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Ce dossier rassemble des textes émanant des autorités militaires, politiques et administratives françaises et des témoignages d'officiers et de soldats. Ces documents apportent la preuve de ces crimes dont l'armée française s'est rendue coupable en Algérie, mais aussi en Indochine et dont les responsables ont été amnistiés sans avoir été sérieusement inquiétés.


 

Quatrième de couverture


 

Les crimes de l'armée française Algérie 1954-1962


 

« Ce petit livre est destiné à rappeler les crimes de l'armée française. Je dis bien de l'armée française, non de quelques officiers. Même si la majorité de l'armée a occupé le terrain plus qu'elle n'a torturé ou massacré [...], elle n'a jamais désavoué ceux qui égorgeaient, coupaient les têtes, mutilaient les femmes, les hommes et les enfants d'"en face".»


 

Cet ouvrage est un document contre l'oubli. À l'heure où la question de la torture pratiquée par les militaires français pendant la guerre d'Algérie revient sur le devant de la scène politique, la réédition de cet ouvrage, publié pour la première fois en 1975, offre une nouvelle occasion de regarder la vérité en face et de reprendre un travail jusqu'à présent inachevé : celui de la mémoire.


 

Document exceptionnel, Les crimes de l'armée française rassemble en effet des textes émanant des autorités militaires, politiques et administratives françaises et des témoignages d'officiers et de soldats. Ils apportent la preuve de ces crimes dont l'armée française s'est rendue coupable en Algérie, mais aussi en Indochine, et dont les responsables ont tous été amnistiés sans avoir même jamais été sérieusement inquiétés.


 

« Des témoignages irréfutables et des textes parfois insoutenables. » Lire


 

Les crimes de l'armée française - Algérie 1954-1962

Édition de : Pierre Vidal-Naquet

Préface de : Pierre Vidal-Naquet

La Découverte, Paris

Collection La Découverte poche, numéro 105

Parution : décembre 2006

 

 


 

La guerre d’Algérie vue des Pays-Bas (1954-1962)

Nicolas Pas

Vingtième siècle 2005- 2 (no 86)| ISSN 0294-1759 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2-7246-3003-3 | page 43 à 58

 

RESUME - Cet article porte sur la perception de la guerre d’Algérie (1954-1962) aux Pays-Bas, à travers trois périodes. Pendant une première phase, de 1954 à 1957, le conflit franco-algérien passa largement inaperçu. À partir de 1957, une prise de conscience graduelle se manifesta, dont témoignent des articles paraissant dans la presse pacifiste et d’extrême gauche. Une troisième période, à partir de 1959, se caractérisa par une mobilisation accrue, avec la mise sur pied de comités visant à secouer l’opinion publique (tel le comité « Action Information Algérie »), s’organisant pour réaliser l’aide matérielle aux réfugiés algériens ou soutenant politiquement et militairement le FLN (comme le réseau trotskiste). Cette nébuleuse de comités renouait avec la tradition des comités internationaux et pacifistes de l’entre-deux-guerres et de la résistance, notamment par leur discours antifasciste et leur travail clandestin. Ils anticipèrent aussi sur le mode de fonctionnement et d’intervention du mouvement social des années 1960.


Cet article porte sur la perception de la guerre d’Algérie (1954-1962) aux Pays-Bas, à travers trois périodes. Pendant une première phase, de 1954 à 1957, le conflit franco-algérien passa largement inaperçu. À partir de 1957, une prise de conscience graduelle se manifesta, dont témoignent des articles paraissant dans la presse pacifiste et d’extrême gauche. Une troisième période, à partir de 1959, se caractérisa par une mobilisation accrue, avec la mise sur pied de comités visant à secouer l’opinion publique (tel le comité « Action Information Algérie »), s’organisant pour réaliser l’aide matérielle aux réfugiés algériens ou soutenant politiquement et militairement le FLN (comme le réseau trotskiste). Cette nébuleuse de comités renouait avec la tradition des comités internationaux et pacifistes de l’entre-deux-guerres et de la résistance, notamment par leur discours antifasciste et leur travail clandestin. Ils anticipèrent aussi sur le mode de fonctionnement et d’intervention du mouvement social des années 1960.

