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Archives de presse - En 1965, pendant 4 semaines, la France a tremblé dans les couloirs du Louvre. Trente-cinq ans après, le cinéma ressuscite l’angoissant fantôme.


 

De nouveau, la France entière va délicieusement frissonner. Belphégor, après 35 ans, hante encore les corridors du Louvre. En 1965, la diffusion des quatre épisodes en noir et blanc de Belphégor, sur la première chaîne de l’O.r.t.f, avait pris les proportions délirantes d’un évènement national. Mais c’était pour le cinéma que le romancier Arthur Bernède, fécond feuilletoniste, avait imaginé Belphégor en 1926, longtemps avant le règne de la télévision. En revenant sur le grand écran terrifier les spectateurs, c’est donc un retour aux sources qu’effectue aujourd’hui le mystérieux spectre masqué. Jean-Paul Salomé, dont Belphégor est le troisième long-métrage après Les braqueuses et Restons groupés, avait moins de 5 ans, lorsqu’il a vu la version télévisée de la rocambolesque histoire qu’il raconte à son tour, judicieusement modernisée…


 

Film d'atmosphère, le nouveau Belphégor relègue l'énigme policière au second plan : une part immense du public a déjà vu la version de 1965, sans cesse rediffusée sur le câble, et sait quel personnage se dissimule sous le masque du fantôme. Clin d’œil aux aficionados, Juliette Gréco fait une apparition aux cotés de Sophie Marceau, qui lui succède dans le rôle. Mais le côté fantastique de l'intrigue, librement développé, promet d'autres formes d'angoisse. Les scènes chocs ont réellement été tournées au Louvre, où Claude Barma, réalisateur de la précédente mouture, n'avait pu installer ses caméras : André Malraux, ministre des Affaires culturelles, avait refusé son autorisation sous prétexte que Belphégor n'était «pas assez culturel » ! Débutées en mars, les prises de vue du remake de Jean-Paul Salomé se sont achevées fin juillet. Mais il faudra patienter jusqu'en avril 2001 cour voir le film : déjà, le suspense à commencé...


 

Dès les premières images, une voix off donne le ton : «Le monde moderne, affirme-t-elle, a autant besoin de rêves que de certitudes...» On ne saurait mieux dire. Il n'y a encore que 6,5 millions de récepteurs dans le pays, mais, le samedi 6 mars 1965, entre 20 h 30 et 21 h 45, près de 15 millions de Français regardent, fascinés, le premier épisode de Belphégor. Ils seront plus de 20 millions à suivre le deuxième, et ce vent de folie ira crescendo pendant quatre semaines. La deuxième chaîne, créée tout récemment, mais à laquelle personne ne songe à l'heure où Belphégor passe sur la une, n'est pas seule à pâtir d'un tel engouement. Théâtres, cinémas et restaurants restent déserts, comme les bistros qui ne sont pas équipés d'un poste de télé.


 

«Belphégor fait oublier James Bond aux Français », titre la presse. Quel personnage se cache sous le masque de Belphégor, le prétendu fantôme qui, la nuit, hante le musée du Louvre ? Les journaux organisent des pronostics, et chaque nouvel épisode fait rebondir le suspense. Réalisé par Claude Barma, le feuilleton est un habile mélange de polar et de fantastique, qui ressuscite les délicieuses ficelles des vieux mélodrames. Belphégor évoque un peu Fantômas : il apparaît et disparaît à sa guise, nargue la police, n'hésite pas à assassiner et sème partout l'épouvante. Le but de cet insaisissable brigand ? Faire main basse sur le trésor des Valois, à moins que ce ne soit celui des Templiers, dissimulé au Louvre sous la statue de Belphégor, l'ancienne divinité dont il emprunte le nom et les traits. L’histoire est plutôt confuse, mais seul compte le mystère. Barma, qui a reconstitué une partie du Louvre dans les studios de Saint-Maurice pour tourner les séquences chocs, reçoit des centaines de coups de téléphone. On le supplie, en vain, de révéler la clé de l'énigme. Juliette Gréco, Yves Rénier, François Chaumette et Christine Delaroche, les principaux acteurs, se sont aussi engagés à garder le secret.


 

«Un jour, raconte Christine Delaroche, un chauffeur de taxi a coincé ma voiture place de la Concorde, en provoquant un embouteillage. "Je ne démarre pas tant que vous ne m'aurez pas dit qui est Belphégor", menaçait-il.»


