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D'abord convaincu de la culpabilité du capitaine, le Tigre républicain en devient vite le défenseur. Avec verve et talent

 

Nul n'est censé ignorer les faits: s'agissant de l'affaire Dreyfus, ce lieu commun judiciaire a une valeur particulière. On l'a un peu oublié, l'Affaire ressemblant aujourd'hui à l'un de ces «lieux de mémoire» chers au coeur de l'historien. Or voici un journaliste pour nous rafraîchir sacrément la chose. Son nom? Georges Clemenceau, alias le Tigre, mur d'acier du patriotisme français à l'heure des pioupious de Verdun.

 

Avant d'être le Tigre, cet homme né en 1841 avait fréquenté dans sa jeunesse le gratin du milieu artistique (Hugo, Monet, Cézanne, Mallarmé...). Ami de Blanqui et d'Arago, il se voulait un républicain de raison: député au moment de la Commune, il avait tenté de s'interposer entre l'émeute et l'Assemblée. On voyait monter un grand homme de gauche à la française, lançant en 1880 - quatorze ans avant l'arrestation de Dreyfus - un journal qui s'appelait tout simplement La Justice.

 

Lorsque éclate l'Affaire, Clemenceau est pourtant hors du jeu politique; il a subi lui-même les calomnies, accusé de trahison au profit de l'Angleterre. Quoiqu'il ait été lavé de tout soupçon, ses électeurs du Var ne l'ont pas entendu de cette oreille. Battu en politique, Clemenceau se retourne vers le journalisme. Le cas Dreyfus va lui donner du travail. Il l'avait d'abord cru coupable, son article de 1894 dans La Justice, intitulé «Le Traître», en témoigne suffisamment.

 

La révélation de la culpabilité plus que probable d'Esterhazy introduit le doute: Clemenceau, républicain avant d'être patriote, se met en mouvement. Il y a un problème, éclaircissons. Tel est le leitmotiv de cette prodigieuse série d'articles tous publiés dans L'Aurore et que l'excellence éditoriale de Michel Drouin porte ici à notre connaissance. 3 300 pages au laser pour régler un problème d'iniquité. Amateurs d'emphase lyrique, pseudo-justiciers de tribune, idéologues du politiquement correct, passez votre chemin. Poser des questions, décortiquer, réclamer de la précision, s'étonner que l'on passe outre à l'élémentaire justice, voilà qui donne le ton: «Les Machiavels des Folies-Bergère par qui nous avons le malheur d'être gouvernés commencent-ils à comprendre tout le mal qu'ils nous ont fait en violant la loi dans l'affaire Dreyfus, sous prétexte de raison d'Etat?»

 

Le colonel Picquart, chef du Service des renseignements, le vice-président du Sénat Scheurer-Kestner, d'autres encore, ont fait leur travail (et pourtant, Picquart est antisémite! note Clemenceau...); ils ont été capables de cette vertu républicaine qui exige d'aller au fond des choses, quoi qu'il en coûte à l'honneur de l'armée. Pourquoi n'en veut-on rien savoir? Cette quête méticuleuse de la vérité (je ne dis pas que Dreyfus est innocent, s'obstine à répéter Clemenceau, je veux simplement savoir si Dreyfus a eu connaissance de tout le dossier) fait un écho quotidien au célèbre J'accuse de Zola: on en ressort secoué, stupéfié, on veut comprendre ce qui arrive à la société française de ce moment. Au-delà de la colère, portés par un talent de plume cinglant, ne cédant jamais à l'effet, les textes de L'Iniquité nous placent devant un mystère de haine et de morale élémentaire. L'antisémitisme français est naturellement au coeur de ces textes, comme l'énigme à résoudre. Que représente Dreyfus pour que la justice se donne à ce point le droit d'ignorer ses propres principes? Pourquoi Dreyfus autorise-t-il un tel reniement de soi? Que signifie au juste ce crédit que l'on s'offre au mépris du droit? Il n'est pas une seule de ces questions, un siècle plus tard, qui ne réclame encore sa réponse.

