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Crédit photographique : Guerre 1939-1945. Jean Luchaire (1901-1946), journaliste français (au centre, cigarette aux lèvres) avec Georges Guilbaud, directeur d'"Echo de France" et son équipe de journalistes. Paris, décembre 1943.© LAPI / Roger-Viollet - Lire les conditions générales d'utilisation des photo

 

LUCHAIRE (Jean) – Journaliste, homme de revue et patron de presse né à Sienne (Italie), le 21 juillet 1901. Descendant d’une prestigieuse lignée d’intellectuels juifs (arrière-petit fils de l’historien Jules Zeller, proche de Mathilde de Bonaparte) et protestants (petit-fils d’Achille Luchaire, collaborateur d’Ernest Lavisse et du philosophe Lionel Dauriac, initiateur de la toute première chaire d’esthétique musicale en France). Fils aîné de Julien Luchaire (haut-fonctionnaire à l’origine de l’Unesco) et de l’économiste Fernande Dauriac (également éditrice chez Stock, amie d’Aldous Huxley et cousine germaine de l’écrivain Marie Lenéru). Frère de Marguerite Luchaire, née le 25 décembre 1904, future épouse du psychanalyste Théodore Fraenkel (1933), co-fondateur du mouvement Dada à Paris.

 

Enfance lyonnaise de 1901 à 1906 (quai de la Charité et Cours d’Herbouville) puis grenobloise de 1906 à 1914 (Grande-Rue si chère à Condillac, Stendhal et Fantin-Latour) dépeinte dans la Moisson sous l’orage, son autobiographie parue en 1928 sous forme de feuilleton dans les colonnes de la Volonté. Fait ses études à l’Ecole chrétienne communale de garçons et au Collège Champollion de Grenoble puis au Lyceum de Florence avant d’achever prématurément ses études par un court passage à la Faculté de Droit de Paris et l’Ecole libre des Sciences politiques. A la fin de l’été 1914, au terme d’une troublante expérience de brancardier volontaire à Uriage (Isère), il part pour la cité des Médicis où son père vient juste de créer l’Institut culturel franco-italien. S’ensuivent cinq années riches en rencontres, cruciales dans la formation de ce publiciste précoce (fondateur d’une revue philanthropique, les Jeunes Auteurs, à compter de janvier 1917 ; il n’a pas 16 ans). Florence, l’appartement de la Via Azeglio, ou les heures villégiaturées à la Villa Topaia sont autant de milieux nourriciers, sorte de « serres chaudes » où les grands noms de passage, Barrès, Rolland, Valéry-Larbaud, Crémieux, Chadourne et surtout Jean-Richard Bloch, « son » éveilleur, contribuent à compléter l’apprentissage de « Giovannino ». Sa marraine, Rose-Anita Finaly, sœur du fondateur de la Banque Paribas, lui transmet son sens de l’affairisme dans les allées de la Villa Landau. Au vu de l’absence paternelle récurrente, Luchaire est à « l’Ecole du Sud », pour reprendre l’expression de Dominique Fernandez, c’est-à-dire comme empêché de mûrir puisque rompu par l’amour dévorant que lui voue sa mère. Durant ses années toscanes, Luchaire a certes grandi, au gré de sa camaraderie et de ses entourages familiaux, dans ce qui constitue le noyau primitif de l’antifascisme italien (les familles Salvemini, Ferrero, Lombroso, Pincherle, Rosselli, le philosophe Piero Gobetti, l’écrivain Giovanni Papini etc).

 

A partir de l’été 1919, il réside à Paris aux rues Rotrou (1919-1923), Claude Bernard (1923-1933) et Villa des Ternes (1933-18 août 1944). Se marie en août 1920 avec Françoise, la petite-fille du peintre académicien, Albert Besnard, une union dont naissent quatre enfants : l’aînée, Corinne (1921), future actrice en vogue des années 1940, le puîné Robert (1922 -décorateur puis producteur influent des milieux cinématographiques français et hollywoodiens) et les benjamines Florence (1925 - danseuse étoile à l’Opéra de Paris mariée un temps à René Arrieu) et Monique (1926). La Ville Lumière est une nouvelle étape décisive quant à la fabrique d’un personnage ombrageux, si décrié au soir d’une existence pour le moins sulfureuse. Fréquente les réseaux d’avant-garde et les endroits à la mode du Paris de ce début d’Années Folles : le mouvement Clarté d’Henri Barbusse, le Bœuf sur le Toit, le Café napolitain, le salon du théoricien sioniste Max Nordau. Entre 1919 et 1924, il crée une association de conférences et d’action d’art, l’Effort, dont la composition hétéroclite voit cohabiter des intellectuels aussi divers que le dramaturge transalpin Leo Ferrero ou le chantre du surréalisme, René Crevel. Dans la continuité, il fait reparaître la revue Vita qui s’honore des contributions de Georges Van Parys, Jacques Nels, Claude Aveline et Julien Green.