 

Le retentissement de Belphégor est sans précédent dans les annales de la télévision française. Un reporter de Paris Jour se fait clandestinement enfermer toute une nuit au Louvre, à la recherche de Belphégor. Les gardiens du vénérable musée doivent expliquer à d'innombrables visiteurs que la statue de Belphégor qu'ils ont vue à la télé est une pure invention de scénariste et qu'elle n'existe pas : elle est plus demandée que la Joconde et la Victoire de Samothrace réunies ! Les plus accros sont les enfants. Dans les cours de récré, il n'est question que de Belphégor. Les magasins de jouets, qui vendent la reproduction en plastique du masque du bandit, sont en rupture de stock. De vertueuses associations d'enseignants et de parents envoient à l’ O.r.t.f  des pétitions indignées : Belphégor est accusé de traumatiser les marmots, de troubler leur sommeil et de pervertir leur imagination. Une très sérieuse enquête médicale est entreprise, pour mesurer les conséquences du feuilleton sur le comportement de 400 élèves des classes maternelles.


 

Loin d'apaiser cette fièvre, la diffusion du dernier épisode provoque une polémique nationale : tout le monde avait deviné l'identité de Belphégor, plus cousue de fil blanc que son masque mais croyait à une fausse piste et s'attendait à un retournement. Le public est déçu de constat que c'était bien Juliette Gréco qui incarnait la coupable. Un mime, Isaac Alvarez, la doublait sous défroque du faux fantôme... Barma fait observer  qu'elle ne prenait la personnalité de Belphégor que sous l’emprise hypnotique du véritable méchant : « Ce que les gens n'ont peut-être pas compris, et qui était le vrai coup de théâtre final, c'est que cette femme découvrait tout à coup qu'elle avait une seconde personnalité. Comme le Dr Jekyll se transformant en Mr Hyde, elle devenait coupable des pires monstruosités...»


 

On continuera de parler de Belphégor pendant des mois. France-Soir fait un carton en publiant une bande dessinée de Julio Ribera Belphégor se venge, où l'on retrouve les personnages du feuilleton pendant quatre nouvelle semaines, en 24 épisodes quotidiens. Suprême consécration, le général De Gaulle, au cours de sa campagne présidentielle, déclare à la télévision que la France, s'il n'est plus à sa tête, « risque un jour de se trouver dans une situation à la Belphégor»... Un film en couleur de Georges Combret et Jean Maley, La malédiction de Belphégor, est tourné en 1966 : ce n'est plus au Louvre, que surgit le féroce fantôme masqué, mais à l'Opéra de Toulon! Cette petite production ringarde n'aura dans les salles qu'un piètre succès, mais celui du feuilleton ne se démentira jamais. Vendu à 17 pays et souvent rediffusé, Belphégor, devenu un classique du câble et de la vidéo, a désormais retrouvé son format original : 13 épisodes de 25 minutes, dont Claude Barma avait dû couper près d'une heure pour les réunir en quatre segments seulement, de 70 à 75 minutes chacun.


 

La télévision, encore vagissante, avait acheté les droits d'adaptation de Belphégor dès septembre 1944. Pendant deux décennies, personne n'avait cru au projet. C'était méconnaître l'indémodable goût du public pour les sujets rocambolesques, et c'était ignorer, surtout, quel formidable impact avait déjà eu cette histoire-là.


 

Belphégor, dans la mythologie religieuse, est un avatar du Baalphégor - ou Baal Peor - vénéré, jadis, par les Moabites. Il a inspiré un récit à Machiavel, un conte à La Fontaine, plusieurs opéras. Collin de Plancy, qui le définit dans son Dictionnaire infernal comme le « démon des découvertes et des inventions ingénieuses » , apparente à la fois à Priape et à Crépitas, divinités notoirement inconvenantes.


 

Un jour de 1925, une jeune femme, séduite par le nom de ce singulier diablotin, s'est écriée « Belphégor ? Quel joli titre pour un roman!» Son mari, qui est justement écrivain, la prend au mot. Il s'appelle Arthur Bernède. Injustement oublié de la postérité, Bernède (1871-1937) est un grand auteur populaire, héritier de Dumas et de Ponson du Terrail. Il a signé des livrets d'opéras, des pièces de théâtre et une bonne centaine de bouquins aux titres évocateurs : Le mystère du train bleu, Le fantôme du Père-Lachaise, La môme Coco... Passionné de cinéma, c'est aussi un scénariste chevronné: il a notamment écrit Judex, le chef-d'oeuvre de Louis Feuillade, en 1916. Depuis 1919, il supervise le département littéraire d'une firme de production spécialisée dans les films à épisodes, la Société des Cinéromans. C'est donc pour cette maison qu'il rédige, à défaut de roman, le scénario original dont son épouse a suggéré le titre. Le film est tourné en quatre épisodes,, sous la direction talentueuse d'Henri Desfontaines. René Navarre, la superstar des Cinéromans, tient le rôle principal : celui du détective Chantecoq, qui disparaîtra dans les futures versions. Mais l'authentique vedette de Belphégor est déjà le spectre masqué, drapé de noir, qui erre dans le Louvre et ne révélera son identité qu'à l'ultime moment. Le triomphe est fulgurant : sorti début 1927, le film attire près de 1 million de spectateurs, un record pour l'époque. Bernède en a également écrit une adaptation romancée, qui apparaît simultanément en feuilleton dans Le Petit Parisien et dans des journaux de province. Cette "novelisation", comme on ne dit pas encore, sera reprise sous forme de livre avec le même bonheur: la première de ses quatre éditions successives, illustrée de photos du film, se vendra à plus de 700 000 exemplaires.