 

Clemenceau et l'affaire Dreyfus

Crépu Michel, publié le 02/08/2001

L’Express

 

L'Iniquité. L'affaire Dreyfus, par Georges Clemenceau. Introduction de Michel Drouin. Mémoire du livre, 587 p., 159 F.

 

 

Inaugurée avec L'Iniquité, suivie de Vers la Réparation, la première réédition, après un siècle d'oubli, de la somme monumentale de Georges Clemenceau consacrée à l'Affaire Dreyfus, se poursuit avec Contre la Justice, réunion chez Stock en 1900 des articles écrits et publiés dans L'Aurore entre le 12 décembre 1898 et le 31 mars 1899.


 

Continuant jour après jour sa campagne pour exiger la révision du procès du capitaine condamné en 1894 à la déportation perpétuelle, Clemenceau, salué par Octave Mirbeau, Charles Péguy, Anatole France, Marcel Proust et Léon Blum, s'acharne à démasquer les menées retorses des politiciens au pouvoir et finit par obtenir, d'un parlement apeuré, le vote d'une loi de " circonstance ", rétroactive, destinée à dessaisir la Chambre criminelle de la Cour de cassation jugée favorable à la cause de Dreyfus afin d'étendre la révision à l'ensemble de la Cour suprême. D'où le titre, Contre la Justice, " qui peut paraître étrange, sinon même choquant ", comme le souligne Jean-Denis Bredin dans sa préface.


 

Face à un nouvel abaissement du pouvoir civil devant les machinations incessantes des faussaires de l'État-Major pour étouffer la vérité, face aux mensonges et aux menaces d'une violence inouïe de la presse réactionnaire et antisémite, Clemenceau hisse au plus haut niveau le débat fondamental entre le respect des principes républicains et les forfaitures commises au nom de la raison d'État.


 

Nouvelle illustration du rôle capital de Clemenceau dans l'Affaire, ce troisième volet nous restitue non seulement l'histoire rigoureuse du drame qui a secoué la France, mais surtout offre au lecteur d'aujourd'hui un aspect méconnu de la prodigieuse destinée du Tigre. Un tel engagement confirme le jugement d'Hannah Arendt, magnifiant dans Les Origines du Totalitarisme. Sur l'antisémitisme, l'apport décisif de ce fabuleux pamphlétaire pour défendre l'idéal républicain : " La grandeur de la position adoptée par Clemenceau est qu'il ne combattait pas une erreur judiciaire en particulier, il se battait pour des idées, " abstraites " : la justice, la liberté, le civisme, ces idées qui avalent été au coeur du patriotisme jacobin d'autrefois (...) ". Une telle apologie des valeurs démocratiques aide à mieux saisir la haine du régime de Vichy ordonnant le 4 avril 1941, par un décret signé Darlan et Carcopino (sous l'autorité de Philippe Pétain, qui devait son bâton de maréchal à... Clemenceau !), le retrait de cette oeuvre majeure du dreyfusisme de toutes les bibliothèques publiques de France.


 

Enrichie de quatorze articles parus dans La Dépêche, mais non retenus par l'auteur, en 1900, cette nouvelle édition de Contre la Justice est établie et annotée par Michel Drouin, comme pour les volumes précédents. Mémoire du Livre publiera les quatre tomes suivants au cours des années à venir. Prochain volume: Des Juges.


 

Contre la justice

Georges Clemenceau, Jean-Denis Bredin

Editeur : Mémoire du livre

Parution le : 17 Janvier 2007

Ouvrage publié avec le concours du Sénat.

www.rue-des-livres.com/livre/2913867529/contr...

 

La Charente inférieure et l’affaire Dreyfus

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-29317465.html

 

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fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 06/07/2011 18:06


Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-29, THÉORÈME DU TIGRE.

BILL CLINTON, DSK et TIGRE ?

Cordialement

Clovis Simard


06/07/2011 21:14



 


Laissé par : fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) aujourd'hui à 18h06


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