 

Pour assumer pleinement son statut de jeune père de famille, Luchaire se fait journaliste. Dès 1921, et ce, par l’entremise de Colette et de son oncle Carle Dauriac (rédacteur en chef de Comoedia), il collabore au Matin, à l’Ere nouvelle, au Petit Parisien,à la Voix,à la Volonté, à la France de Nice et du Sud-Est, à l’Homme libre, le journal fondé par Clemenceau ; Echotier sportif alors très proche des « as » de l’époque (Georges Carpentier, Emile Allais, Jacques Cartonnet), courriériste théâtral (ayant œuvré à la lente diffusion du « polar ») puis jeune chroniqueur de politique étrangère reconnu, il gravit assez rapidement les échelons au terme de reportages goûtés par ses prestigieux commanditaires (interview de Mustapha Kemal à Smyrne au coté d’Ernest Hemingway, couverture du Plan Dawes, dossiers sur la diplomatie nippone et la vie quotidienne au sein du Protectorat marocain au temps de la Guerre du Rif). Si bien que le voilà, à moins de 30 ans, rédacteur en chef d’un quotidien parisien, la Volonté dirigée par le truculent Albert Dubarry.

 

En juin 1927, fonde une tribune mensuelle baptisée Notre Temps (Revue des jeunes générations européennes). Axée sur une ligne éditoriale novatrice, « réaliste » pour reprendre le terme usité par son jeune directeur (empreinte de pacifisme européen et d’une farouche volonté de refonte des institutions de la IIIème République), cette publication luxueuse et exposée connaîtra pendant treize ans des fortunes diverses, tant par le brio de ses collaborateurs réguliers (Marcel Achard, Georges Auric, Emmanuel Berl, Pierre Brossolette, Joseph Delteil, Jean Giraudoux, Henri Jeanson, Louis Martin-Chauffier, Pierre Mendès-France, Paul Vialar, Herbert-George Wells…) que par sa postérité liée en partie à l’évolution de la conjoncture internationale (tout particulièrement après l’instauration du pouvoir nazi en Allemagne). Fait la connaissance d’Aristide Briand, attiré par les points de doctrine qui y sont développés, et obtient pour cette dernière, du Quai d’Orsay comme de la Place Beauvau, nombre de subventions fond-secrétières de plusieurs milliers de francs. En marge de ces activités, fonde plusieurs mouvements non-conformistes dans une sphère proche de celle d’un Drieu la Rochelle, fréquente les cercles en vogue (les Décades de Pontigny, Colpach et le salon de sa belle-mère, Antonina Vallentin, figure de proue de la résistance intellectuelle au nazisme au côté des Mann et d’Albert Einstein).

 

