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Marseille - Cayenne - Caracas, l’aventure d’un proscrit


 

1ère étape : Marseille


 

C’est le lieu du crime. C’est aussi celui du procès et de la sentence. Le cadavre de Jacques Rumèbe est retrouvé, par hasard, dans un placard du cabinet du Dr Bougrat. Rumèbe, encaisseur de fonds, est justement un ami de Bougrat et son patient pour un long traitement de la Syphilis. Le docteur est accusé (à tort ? et peut-être un peu trop facilement ?) par un jury populaire pour cet assassinat. Les médias et l’opinion publique se déchaîneront sur ce médecin-meurtrier de Marseille. Un crime odieux aux dires de journalistes, une proie facile aussi en la personne du Dr Bougrat. Une justice au goût amer qui me (lui ? nous ?) reste en travers de la gorge. Comment un docteur peut commettre pareilles atrocités ? La question est posée, mais seul le Dr Bougrat pourra nous révéler, un jour, ses motivations. Quoi qu’il en soit, le Dr Bougrat, sera condamné au bagne à Cayenne. Sur le bateau en départ à Saint-Martin-de-Ré, la gouaille marseillaise se mêle au titi parisien. La houle embarque nos prisonniers, à bord de La Martinière, vers ce terrible lieu de peur, de maladie, de mort.

 

 

Ici, la séparation est absolue, il n’y aura pas de retour. Forçat... Étais-je « tombé si bas » ? Étais-je promis à cette pourriture dès l’instant où le regard d’Andrée avait croisée le mien sur les allées de Meilhan ? Ils l’ont dit - ce fut même le cheval de bataille du triste Siame. Le vice m’avait pris par la main pour me conduire au crime ! Et la preuve qu’ils ont réussi à me rendre coupable, c’est que l’autre jour à Saint-Charles, en arrivant sur le quai éloigné, semi-clandestin où avait lieu notre embarquement, j’ai été soulagé de voir qu’inavouable et la viande criminelle qu’on chargeait se trouvaient des misérables certes, et même d’authentiques monstres, mais aussi trois bougres à face humaine et un gamin complètement perdu. C’est alors que j’ai découvert ce que tout être injustement condamné rumine : le désir de vengeance ! Gratitude pour les rares compassions entrevues tout au long du calvaire mais, avant tout, vengeance. Une vengeance que je me sens capable, maintenant, d’imaginer avec une précision froide et maniaque...


 

2ème étape : Cayenne


 

C’est le lieu de la souffrance. La maladie rode autour, la mort aussi. Le Dr Bougrat pourrait se sentir anéanti dans un tel environnement. Pourtant, il va trouver sur place la force d’exercer, avec les moyens du bord, son métier. Le serment d’Hippocrate, il le connaît par cœur et a justement le cœur pour pouvoir l’utiliser au mieux afin d’aider les plus mal-lotis que lui. Il se met en devoir d’aider tous ces relégués, déportés et transportés soumis au doublage. Finalement, son statut enviable de médecin lui octroiera quelques privilèges et lui facilitera à supporter le pire. Mais comme hanté par l’injustice d’être à Cayenne, l’envie de s’évader ne lui a jamais quitté l’esprit.


 

3ème étape : Caracas


 

C’est le lieu de son échappatoire. Une évasion pour le Venezuela sortira le Dr Bougrat de cet enfer terrestre. Des moments difficiles, douloureux aussi bien physiquement que moralement pour un évadé mais qui n’auront pas d’incidence sur sa détermination à fuir ce « territoire » français. Et là-bas, une nouvelle vie débutera. Toujours passionné par la médecine et par les autres, il sera toujours emprunt de compassion pour aider les autochtones. Son crime, il l’a payé au centuple et ses bonnes actions restent mémorables dans ce pays. Il fondera un hôpital, ira dans les endroits les plus reculés pour justement servir et aider les vénézuéliens les plus pauvres pour la plupart oubliés de leur gouvernement. Il y découvrira l’humanité de son caractère mais aussi l’amour en fondant une nouvelle famille. Devenu médecin des pauvres, il sera traité en Saint par les villageois. Un Grand Homme du Venezuela est né.


 

A l’origine petit médecin de quartier, misérable et miséreux, anonyme et peu enviable, le Dr Bougrat aura su forcer son destin. C’est la principale leçon à tirer de l’aventure « surhumaine » de cet homme. Une formidable bonté a su naître dans l’âme du Dr Bougrat en lui octroyant une aura merveilleuse et un fabuleux destin « hors du commun » qu’il n’aurait certainement pas eus en restant dans la société conformiste de Marseille. Accusé de meurtre, condamné au bagne, il aurait pu sombrer encore plus bas qu’il ne l’était (fusse-t-il possible ?). Pourtant il aura la force de se relever pour aider d’abord les autres prisonniers et relégués de Cayenne, puis les plus pauvres du Venezuela. Sur le plan littéraire, Christian Dedet a su retranscrire parfaitement (et je devrais dire comme d’habitude, au regard de ma précédente lecture de ce « romancier ») cette aventure humaine en une histoire captivante qui vous prend tripes et cœur en suivant l’expédition « initiatique » de ce Dr Bougrat vers la découverte d’un courage insoupçonné et d’une rare compassion.





 



Magnifique, émouvant, rageant...



Christian Dedet  Le Secret du Dr Bougrat

http://blackwithblue.free.fr/article.php3?id_article=170

 

Témoignage unique d'une épouse de surveillant, la dernière à avoir vu le docteur BOUGRAT avant sa spectaculaire évasion :

 

« Ce médecin qui avait tué qui avait tué et enfermé dans un placard sa victime, un homme d'affaire, vous pensez bien que dès son arrivée en Guyane, il fut affecté au laboratoire des analyses de l'hôpital où il était traité comme un homme libre. C'était lui qui me faisait les prises de sang. Je le revois encore avec sa figure ronde au teint blanc et rose et très distant. J'évitais de lui poser des questions indiscrètes et les seules conversations était au sujet de ma santé et le dernier jour où je le voyais, il me dit : « Quittez ce pays, madame, c'est un conseil que je vous donne ». Je ne répondis pas car pour moi, c'était un bagnard comme les autres, je n'avais pas plus d'estime pour lui.

 

Le dernier jour que je passais à l'hôpital, un après-midi avec deux autres malades, nous regardions par la fenêtre de la véranda, ce qui se passait dans la cour et la rue qui était assez proche quand nous l'aperçûmes accompagné de notre garçon de réfectoire et un troisième condamné, ils franchirent la grille de l'hôpital et nous firent un signe d'adieu. Nous fûmes subjuguées par cette attitude, car l'élément pénal ne se permettait pas d'une pareille attitude vis à vis des épouses du personnel administratif. Toutes les trois, nous eûmes la même pensée par avance qu'ils partaient en cavale. »

http://www.bagne-guyane.com/familles.htm

 

 

Le secret du docteur Bougrat 

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33130439.html

 

Le secret du docteur Bougrat

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-28785360.html

 

Un bagnard médiatique, Henri Charrière dit « Papillon »

http://storage.canalblog.com/99/02/534743/32557975.pdf

 


Bagnes coloniaux (50)

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