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Docu-fiction - Essayer de comprendre. C'est, treize ans après la publication du livre de Pierre Péan (Une jeunesse française, chez Fayard), ce que propose ce soir Serge Moati avec ce docu-fiction coécrit avec ­Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Express. Si l'ancien conseiller de François Mitterrand a attendu tant d'années avant de se lancer dans ce film, c'est parce qu'il lui fallait du recul «à l'époque je n'avais pas voulu m'exprimer publiquement».

 

 

Digérer le choc provoqué par la bombe de Péan. Cette stupéfaction en découvrant la photo de couverture: le maréchal Pétain serrant la main du jeune François Mitterrand ; et, à l'intérieur, les révélations sur le passé de celui qui disait être passé directement du Stalag, d'où il s'était évadé fin 1941, à la Résistance. Alors que, durant un an, entre janvier 1942 et janvier 1943, il avait travaillé à Vichy dans l'administration. Et qu'il reçut la francisque, une décoration décernée avec parcimonie… Comme le dit aujourd'hui le réalisateur, «revenir sur le parcours de Mitterrand est une manière de mieux comprendre notre histoire».

 

 

Les deux auteurs se sont également basés sur l'important travail de documentation réalisé par Hugues Nancy à partir des biographies de Jean Lacouture, de Franz-Olivier Giesbert ou de Catherine Nay, des écrits de Robert ­Mitterrand, le frère de François, ou de Laure Adler. Et, bien sûr, des témoignages de ­Mitterrand lui-même…

 

 

Un cheminement intérieur

 

Le film commence par des images d'archives (déjà, à l'époque, filmées par Serge Moati), celles du président tout juste élu, entrant au Panthéon pour un hommage solennel, et se termine par celles du président sortant du monument. Avec ce commentaire en voix off de Pierre Arditi, reprenant une phrase de François Mitterrand: «Le mystère de l'homme me paraît être une colossale pièce montée.» Une pièce montée dont les strates vont être dévoilées. Quatre-vingt-dix minutes qui analysent comment un jeune homme issu d' «un milieu de petite bourgeoisie, modérée, catholique, patriote», comme ­Mitterrand se qualifiait lui-même, rejoint l'administration vichyssoise pensant que c'est la seule solution pour servir la cause des prisonniers ; puis s'aperçoit qu'il a pris une mauvaise voie et se tourne alors vers la Résistance dont il deviendra un important maillon. Un cheminement intérieur qui a été celui de nombreux Français de cette époque. « On a oublié qu'il existait des Français maréchalistes et antiallemands », souligne Serge Moati. Des «vichysto-résistants», selon le terme inventé par l'historien Jean-Pierre Azéma. Un itinéraire passionnant de bout en bout, fait de doutes et de contradictions, d'interrogations, notamment sur la question juive. «Pour les Juifs, je ne savais pas, pas précisément, dit François Mitterrand dans le film, reprenant ce qu'il affirmait à Jean-Pierre Elkabbach en septembre 1994, j'étais à cent lieues de connaître ces choses-là.»

 


Ce docu-fiction n'aurait sans doute pas la même force sans Mathieu Bisson, l'acteur qui joue le rôle écrasant de François ­Mitterrand. Il s'approprie le personnage en évitant l'écueil de l'imitation, comme a su le faire Michel Bouquet pour Mitterrand âgé. «Dans un premier temps, j'ai été boulimique d'informations, je voulais tout savoir sur l'homme, je regardais des vidéos, écoutais sa voix, demandais à Serge de menus détails, raconte l'acteur. Et puis, je me suis dit qu'il fallait sortir du théorique et se faire confiance.» …

 

 

«Mitterrand à Vichy», un docu-fiction passionnant de Serge Moati, qui décortique le parcours du président, de Pétain à la Résistance.

 

L'itinéraire de Mitterrand sous l'Occupation

Isabelle Nataf

22/04/2008

 

 

Crédit photographique

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