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C'est le 7 septembre 1870 que le préfet nommé au lendemain de la proclamation de la république, le comte de Kératry, remplace l'appellation de - sergents de ville - qui évoquait trop le régime renversé par celle de - gardiens de la paix civile -, qui, en perdant l'épithète civile, devait passer à la postérité.

 

Les gardiens de la paix perpétuent la police en uniforme créée par le préfet de Belleyme, le 12 mars 1829, sous la forme d'un corps d'une centaine de - sergents de ville - devenu, au fil des réformes et réorganisations de la préfecture de police, une véritable armée recrutée pendant longtemps parmi les militaires rengagés. Comptant plus de sept mille hommes quand Lépine devient préfet de police en 1893, ses effectifs approchent dix mille en 1914 et vingt mille en 1939. Les gardiens sont astreints au port de l'uniforme, au salut et à une discipline toute militaire : appel en rang à chaque prise de service, vérification de la tenue, lecture du rapport, des consignes et des punitions. L'arrêté du 14 avril 1856, modifié le 10 juin 1871, a fait du sergent de ville puis du gardien de la paix un militaire, autant par le règlement et la discipline qu'il doit observer que par l'uniforme et l'armement qui sont les siens : une capote, un ceinturon, un képi, un révolver, un fusil et cet invraisemblalble - sabre-baîonnette - dont les agents seront équipés, sauf ceux chargés de la circulation, jusqu'en 1921. Comme le note un rédacteur du Temps en 1887 : " Le gardien de la paix est bien plutôt soldat qu'agent de police. Son groupement par brigade [...], son obéissance aux ordres, non du commissaire de police, mais de l'officier de paix, son armement et son équipement en font un militaire. [La police municipale] est une armée, une troupe militaire [...] pas un organisme de police." Le règlement général du service ordinaire de la Police de la ville de Paris, brochure de cent seize articles signée du préfet Gragnon et datée du 30 avril 1887, a encore alourdi le statut de ces gardiens qui - doivent tout leur temps à l'administration - et se conduire - dans leur vie privée aussi bien que dans le service, de manière à mériter l'estime de tous par la régularité et la dignité de leur conduite - (article 101). Lépine, qui affirme avoir dû - rétablir - et - maintenir solidement - la discipline du personnel subalterne qui aurait - laissé à désirer - à son entrée en fonction, accentua cette militarisation de la police municipale et en alourdit la discipline déjà pesante. Tout manquement même infime au règlement - qu'il s'agisse de la tenue ou de la ponctualité - est alors sanctionné de punitions qui semblent disproportionnées. Les fautes les plus bénignes - comme un retard de quelques secondes à l'appel précédant les multiples prises de services quotidiennes ou un gant d'une blancheur douteuse - entraînent des privations de permission; quatre retards valent une retenue de traitement; un relâchement dans l'attitude, un dialogue un peu trop long avec un passant, un croissant accepté d'un boulanger ou encore fumer dans le service peuvent valoir, selon la gravité des faits invoqués, des rétrogradations de classe ou de grade, la révocation intervenant automatiquement pour des manquements à la discipline ou pour ivresse.

 

Pendant plus d'un siècle, le service des agents de la police municipale fut fondé sur le principe de l'îlotage, de façon à assurer 24/24 heures l'ordre et la tranquillité de la rue. C'est un décrêt de septembre 1854 qui préconisait - la surveillance continue par îlots - à l'exemple de la police londonienne, - dont l'incessant bienfait rend l'intervention du policeman si populaire et si respectée -. Cette police de proximité reposait sur la surveillance continue d'une petite partie d'un quartier - l'îlot - par les mêmes agents. Dans ce but, chacun des arrondissements de Paris fut doté d'une compagnie de gardiens de la paix sous le commandement d'un officier de paix. L'effectif de chaque compagnie, en nombre variable selon l'étendue et l'importance de l'arrondissement, était divisé en trois brigades, désignées par les lettres A, B et C pour la commodité du service. Chaque arrondissement étant divisé en quatre quartiers, chaque brigade était divisée en quatre sous-brigades, une par quartier. Il y avait un poste de police par quartier, celui dans lequel l'officier de paix a son bureau - généralement dans les locaux de la mairie de l'arrondissement ou ses annexes - étant le poste central. Les sous-brigades comprenaient un nombre variable de gardiens selon l'importance du quartier et le nombre d'îlots. Chaque quartier était divisé en plusieurs îlots, parcourus jour et nuit par les gardiens de la paix. Pour permettre cette présence permanente, le service des gardiens de la paix était organisé selon un roulement réglé de façon à ce que les hommes fassent une moyenne de huit heures de service par vingt-quatre heures, la moyenne étant calculée sur trois jours; La marche des brigades est alors la même pour toute la ville, c'est-à-dire qu'à la même heure, la même lettre est de service dans tous les arrondissements. Cette organisation, qui multipliait les prises de service et ne permettait aucune vie normale à des hommes ne pouvant ni dormir ni manger à des heures régulières, fut améliorée par des aménagements successifs et surtout la création, dans les années 1930, d'une quatrième lettre pour la brigade nuit.