Dans le cadre de ce militantisme pour la réconciliation franco-allemande, il fait la connaissance d’Otto Abetz en 1929. C’est à la suite de cette rencontre que sont organisés par leurs soins mutuels des congrès internationaux aux congés universitaires des années 1930, 1931, 1932, 1933 et 1934, et ce, malgré l’entrée d’Abetz au sein des services de propagande extérieure du ministre nazi, Joachim Von Ribbentrop. En 1933, décide de transformer Notre Temps en quotidien du soir (l’entreprise est de courte durée ; la subvention mensuelle que lui avaient accordée les successeurs d’Aristide Briand, et notamment Pierre Laval, lui étant retirée, le titre redevient une publication mensuelle). Tuberculeux depuis la fin des années 1920, il quitte Paris en juillet 1939 pour de fréquents séjours à Vittel et Talloires, dans la villa des Besnard. Ne reprend ses activités journalistiques qu’en mars 1940, époque à laquelle M. Frossard, ministre de l’Information, lui fournit les moyens de faire reparaître sa publication. En juin 1940, quitte la capitale, et se réfugie avec sa famille dans les Landes. Le 18 juillet 1940, entre en rapport avec le Président du Conseil, Pierre Laval. Est chargé d’établir les premiers rapports entre ce dernier et le nouvel ambassadeur du Reich en France occupée, Otto Abetz. Jouant alors le rôle de porte-parole officieux de l’Etat français, entreprend de modérer les attaques de la presse collaborationniste contre les dirigeants vichystes. Appelé par Bunau-Varilla à la rédaction en chef du Matin, il fonde bientôt rue du Louvre son propre quotidien, les Nouveaux Temps, dont le premier numéro est daté du 1er novembre 1940. Tirant jusqu’à 75 000 exemplaires, ce journal de « haute tenue intellectuelle » a su s’attirer les plumes d’auteurs comme Marcel Aymé, Henri Troyat, Pierre Mac Orlan, André Thérive, Nino Franck et du récent Goncourt, Thierry Sandre.

 

Elu, dès l’automne 1940, président du Groupement corporatif de la presse quotidienne de Paris, puis président de la Corporation nationale de la presse française en juin 1941.

 

Signataire, avec Marcel Déat, Joseph Darnand et consorts, du Mémorandum ultra-collaborationniste adressé aux autorités allemandes en septembre 1943. Signataire d’une note, le 22 juillet 1944, réclamant une lutte sans merci contre le « terrorisme » des Résistants français, il appartient aux éléments jusqu’au-boutistes du nouvel ordre européen.

 

Durant les années sombres, Jean Luchaire incarne le type même du professionnel de la communication, visionnaire en avance sur son temps convaincu par l’impact du « Tout-Propagande » puisqu’ après la revue littéraire, la presse quotidienne, le magazine de société (Toute la vie publié à partir de l’été 1941), il s’est adonné à tous les modes de communication en s’essayant, comme de bien entendu à l’édition (Editions Lutetia et Colbert organisatrices du controversé Prix de la Nouvelle France patronné par Georges Simenon et Sacha Guitry) à la production cinématographique ( Studio niçois de la Valensole) à la direction théâtrale (Théâtre de l’Avenue), et même à la radiodiffusion en ayant dirigé Ici la France, le porte-voix des derniers affidés de la collaboration en exil. Ambitieuse, moderne, cette volonté de surexposition est à la source des lâchetés commises et le revers de médaille d’une célébrité subie au rythme des « bonnes adresses », des tables de jeu et des tromperies conjugales.

 

Quitte Paris le 18 août au lendemain de la publication du dernier numéro des Nouveaux Temps. Nommé le 6 septembre Commissaire à l’Information dans la fantomatique Commission gouvernementale de Sigmaringen dirigée par Fernand de Brinon. Quitte la Souabe aux premières heures de l’entrée des forces alliées sur le sol allemand puis gagne son Italie natale, où il est considéré comme déserteur depuis 1921. Arrêté à Merano, incarcéré à Fresnes en juillet 1945 après un court transit par Nice et Drancy, il comparaît le 21 janvier 1946. Au-delà sa compromission institutionnelle avec l’occupant, lui sont imputés de lourdes charges tenant à son train de vie mondain, dispendieux, racoleur, et à ses accointances scandaleuses avec la bande du « 93 » de la rue Lauriston. Condamné à mort puis exécuté au Fort de Châtillon-su-Seine, le 22 février 1946. Paradoxe de ces temps troublés ( ?), affinités électives ( ?), le collaborateur notoire portait en cette funeste occasion la pelisse bleue du poète-martyr, Robert Desnos.

 

Une ombre dans la Ville-Lumière : Jean Luchaire (1901-1946)

http://www.facebook.com/group.php?gid=10236400671

 

 

Description :

Haro! Pour toute personne susceptible de rapporter quelques pièces supplémentaires à cet épais dossier à charge patiemment reconstitué depuis 6 ans déjà...(sites?, localisation d'archives, correspondances? ou de simples éclaircissements..) Une biographie de Jean Luchaire, "L'enfant perdu des années sombres", paraîtra à l'horizon 2009 aux éditions Fayard

 

 

Corinne Luchaire, la belle interprète aux cheveux de lin ...

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-29256674.html

 


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