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Début d’année 2001, 7ème étage d’un cube de béton, salle de lecture des Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine.

Dans un silence monacal seulement troublé par la ritournelle des réembobinages de microfilms, me voici attablé devant deux énormes registres noirs aux feuilles épaisses et sèches, jaunies par l’âge et rongées sur les bords.

En poche, la copie d’une page manuscrite rédigée par Germaine Tillion, récupérée auprès du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon.

Sur ce précieux papier, quelques noms de femmes, détenues politiques à la Maison Centrale de Rennes, transférées le 2 mai 1944 à 17H (le même jour et la même heure que ma grandtante Anne-Marie Boivin) depuis la gare ferroviaire vers le fort de Romainville, avant d’être déportées à Ravensbrück.

J’espère simplement trouver là les date et lieu de naissance de ces quelques condamnées, informations qui pourront me permettre de joindre les familles ou - qui sait ?- directement les compagnes d’infortune de ma grand-tante, qui, peut-être, se souviendront d’elle, auront conversé avec elle, échangé ne serait ce qu’un regard.

Ma grand-tante aura-t-elle évoqué les circonstances de son arrestation, le réseau Oscar-Parson de Guer-Comblessac ?

Je découvre bien plus que l’attendu : intrigante récurrence d’étranges libellés et signatures; juridictions d’exception très spéciales, expéditives et sans appel.

Emergent alors de nouvelles questions, si fortes, si envahissantes qu’elles m’obligent à suspendre ma quête personnelle et à tenter de dégager et décrypter un réel bien vaste, sinistre.

Me voici maintenant entraîné sur le champ de bataille de la mémoire, dans le sillage de trains de marchandises aux wagons bondés de condamnées embétaillées, 245 esclaves sorties de la centrale des femmes de Rennes, dont ma grand-tante a partagé le destin, loin de « la terre qui ne ment pas », jusqu’à la mort.

Les lignes qui suivent veulent rendre compte de cette tragédie…

Les condamnées des Sections Spéciales, incarcérées à la Maison Centrale de Rennes et déportées en 1944

Une étude historique avec des témoignages de survivantes

 

 

- 21 juin 1941, les nazis entrent en Russie. La résistance armée des communistes s'organise.

-14 août 1941, le régime de Vichy crée les Sections Spéciales.

- Au printemps 1944, 245 femmes, condamnées par les Sections Spéciales et incarcérées à Rennes, sont "libérées et remises aux autorités Allemandes" ... et massivement déportées à Ravensbrück.

http://wwwcrdp.ac-rennes.fr/crdp_dossiers/dossiers/condamneesRennes/comdamnes.pdf

Monographie de monsieur Yves Boivin, janvier 2004 - Texte intégral

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