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Généralités - Il serait présomptueux et téméraire de chercher à réécrire une histoire des bagnes de Guyane, des historiens de qualité ont traité suffisamment le sujet. Parfois des choses ont été dites, qui vont du meilleur au pire, mais il doit exister encore des documents inédits sur cette page de notre système punitif inscrit dans le droit français pendant près d’un siècle.

 

L’histoire du bagne n’est pas un roman. Les personnages qui l’ont imaginé et qui l’ont mis en œuvre étaient des hommes politiques, des juristes, des légistes, des médecins dont l’existence est attestée par une multitude de documents.

 

Le processus de réflexion de ces hommes oscille sans cesse entre le désir d’éviction totale et l’espérance du redressement du condamné.

 

Acteurs de la « déshumanisation du bagne »,quant à eux, les surveillants militaires recrutés dès l’origine avec un faible niveau de recrutement, n’ont pas favorisé le développement  possible d’une réflexion sur la mise en œuvre de la peine ou de l’éducation des hommes rejetés de la société.

 

A leur décharge, ils n’ont fait qu’appliquer en ce sens ce que pensaient la majorité des Français de l’époque : se débarrasser de la lie de la société.

 

Confortés dans leurs pratiques professionnelles, on peut dès lors trouver des explications dans les débordements d’une partie du personnel, les graves erreurs commises et les manquements impardonnables d’individus  parfois corrompus. Les aberrations mêmes du système de fonctionnement du bagne colonial y sont aussi certainement pour quelque chose…

 

Les surveillants militaires

 

Descendants des célèbres gardes chiourmes des bagnes maritimes, une mauvaise réputation leur colle à l’uniforme, alors qu’on peut imaginer qu’il y avait parmi eux la même proportion de bons ou de mauvais que dans toute autre administration ou corps militaire.

 

La célèbre formule de NAPOLEON III répondant, quand on lui demandait par qui il ferait garder les bandits dans les bagnes d’outre-mer : « par plus bandits qu’eux… » y est sûrement aussi pour une certaine part.

 

Les surveillants militaires dont le recrutement et le statut datent de 1867, sont nommés par le ministre des Colonies parmi les sous-officiers des armées de terre et de mer en activité de service, appartenant à la réserve ou libérés définitivement et, à défaut, parmi les militaires et les marins ayant au moins trois ans de service. Organisés en trois classes, ils bénéficient de fortes indemnités de service et d’avantages divers. Leur uniforme est de toile de couleur claire avec le casque colonial de rigueur, obligatoires de 9h à 17h, et le gros revolver ostensiblement porté sur le côté. Ils sont en permanence environ 250 à 300, 400 au plus, pour assurer la surveillance, l’organisation du travail et le rythme de vie de 4 000 à 5 000 condamnés.

 

Le grand mérite de ces surveillants militaires est de partager les mêmes conditions de vie que les condamnés et très souvent de ne pas être en nombre suffisant (4%) par rapport aux détenus.

 

Un manque de moyens matériels fait par ailleurs cruellement défaut.

 

L’insigne qui symbolise ce corps particulier, est le faisceau de licteur, souvent utilisé par la justice militaire, il est porté en patte sur le col, sur le casque colonial et sur les boutons de l’uniforme.

 

L’historien Michel Pierre considère que ce sont ces surveillants qui, « selon les cas et les endroits et aussi selon les directives donnent au bagnes tel ou tel aspect. Vivant au même rythme que les condamnés, ils ont à leur égard toutes les sortes de comportements possibles, toute la variété des sentiments que l’on peut éprouver en pareille circonstance : haine, mansuétude, peur, pitié, fermeté. L’erreur serait de croire que tous n’étaient que des brutes corrompus et éthyliques. La vie quotidienne rapproche les condamnés et les surveillants. Nombreux sont ceux qui ont laissé de mauvais souvenirs aux anciens du bagne ou suscité l’indignation des témoins, mais il en est aussi beaucoup dont les qualités humaines furent reconnus par les hommes dont ils devaient assurer la surveillance ».

 

D’aucuns ont affirmé que ces militaires se considéraient en état de guerre contre les déportés qu’ils considéraient comme des traîtres à la nation, mais également et par assimilation, qu’ ils faisaient également la guerre aux transportés et autres relégués. Sans doute faut-il admettre qu’ils n’avaient guère d’états d’âme, surtout en face de bagnards, tous plus ou moins perçus comme autant de sous-hommes, déchets d’une société qui les a définitivement rejetés très loin, de son territoire et de sa considération.

 

Dans le début de la transportation, les surveillants ne peuvent concevoir un seul instant que les forçats puissent changer. Et si l’un d’eux fait preuve de bonne conduite, ils n’hésitent pas à le traiter d’hypocrite et à lui réserver les travaux les plus pénibles, ce qui ne peut que dissuader les meilleures intentions…

 

« On peut toutefois regretter que le système de préparation à leur travail n’ait jamais été véritablement élaborés. Ils étaient souvent recrutés par cooptation, aux lieux des anciens bagnes ou en Corse. Venant souvent des couches sociales les moins élevées, ils n’avaient aucune idée de ce qui pouvait être entrepris pour donner à la sanction de chaque condamné sa juste proportion de peine, du caractère rétributif et dissuasif de celle-ci, et des possibilités d’amendement de l’intéressé. Un amalgame simpliste de toutes ces notions conduisait le surveillant à traiter chaque bagnard selon le même modèle, celui d’une sévérité extrême.

