de la police du parti nazi vis-à-vis des confessions religieuses
Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine 2003- 1 (no50-1)| ISSN 0048-8003 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2-7011-3431-5 | page 198 à 205
Barbara Lambauer
Barbara LAMBAUER CHEV-INSP 27, rue Saint-Guillaume, 75007 Paris
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