 

L’intégralité de l’article est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous

http://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=VING_086_0043

 

 


Des viols pendant la guerre d’Algérie

Raphaëlle Branche

Résumé de l'article

 

La pratique systématique des viols pendant la guerre en ex-Yougoslavie, de 1991 à 1995, a placé en pleine lumière cette violence spécifique, trop souvent considérée comme un dommage collatéral universel des guerres. Dans le champ historique, elle a bousculé le regard sur les violences de guerre et amené à une certaine reconsidération de cette histoire. L’historiographie progresse lentement sur ce sujet, du fait notamment de la difficulté à obtenir des sources. Pendant la guerre d’Algérie, les viols de femmes algériennes par des soldats français commencent à être étudiés. S’ils sont en partie le reflet de l’engagement actif des femmes dans le conflit, ils sont surtout le reflet des relations de pouvoir qui caractérisent cette guerre : relations au sein de la société algérienne comme entre combattants des camps opposés. L’étude de ces gestes, de leurs modalités d’exécution, de leurs acteurs, de leurs éventuelles sanctions et de leurs conséquences permet de proposer un regard plus précis sur les logiques à l’œuvre dans cette guerre.

 

Plan de l'article

 

• ◦ Un intérêt historiographique croissant

• ◦ Des femmes dans la guerre

• ◦ Des ennemies à combattre

• ◦ Faire souffrir

• ◦ Conquérir, occuper, vaincre : les trois logiques du viol

• ◦ Les enfants du viol, fruits durables de la violence ennemie

• ◦ Les autorités françaises et les violeurs

• ◦ Le viol, la virilité, la guerre

 

Texte intégral de l'article Télécharger cet article en PDF

 

 



Raphaëlle Branche L’armée et la torture pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, Paris, Gallimard, 2001,474 p.


 

Peu de thèses d’histoire ont davantage attiré l’attention des médias que celle de Raphaëlle Branche sur les violences illégales de l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Sa notoriété a bénéficié de la résurgence de la mémoire de ce conflit, que l’on constate depuis quelques années, et de l’exacerbation de la « guerre des mémoires », provoquée en juin 2000 par la demande de repentance du président algérien Bouteflika et par la campagne de presse lancée aussitôt après par Le Monde, puis relayée par L’Humanité, sur le thème « La France face à ses crimes en Algérie ». C’est pourquoi elle a été utilisée ou rejetée. Louée dans Le Monde du 7 décembre 2000, le Livre blanc de l’armée française en Algérie l’a stigmatisée comme la « caution de l’Université » à une campagne de dénigrement.


 

R. Branche ne se cache pas de situer sa recherche dans le prolongement des livres de Pierre Vidal-Naquet – historien qui a le premier affronté le problème en tant que citoyen engagé – mais elle est bien consciente de la différence entre le point de vue des témoins et des politiques, d’un côté, et celui des historiens qui cherchent à connaître et à comprendre le passé, de l’autre. L’auteur a défini sa problématique en s’inspirant des nombreuses recherches d’histoire et de sciences humaines actuellement en cours sur la brutalisation dans les deux guerres mondiales, et s’est attachée à comprendre ce qui a rendu possible les violences illégales commises par l’armée française, en distinguant latorture et les exécutions sommaires à l’encontre des « hors-la-loi » – qui relevaient de l’inavouable parce que le commandement les jugeait nécessaires sans pouvoir l’avouer – et celles qui n’ont jamais été autorisées parce que nuisibles à la « pacification », tels que les vols et les viols au détriment des civils. R. Branche en a recherché les traces dans les archives publiques et privées, qui ont le mérite de se démarquer des discours de propagande (même s’ils camouflent certains faits sous un langage codé), et par des entretiens permettant d’approcher le vécu subjectif de témoins qu’elle a choisis parmi des soldats français ayant combattu sur le terrain (à l’exclusion des chefs et des états-majors). Cette entreprise, particulièrement difficile, demandait beaucoup de courage intellectuel. Si la lecture de la thèse est éprouvante, en dépit d’un style d’une haute tenue littéraire, cela tient à la dureté de la réalité qu’elle étudie et qui « offre un angle de vue sur toute la guerre, permet de la saisir dans son contexte colonial mais aussi dans une histoire plus vaste de la violence de guerre » (p. 15).