              
Dans leur îlot, les gardiens de la paix avaient d'abord un rôle répressif : constatant les contraventions aux ordonnances et arrêtés de police, ils en dressaient contravention, c'est-à-dire des rapports transmis à l'officier de paix qui les adressait au chef de la police municipale qui les déférait au tribunal de simple police, et conduisaient devant le commissaire de police du quartier toute personne coupable d'un délit ou d'un crime prise en flagrant délit. Ils avaient également un rôle préventif : prévenir, par leur présence continue, crimes, délits, contraventions.


En toutes circonstances, ils devaient protection et assistance aux citoyens  aux réquisitions desquels ils étaient obligés de déférer même en dehors de leur service et de leur arrondissement. Enfin, ils jouaient un rôle social important : chargés de faire respecter la décence, la tranquillité publique, la liberté de circulation, ils dispersaient les attroupements, calmaient les rixes, arrêtaient les mendiants, verbalisaient contre les voitures ou marchands de quatre saisons en infraction, intervenaient dans les accidents, conduisaient un passant victime d'un malaise chez le médecin, raccompagnaient les enfants égarés, arrêtaient les chevaux emballés, abattaient les chiens enragés, etc.


 A cet égard, le gardien de la paix était, du moins en théorie, une sorte d'ange tutélaire de son îlot. C'est ce système, amélioré par la création en avril 1900 de brigades cyclistes (les hirondelles ) puis par celle d'une brigade nuit, que la mode et le syndrome de la patrouille motorisée à l'américaine ont fait voler en éclat dans les années 1960...jusqu'à ce qu'on en redécouvre les vertus.

 

En sus des brigades d'arrondissement, la police municipale a toujours compté des brigades spécialisées comme celles des halles (dite des choux) et celle dite des vaisseaux, affectée à la circulation et appelée à prendre une importance grandissante. Enfin, des brigades sont plus spécialement chargées des opérations de maintien de l'ordre lors des émeutes, troubles, manifestations, fêtes et réjouissances. Les brigades centrales composées de - géants -  redoutables qu'on ne voyait qu'aux jours d'émeute ou de manifestations surgir des profondeurs de la préfecture, rebaptisées - de réserve - par Lépine, constituaient les troupes de choc de la préfecture de police dans les opérations de maintien de l'ordre où elles avaient acquis une réputation peu enviable de violence. Les - centrales -, comme on continuera à les appeler longtemps, incarnaient par excellence ces - chaussures à clous - et cette - machine à bosseler - dont parlent tous les contemporains. Lancés en groupes compacts contre les manifestants, maniant comme une arme redoutable leur pèlerine roulée en un dur boudin dont ils faisaient de grands moulinets, leurs gardiens formaient une masse impressionnante à laquelle peu de manifestants résistaient. Cette spécialité s'est perpétuée tout au long du XXème siècle sous différentes appellations : compagnies de district ou d'intervention créées par le préfet Baylot, pelotons voltigeurs motocyclistes des années 1980...autant d'unités de la préfecture de police spécialisées dans le maintien de l'ordre que l'on trouve aux origines de la plupart des drames - de Charonne à la mort de Malik Oussekine -, imputables d'après les spécialistes à leur insuffisante professionnalisation et qui a amené à leur préférer CRS ou gendarmes mobiles.

 

 

De nos jours, dans les services de la préfecture de police comme dans l'ensemble des directions de la police nationale, les gardiens de la paix, qui appartiennent désormais au corps d'encadrement et d'application, peuvent accéder à la qualification d'officier de police judiciaire (OPJ) et donc exercer des missions très diversifiées aussi bien dans des brigades de roulement, comme par le passé, que dans des unités ou services spécialisés dans le domaine judiciaire ou dans le renseignement…

 

Création du corps des Gardiens de la Paix

knol.google.com/.../og9j57s07m9i/43

 

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