 

 

L'avènement du parlant brisera net, pourtant, la carrière de cette première mouture cinématographique, muette. Longtemps, Belphégor sera considéré comme un film perdu. Mais c'était compter sans l'infernale endurance du fantôme du Louvre. Retrouvé, restauré, le Belphégor d'Henri Desfontaines a été projeté en grand pompe, le samedi 17 avril 1999, dans le cadre prestigieux qui, à tout point de vue, lui seyait le mieux : celui du Louvre. Chargé de poésie par la patine du temps, il n'avait, après sept longues décennies, rien perdu de sa magie. La série de 26 dessins animés de Bézian annoncée pour la prochaine rentrée sur France 2 et la nouvelle version sur grand écran concoctée par Jean-Paul Salomé en redécouvriront-t-elles la formule? On l'espère. Si les mânes de Baalphégor le permettent...


 

Belphégor est de retour

http://sophie-marceau.ifrance.com/news/parismatchbelphegor.htm

 

 


Week-end «  Belphégor » à Redon en hommage à son auteur - Fégréac

Manivel'Cinéma, l'association pour la protection du patrimoine historique redonnais et l'association des amis du roman populaire ont uni leurs efforts pour proposer, à Redon, un week-end consacré au mythe de Belphégor.

La série télévisée, diffusée en avril 1965, a profondément marqué une génération de téléspectateurs, qui ont frissonné de bonheur et d'effroi en découvrant l'histoire de cet insaisissable fantôme, meurtrier et maléfique, incarné par Juliette Gréco. Belphégor va bientôt connaître une nouvelle vie au cinéma avec le film de Jean-Paul Salomé, qui va sortir le 4 avril, et dans lequel Sophie Marceau tiendra le rôle du fantôme du Louvre. Si Redon consacre un week-end à ce personnage de légende, ce n'est pas pour cultiver la nostalgie, mais bien pour célébrer le père de Belphégor. En effet, publié en 1927, ce " roman d'aventure moderne " est né de la plume prolifique d'Arthur Bernède, écrivain né en 1871 à Redon, où il passe les vingt premières années de sa vie. Bernède fut tour à tour chanteur d'opérette, polémiste, librettiste, dramaturge, romancier populaire à succès, journaliste, chroniqueur judiciaire et scénariste. Si une partie de son oeuvre littéraire n'a pas résisté à l'épreuve du temps, le cinéma a hissé Belphégor au statut de mythe, ayant marqué l'imaginaire collectif. Manivel'Cinéma, en avant-première nationale, présentera " Bephégor, le fantôme du Louvre ", le samedi 31 mars, à 20 h 25, au Damier. Au théâtre du Pays de Redon, les enfants de plus de 8 ans pourront découvrir des films d'animations sur Belphégor, le dimanche 1 er avril à 14 h 25. Au théâtre toujours, les nostalgiques de la série de Claude Barma, pourront voir les différents épisodes (forfait de 60 F, à partir de trois épisodes). A l'Espace Jean-Jaurès, rue des Douves (ancienne Banque de France) auront lieu des conférences le samedi 31 mars, entre 14 h 30 et 17 h 30, animées par l'association des amis du roman populaire et Annie Besnier, la spécialiste de l'oeuvre d'Arthur Bernède. Une exposition intitulée " Arthur Bernède, un romancier populaire " accueillera le public dans ce même lieu de 14 h 30 à 19 h. Enfin, des libraires, spécialisés dans le roman populaire, le roman policier, le polar, la science-fiction ou le fantastique, seront présents à l'Espace Jean-Jaurès, tout au long du week-end. 2516999

vendredi 30 mars 2001

maville.com

 

On peut lire ou relire dans l’Histoire N° 153, mars 1992, Belphégor ou le diable mal marié par Jacques Berlioz et Claude Bremond, p.30-36.

 

 


 

 

 

 

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