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C'est du côté de Pigalle, entre sex-shops et peep-shows, qu'on trouve le Musée de l'Erotisme. Un lieu de perdition dont, selon son conservateur, raffoleraient particulièrement les culs-bénits...

 

Sur le trottoir, deux poussahs nus en plâtre doré grandeur nature accueillent le chaland qui passe à Pigalle. Entre les aboyeurs de boîtes à détrousser les touristes et les boutiques de corsets, le Musée de l'Erotisme accueille, de bon matin, quelques égarés pakistanais (hagards devant tant de lubricité) et deux étudiantes canadiennes qui piaillent comme des oies. Il est vrai qu'il y a de quoi : au rayon godemichés, il y a de tout. Des phallus en cire, en ivoire, en Bakélite, en bois, en résine, en verre, en fer, en carton, sans doute aussi en caramel ou en patate sculptée, pourquoi pas ? Ici, toutes les luxures, toutes les perversions, toutes les figures inventées par l'homme sont représentées, sous toutes les latitudes, de toutes les époques. Un panneau à l'entrée signale qu'il est «Interdit de fumer», mais, vu la température interne des visiteurs, il n'est pas sûr qu'un peu de fumée ne leur sorte pas des oreilles.

Créé en 1997 par trois compères amusés, Alain Plumey, Alain Rose et le mystérieux «Jo», le Musée est divisé en sept étages. Trois pour les expositions temporaires, quatre pour les permanentes. Aujourd'hui, chez les temporaires, il y a un rayon pour les peintures de Jean-Pierre Ceytaire, partouzes, orgies, rasoirs, contorsions. Non loin, voici l'imagerie du «Kama-sutra» déclinée par Jacques Charrier, l'ex-mari de notre B. B. nationale. Surtout, la troisième expo, celle des «Eros Vinyls», est délicieuse : pochettes de 33-tours kitsch allant des pépées nues ornant les disques de Fausto Papetti aux bimbos en bikini dansant dans un sous-bois - ce sont les Kessler Sisters. Notons au passage «How to Belly Dance for Your Husband», joli LP d'un mauvais goût très assuré. Les collections permanentes commencent bien : deux boy-scouts (hommage à Baden Powell) s'enfilent allègrement tout près des 1 couvertures de «Charlie Hebdo» («Les racistes ont des petites bites», signé Reiser) ou des bouteilles de vin coquin. Je signale que le «Château La Chatte» est un «1ercul classé» et que le Pichard est un vin «tiré directement à la grappe». La visite continue (j'ai pris des notes) avec des menottes, des salières très...salées, des seringues à lavement, une pièce de monnaie dont le côté pile est surprenant. Des dessins de Degas, des illustrations de Dubout et de torest et un carnet d honoraires d une horizontale nommée Lisette, datées de 1942 («Trou du cul... 27,5F;gros lard... 25F; écrivain... 30 F; bègue... 30 F; juif copain du boursier...70F»), viennent compléter le tout. Admirons au passage des figurines en mie de pain, des masques mexicains, des statuettes de Vishnu (autofellation) et des proverbes japonais gravés sur de merveilleuses miniatures en porcelaine : «Si elle suce les grains de riz dont elle fait le saké, il n'en sera que meilleur.» J'allais le dire.



«Le cul ? Je suis né dedans !», explique Alain Plumey, le conservateur. Fils d'un fort des Halles, gamin de la Butte, Plumey a couru le monde : cuisinier, professeur de ski nautique, acteur, il a voyagé dans les sixties et les seventies de Goa à Katmandou, avant de revenir à Montmartre. Quand le Musée de l'Erotisme a été créé, personne ne donnait cher de la chose : «Par chance, en 1998, il y a eu la Coupe du Monde. Les journalistes sont venus de partout pour le foot. Puis, quand ils en ont eu marre, ils ont fait le détour chez nous.» Aujourd'hui, le musée fait 400 entrées par jour, avec la nette préférence des touristes polonais : «Les catholiques et l'érotisme, ça se combine très bien», dit Plumey.



Sorcières en rut, moines lubriques, lampe à huile de yak, cartes de visite alléchantes («Mme Jeanne, Fraulein, 14 rue Raymond du-Temple, Vincennes»), publicité étonnante («Votre avenir dans les lignes de l'anus»), bras d'honneur en ébène, poteries k grecques (olé-olé), amulettes votives, c'est sans fin. Mais a quoi pouvait k bien servir cette chaise «à étriers et bras métalliques» style nouille briquée par les Etablissements Soubrier pour Edouard VII ? Alain Plumey, ravi, constate : «Le plaisir, y a que ça de vrai.» Il regarde une belle fille qui passe. Coquin, c'est une vocation. Je l'ai.

 

Oh my gode !

François Forestier

Le Nouvel Observateur - 2333 - 23/07/2009

 

Crédit photographique

Musée de l'Erotisme (Vue intérieure)

elenatrivago (jan 2009)

dettaglio all'interno del museo

 

A visiter. Musée de l'Erotisme, 72, boulevard de Clichy, Paris-1» ; 01-42-58-28-73. De 10h a 2h du matin, prix d'entrée : 8 euros.

 

A effeuiller. Album «Eros Vinyls», par Bernard Marcadé, Dominique Dupuis et Matthieu Flory, Editions Ereme, 192 p., 29,50 euros…

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