 

Il est vraisemblable que, si la sélection des surveillants avait été plus rigoureuse, la vie des bagnards aurait été différente et le développement et le développent de la colonie également.

 

L’administration pénitentiaire comptait sur les anciens pour former les plus jeunes, mais rien ne fut jamais entrepris pour préparer les surveillants à leur travail difficile ».

 

Ces surveillants sont originaires des provinces françaises habituels viviers de fonctionnaires : Corse et Bretagne (après la première guerre mondiale) en particulier. Pour les derniers survivants du Bagne, les Bretons apparaissent comme ayant été très à cheval sur les règlements…et sans grands sentiments de pitié pour les condamnés.

 

La brutalité des surveillants militaires ?

 

Officiellement les peines corporelles sont supprimées par le décret du 18 juin 1880. Pourtant après cette date, certains surveillants laissent libres cours à leur sadisme et à leur violence, malgré les textes et les instructions qui interdisent toute application de peines corporelles. Dans la Notice sur la Transportation pour l’année 1896, l’administration se voit dans l’obligation de reconnaître divers actes de brutalité relevés pendant l’année 1895 à la charge de certains surveillants militaires sur des condamnés confiés à leur garde.

 

Les « bavures » les plus graves sont certainement celles repérées dans le fameux camp de Charvein réservé aux détenus classés « incorrigibles ». Dans ce chantier au règlement quasi inhumain, les prescriptions du décret du 4 septembre 1891 portant règlement disciplinaire des établissements de travaux forcés demeurent complètement lettre morte et l’arbitraire des agents subalternes en service tient lieu de règle dans les punitions prononcées : les fers, la cellule et le cachot sont appliqués sans mesure et comme au hasard et prolongés pendant des jours et des mois, même pour les infractions les plus légères « pour bavardage par exemple ».

 

Il ne peut y avoir aucune comparaison possible entre les conditions effroyable que connaît un « incorrigible » du camp de Charvein, travaillant nu, en proie aux parasites, aux moustiques, à l’injustice, à la bêtise humaine épaisse, et celle d’un forçat exerçant comme « personnel pénal hospitalier » ou comme « garçon de famille » chez l’habitant.

 

En mars 1903, le procureur général de Guyane rend compte à sa hiérarchie pour ce même camp, de détenus ayant subi des brutalités, des assassinats ou des tentatives d’assassinats.

 

A Charvein, il y aura une grave mutinerie en août 1908.

 

Ces brutalités ne peuvent - être niées…


Michel PIERRE, La terre de la grande punition, Cayenne 1852-1953, Les éditions Autrement, 2000, p. 88.

 

Roger ARATA, Essai sur l’Institution pénitentiaire française à l’époque du bagne, Ecole Nationale de la Magistrature, groupe d’études n° 7, page 11.

 

DEPORTATION : Il y eut trois séries de départs pour Cayenne de condamnés politiques : de 1792 à 1798, 688 prisonniers furent envoyés en Guyane. Après l’insurrection du 4 décembre 1851, les départs en colonies furent décidés par le décret du 8 décembre 1851. 329 condamnés partirent pour Cayenne ; la plupart des autres insurgés furent transportés en Algérie. 177 seulement revinrent du « grand voyage » outre-atlantique. Les communards, par contre, envoyés pour la plupart en Nouvelle Calédonie (3859 déportés).

 

TRANSPORTATION : La loi du 30 mai 1854 institue les bagnes coloniaux et décide l’envoi à Cayenne de tout condamné aux travaux forcés, ainsi que celui des femmes, pour y être mariées aux bagnards et participer ainsi au peuplement de la colonie. La loi, toujours le même souci de colonisation, inaugure le système du « doublage », c’est-à-dire l’obligation de résidence à la fin de la condamnation, pour un temps égal à celui des travaux forcés, ou à perpétuité, pour une peine de plus de huit ans. Ce « doublage » s’accompagnait de l’attribution de lopins de terre, de concession.

 

RELEGATION : L’autre loi fondamentale pour l’histoire des bagnes de Guyane est celle dite de la « relégation » du 27 mai 1885. Une des lois les plus scélérates de la Troisième République, elle décidait l’envoi à Cayenne des récidivistes, des coupables de petits délits « qui, dans quelqu’ordre que ce soit et dans un intervalle de dix ans, auront encouru deux condamnations à l’emprisonnement… ». C’était se débarrasser, pour la métropole, des gens sans aveux, sans-logis, des petits voleurs, des « paumés » sans domicile fixe.

 

Bagnes coloniaux (44)

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