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Deux cent vingt ans après la Révolution française, les femmes restent sous-représentées en politique. Le point de vue d'une historienne de la condition féminine


Le Nouvel Observateur. - Pourquoi la Révolution française qui proclame les droits de l'homme a-t-elle oublié les femmes ?

 

Laure Adler. - Pendant la Révolution, l'influence que les femmes avaient péniblement acquise à la cour et dans les salons de l'Ancien Régime régresse brutalement. Bien que les femmes figurent au premier rang de toutes les manifestations, les révolutionnaires les excluent des clubs politiques. Quant à celles qui appellent à une démocratie de femmes, comme Théroigne de Méricourt ou Olympe de Gouges, elles sont traitées de folles et finissent sur l'échafaud ! La Convention va jusqu'à interdire l'accès des femmes à ses tribunes. Bref, nos révolutionnaires se sont illustrés par un sexisme et une misogynie systématiques. Comme s'il était impensable et insupportable que les femmes entrent dans le cercle sacré et érotisé du pouvoir masculin.

 

N. O.- La cause des femmes progresse-t-elle au cours du XIXe siècle ?

 

L. Adler. - Pas du tout. Malgré l'engagement de femmes remarquables comme Eugénie Niboyet, journaliste et créatrice de journaux, ou Flora Tristan, femme de lettres et militante socialiste, qui ont été à l'avant-garde du féminisme, elles ont été tenues en marge de la vie publique. Pourtant elles ont été de toutes les révolutions : en 1830, en 1848 et bien sûr en 1870 notamment avec Louise Michel devenue le symbole de la Commune de Paris. Durant cette période, le vote des femmes si souvent réclamé est perçu comme un risque majeur. Les républicains considèrent, à tort, que les femmes sont soumises à l'influence de l'Eglise et qu'elles seraient plutôt réactionnaires. Il faudra attendre 1944 et l'accord tardif du droit de vote aux femmes pour se rendre compte qu'elles ne votent pas plus à droite que les hommes.


N. O. . Ce droit de vote a-t-il modifié les comportements ?

 

L. Adler. - Pas suffisamment, hélas. Aujourd'hui encore, la loi sur la parité adoptée en 2000 peine à être appliquée : l'Assemblée actuelle ne compte que 107 femmes sur 577 députés. Les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les collectivités locales, mais on leur dénie leur capacité pourtant bien réelle à gérer l'Etat en ne leur concédant que des responsabilités trop souvent limitées.


N. O.- Les femmes sont pourtant présentes au gouvernement...

 

L. Adler. - Léon Blum a été le premier à nommer deux femmes sous-secrétaires d'Etat dans son gouvernement de Front populaire. Mais il a fallu attendre Valéry Giscard d'Estaing, et les années 1970, pour voir un président de la Ve nommer Françoise Giroud secrétaire d'Etat à la Condition féminine - portefeuille qui a aujourd'hui disparu de manière symptomatique - et Simone Veil à la Santé. François Mitterrand, qui croyait vrai ment à la capacité des femmes à administrer les affaires de l'Etat, est allé jusqu'à nommer Edith Cresson à Matignon. Mais ces progrès sont sans cesse remis en question. Ainsi, je constate que, après avoir cru à la capacité des femmes en politique, Nicolas Sarkozy vient d'en remercier trois : Dati, Albanel et Boutin. On est loin de José Luis Zapatero qui a constitué une équipe gouvernementale à parité.


N. O. - Comment jugez-vous la situation des femmes en France ?

 

L. Adler. - On est en pleine régression. Les femmes de la nouvelle génération considèrent que le féminisme est ringard et qu'il n'est pas nécessaire de se battre. Or, à qualification égale, elles sont payées 25% de moins que les hommes. Mères isolées, elles sont le plus durement touchées par l'emploi précaire et le chômage. Mais le plus grave, c'est qu'il n'y a plus d'organisation pour porter la parole des femmes, plus de MLF et plus de discours féministe à gauche. J'attends avec impatience un engagement de Martine Aubry sur ce sujet et la création par Nicolas Sarkozy d'un nouveau ministère du Droit des Femmes, qui me paraît plus que nécessaire.

 

Entretien avec Laure Adler

La République machiste

 

Nº2333 – Semaine du  23 Juillet 2009

Sylvain Courage

Le Nouvel Observateur

 

Laure Adler


11 mars 1950 . Naissance à Caen.

1974. Entre à France-Culture.

1989 . Conseillère à la Culture de François Mitterrand.

1999. Directrice de France-Culture.

2008. Editrice chez Actes Sud.

 

Crédit photographique : Laure Adler

www.wikio.fr/article/43007335

 

Les maisons closes, 1830-1930

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32675015.html

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