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Une parole après l'autre, l'histoire d'Henri Vidal se met en place pièce par pièce, comme un puzzle auquel on rendrait sa cohérence. Une histoire de peu d'importance, au reste, tant elle accumule les échecs et se perd dans les méandres d'une intelligence bornée, fatiguée d'une existence qui n'en est pas une. Mais cette histoire, on ne s'en détache pas. Par un habile montage de dépositions, de coupures de presse, de rapports médicaux, d'extraits de correspondance, de confessions, y compris celle de Vidal lui-même, Philippe Artières et Dominique Kalifa, deux excellents spécialistes des bas-fonds de la Belle Epoque, arrachent cette vie à sa médiocrité et, au milieu de la multiplicité des regards qui se portent sur elle, éclairent un peu de sa sombre beauté. Du fond de sa nuit intime émerge un piètre assassin dont on ne sait s'il n'est pas plus victime que ses propres victimes, silhouette fragile partagée entre le repentir et la haine, minée par les fièvres de la brousse africaine et le mépris d'une mère sans affection. Toutes ces voix qui se font entendre en se succédant comme dans un fondu enchaîné très cinématographique, sans que jamais les auteurs interviennent, sont l'écho presque assourdissant d'une société croquée à vif avec ses petites dames, ses bourgeois, ses détraqués, ses misères, ses bagnes, ses bals et ses rêves. Il convient de saluer cette écriture de l'histoire par le seul recours à la parole nue. Une tentative originale et réussie.

 


 

Vidal, le tueur de femmes

Daniel Bermond

Lire, décembre 2001 / janvier 2002

 

En décembre 1901, Henri Vidal, un hôtelier de Hyères âgé de 34 ans, agresse à coups de couteau deux jeunes prostituées. Quelques jours plus tard, à Tamaris près de Toulon, il assassine une autre fille publique. Il récidive à la fin du mois, en tuant cette fois une jeune Suissesse rencontrée dans un train, entre Beaulieu et Eze. Arrêté parce qu'il voyageait sans billet, celui que le pays tout entier va surnommer le « tueur de femmes » est condamné à mort par la cour d'assises de Nice en novembre 1902. Gracié par le président Loubet, il est envoyé au bagne de Cayenne où il meurt en juillet 1906.

Mais entre-temps, l'assassin a suscité une immense littérature, sur laquelle se fonde cette reconstitution biographique : faits divers bien sûr, chroniques journalistiques, témoignages, commentaires des magistrats et des experts, signés des plus illustres criminologues du temps, ainsi qu'une autobiographie du criminel, rédigée dans sa cellule l'été précédant le procès. A partir de ces nombreux matériaux, et sans ajouter le moindre mot aux paroles des contemporains, les auteurs ont réalisé un très étonnant montage, qui permet bien sûr de dérouler le film de cette existence singulière, mais qui montre aussi comment une société, dans sa diversité et parfois ses contradictions, construit la figure d'un criminel.


On n'a jamais rien lu de pareil en histoire et le résultat est si saisissant qu'il fait songer aux textes les plus célèbres de micro-histoire.

 

Vidal, le tueur de femmes 

Auteur(s) : Philippe Artières - Dominique Kalifa

 Editeur : Librairie Académique Perrin

Année : 2001

www.amateur-histoire.fr/theme.php?recherche=D...

 


Affaires criminelles - Criminalité (99)

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