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Le complot dit de la Cagoule a été l'expression, sous le Front populaire, de l'opposition irréductible au communisme de l'extrême droite activiste. Il y a eu, en fait, plusieurs complots de la Cagoule, cette dénomination ayant été forgée par la grande presse de l'époque, avide de pittoresque plus que de vérité historique, pour désigner les groupes clandestins créés après la dissolution des ligues et leurs menées factieuses contre le gouvernement Blum, accusé de faire le lit de la révolution soviétique. La première société cagoularde fut l'Union des comités d'action défensive (U.C.A.D.), créée par le général Duseigneur, as de l'aviation en 1914-1918, et son ami, le duc Pozzo di Borgo. Prenant pour prétexte la défense des institutions républicaines, ils organisèrent des tournées en province, donnant comme consignes à leurs partisans inquiets du « danger marxiste » : « créez des comités de quartiers, stockez les armes » ; ils provoqueront ainsi l'intervention de la police. En relation étroite avec l'U.C.A.D., on trouve la plus sérieuse des organisations cagoulardes, le Comité secret d'action révolutionnaire (C.S.A.R.), dont le noyau dur était formé d'anciens Camelots du roi lassés par l'attentisme de Maurras. Trois personnalités y dominent : Jean Filliol, bagarreur redoutable et fanatique qui ira jusquíau meurtre ; le docteur Martin, éternel comploteur ; Eugène Deloncle enfin, polytechnicien à la vocation de condottiere, maître conspirateur, féru d'histoire des sociétés secrètes et d'ésotérisme. Le but du C.S.A.R. : renverser la « Gueuse » par « l'action souterraine et une franc-maçonnerie retournée au bénéfice de la nation ». Le moyen : une nébuleuse de sociétés secrètes, séparées les unes des autres et s’ignorant mutuellement. La méthode de recrutement : le parrainage doublé d'un serment prononcé au cours d'un rite symbolique d'initiation. En échange de son dévouement et de sa discrétion, le militant reçoit une garantie de protection. Pour les traîtres, une seule sanction : la mort. L'état-major de la Cagoule est organisé en « bureaux », sur le modèle militaire : le premier revient à Deloncle et à son homme de confiance, Jacques Corrèze. Le docteur Martin est responsable du deuxième, des renseignements et des « groupes Z ». Georges Cachier, administrateur de sociétés, et Jean Moreau de La Meuse sont respectivement à la tête des troisième et quatrième bureaux (opérations, recrutement et matériel). Leurs seconds les plus efficaces sont François Méténier, commis voyageur du complot, et Joseph Darnand. Deloncle a assimilé les techniques modernes du coup d'État et prépare l'insurrection avec minutie : groupes de combat clandestins équipés d'armes automatiques, conseils tactiques d'officiers sympathisants affiliés aux « réseaux Corvignolles » animés au sein de l'armée par le commandant Loustanau-Lacau. L'armée joue un rôle essentiel dans le plan d'action du C.S.A.R., dont les groupes de combat disposent de stocks importants d'armes volées dans les magasins de l'armée, dans les usines, ou achetées à l'étranger. Deloncle mise sur une réaction communiste assez dure pour obliger l'armée à intervenir et à prendre le pouvoir avec les nationalistes. Pétain, pressenti, refusa catégoriquement son concours. En 1937, Franchet d'Esperey est choisi. Malgré les précautions prises et les exemples faits, la police pénétra les réseaux des cagoulards. Ses informateurs mis en place, elle attendit, en étoffant ses dossiers, le moment que le gouvernement jugerait favorable pour intervenir. Le 11 mars 1937, deux bombes détruisent l'immeuble du patronat français et celui de l'Union patronale interprofessionnelle à Paris. On soupçonne les anarchistes italiens émigrés, mais l'arrestation de trafiquants d'armes oriente l'enquête vers la Cagoule. Le 18 novembre, Marx Dormoy, ministre de l'Intérieur, dénonce le vaste complot contre la République. Une vague d'arrestations, opérées dans la France entière, permet d'écrouer cinquante-sept comploteurs et de mettre au jour les stocks d'armes. Filliol, Martin et Corrèze échappent à ce coup de filet. Des aveux précis établissent la responsabilité directe de la Cagoule dans les attentats de septembre et le meurtre des frères Rosselli en juin 1937. La guerre et l'occupation mirent fin aux enquêtes et aux poursuites judiciaires. Les cagoulards, très divisés, firent des choix souvent opposés : Deloncle, Corrèze et Schueller fondèrent un mouvement fasciste, le Mouvement social révolutionnaire (M.S.R.), qui devait fusionner avec le Rassemblement national populaire (R.N.P.) de Marcel Déat. Dewavrin (colonel Passy) et Corvisart rejoignirent de Gaulle à Londres ; Loustanau-Lacau, le docteur Martin, Pozzo di Borgo et Madeleine Fourcade participèrent activement à la résistance intérieure. Jeantet et Méténier servirent le régime de Vichy comme membres du cabinet du maréchal Pétain.


 

Le procès de la Cagoule eut lieu à la Libération. Il fit bien paraître le caractère redoutable du complot de 1937 ; cette machine de guerre contre le régime parlementaire ne manque ni de chefs de valeur, ni d'exécutants déterminés. Peu d'organisations d'extrême droite disposèrent d'une mécanique insurrectionnelle aussi élaborée. Elle inaugura un terrorisme contre-révolutionnaire dont la flambée O.A.S. devait constituer un autre exemple dans l'histoire contemporaine de la France.


 

D’après l'encyclopédie Universalis

A propos de Marx Dormoy :

Première introduction, l'histoire de la Cagoule

http://tech-noir.anotherlight.com/tncag.html


 

Crédi photographique - PARIS - AFFAIRE DES CAGOULARDS

Perquisition du commissaire Badin dans l'affaire des « cagoulards » du Comité secret d'action révolutionnaire (C.S.A.R.). Paris, vers 1937. LAPI-31354

© LAPI / Roger-Viollet - Lire les conditions générales d'utilisation des photos

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