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Dans la France libérée, on ne sait plus  où poser les pieds. Le seul département du Calvados compte 18 000 ha minés et l'on dénombre, en tout et pour tout, six équipes de déminage, opérant sur l'ensemble du territoire. Pour accélérer le ramassage des mortelles galettes, le ministère de la Reconstruction dispose de 50 000 prisonniers allemands. Curieusement, la convention de Genève n'interdit pas expressément qu'on utilise dans des travaux de ce genre et l'ONU fait discrètement savoir au gouvernement français qu'elle fermera les yeux. La besogne sera finalement accomplie en un temps record. En un an, 13 millions de mines seront neutralisés, au prix de 2 500 morts et de milliers de blessés ! Pour la plupart, des conscrits vert-de-gris prisonniers. Mais personne ne jugea nécessaire d'avoir un mot de compassion pour les démineurs fedgrau.


En 2004, quelques semaines avant que le chancelier Gerhard Schröder vint honorer de sa présence les fêtes commémoratives du 60e Anniversaire du Débarquement de Normandie, un petit village du Sud-Ouest avait organisé une cérémonie funèbre tardive et réparatrice en l'honneur de 17 soldats allemands fusillés un peu vite à l'été 1944.


Combien furent-ils qui payèrent ainsi, dans le feu de l'action et de la vengeance, les horreurs qu'eux-mêmes, ou leurs frères d'armes, avaient commises sous l'uniforme vert-de-gris ? Auxilliaires de la Wehrmacht, Géorgiens, Ukrainiens, Bosniaques, Mongols, Indiens ou Allemands de souche, on n'a guère cherché à en faire le compte. On sait, en revanche qu'aux quelque 200 000 prisonniers faits et gardés par les forces françaises, régulières ou non, vinrent s'ajouter 800 000 autres qui nous furent gracieusement <<rétrocédés>> par nos alliés occidentaux.


Leur sort, dans un premier temps, ne fut guère enviable. Ils avaient minés nos côtes, nos ports, nos plages ? Ils furent employés au déminage où 1 800 d'entre eux laissèrent la vie. Ils avaient détruit, pillé, exploité notre pays ? On les employa à sa reconstruction. En 1947, 110 000 Allemands étaient mineurs de fond, 44 000 mineurs de jour, 130 000, plus heureux, employés aux travaux des champs. Main-d'oeuvre, pratiquement gratuite, qui eut sa part dans le relèvement de notre économie.


Cependant, des envoyés du ministère des Armées faisaient très discrètement le tour des prisons où se morfondaient SS, légionnaires, miliciens et autres <<combattants d'élite>> pour les persuader de remettre ça, sous notre drapeau, contre l'éternel ennemi, le bolchévisme, là-bas en Indochine. Tout cela valait mieux que croupir dans les camps où 70 000 prisonniers périrent de mauvais traitements, de maladies et de malnutrition... Aussi, les Etats-Unis refusèrent-ils de fournir à la France le million de captifs supplémentaires qu'elle réclamait et qu'elle était dans l'incapacité de traiter correctement.


Au 1er Janvier 1948, il y avait encore en France 300 000 prisonniers de guerre allemands. Mais le climat changeait avec rapidité. Et c'est sur la base d'un contrat librement négocié que 40% de nos hôtes forcés acceptèrent de prolonger d'un an leur séjour parmi nous. Par un miracle qui, à l'époque, ne faisait l'unanimité, l'ennemi d'hier était en passe de devenir ce qu'il est aujourd'hui, notre bon allié, notre meilleur allié !


D.J.
Les lourds secrets de la Libération de la France. 06-04

http://ufacbagnolet.over-blog.com/article-30041257.html

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