 

Le livre suit un plan bien ordonné, combinant habilement la périodisation et l’analyse, pour montrer comment les dirigeants de la IVe République ont laissé les chefs militaires instaurer en Algérie le règne de l’arbitraire au nom des nécessités de la guerre anti-subversive, puis comment ceux de la Ve ont tenté à la fois de le limiter en le codifiant et de reprendre l’armée en main. Sa lecture attentive ne donne pas la même impression que certains résumés parus dans la presse. En suivant sa démonstration pas à pas, je l’ai trouvée globalement convaincante, à l’exception de quelques affirmations qui m’ont semblé faire preuve d’une confiance excessive en des idées reçues de l’anticolonialisme, notamment au sujet des bilans chiffrés de la répression de mai 1945 et de celle d’août 1955. L’étude de la « bataille d’Alger » est rigoureusesement conduite, mais ne fournit pas la preuve indiscutable des trois mille vingt-quatre disparitions d’Algériens affirmées par le secrétaire général de la préfecture d’Alger, Paul Teitgen (p. 144). Le passage le plus malencontreux est celui sur les mutilations sexuelles commises par des Algériens sur les cadavres de leurs ennemis (p. 44), laissant supposer qu’il s’agissait d’une pratique normale 6 et légitime. Le constat d’une suspicion généralisée des soldats français envers les musulmans et d’une volonté de terroriser les « hors-la-loi » et leurs complices est juste, mais je ne suis pas convaincu par l’affirmation que la torture visait non seulement à arracher des renseignements, mais à « terroriser tout un peuple » (en conclusion, p. 425). En effet, le soutien unanime du peuple algérien postulé par le FLN est plutôt un problème historique à résoudre qu’un fait indiscutable. Si les responsables militaires et politiques français avaient eu conscience d’avoir contre eux un peuple unanime, auraient-ils pu persévérer si longtemps dans leur action ? Dans leur esprit, le FLN-ALN était une minorité organisée qui s’était imposée à la masse par la terreur et la propagande, et la recherche du renseignement par tous les moyens, y compris la torture, visait à éviter une répression aveugle et indiscriminée. Il est vrai qu’ils ne considéraient pas les « rebelles » comme des « adversaires dignes » d’eux, mais ce n’était pas seulement une « disqualification a priori » héritée du racisme colonial : l’horreur du terrorisme leur inspirait une bonne conscience relative.


 

En histoire comme en photographie, c’est le cadrage qui crée l’image et qui lui donne son sens. La thèse de R. Branche est un gros plan sur un aspect, particulièrement pénible à regarder en face, de l’action de l’armée française durant la guerre d’Algérie. Son très grand mérite est de l’avoir fait. En même temps, l’image qu’elle renvoie aux anciens combattants français explique la véhémence des réactions de ceux qui n’ont pas voulu s’y reconnaître : ceux qui ont combattu ou « pacifié » sans torturer, ceux qui connaissaient l’existence de la torture mais en avaient une vision abstraite d’état-major, et enfin ceux qui l’ont pratiquée mais croient encore se justifier en disant que « ceux d’en face avaient fait bien pire » (sans voir qu’ils se sont ainsi en partie alignés sur leur comportement). Peut-être R. Branche aurait-elle pu prévenir ces réactions si elle avait davantage pris en considération les violences extrêmes de l’autre camp (reconnues dans l’introduction, p. 12, puis évacuées du sujet dès la p. 14) et leurs interactions et influences réciproques avec celles de l’armée française. On ne peut lui reprocher de s’en être tenue à son sujet. Depuis lors, la publication par Gilbert Meynier, en 2002, d’une Histoire intérieure du FLN sans complaisance a montré qu’une histoire dialectique de la violence de guerre dans les deux camps à la fois est désormais possible. Elle est aussi nécessaire pour dépasser enfin la guerre des mémoires, et permettre une vraie réconciliation par des examens de conscience simultanés. http://www.cairn.be/article.php?ID_ARTICLE=ANNA_593_0643

 

GUY PERVILLÉ


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