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NOTE DE L'ÉDITEUR : De 1863 à 1931, la Nouvelle-Calédonie est connue sous le nom de « la Nouvelle ». Vingt-deux mille transportés des travaux forcés, plus de 4 000 déportés politiques surtout de la Commune de Paris, près de 4 000 relégués en majorité récidivistes de délits mineurs, auxquels il faut ajouter plus de 1 000 femmes, condamnées aux travaux forcés ou à la relégation mais aussi à la réclusion ou à la prison y débarquent, faisant de cette terre kanake du Pacifique Sud, l'archipel des forçats.

 

Dans cet ouvrage, issu de sa thèse de doctorat « Entre les Chaînes et la terre », Louis-José Barbançon retrace l'histoire de la Transportation des forçats à « la Nouvelle ». Une histoire vécue à travers l'exemple du premier convoi de 250 forçats de l'Iphigénie, arrivés dès 1864. Comme l'écrit l'auteur : « dans un pays d'immigration, l'importance dévolue aux premiers arrivés, pionniers volontaires ou malgré eux, reste une dominante de la conscience collective. On a les Mayflower qu'on peut ».

 

Ces premiers transportés sont suivis dans une étude exhaustive de leurs dossiers individuels, de leurs origines et de leur devenir personnel sur près de six décennies. Ce ne sont pas des forçats virtuels qui sont mis en scène mais bien des hommes de chair et de sang replacés dans le contexte historique d'une terre de bagne, face à la répression ou à la réhabilitation. L'originalité de ce travail tient donc avant tout dans le fait qu'au-delà des lois, des statistiques, de la chronologie, l'auteur tente de donner la parole à des femmes et à des hommes de rien dont il est lui-même originaire, faisant accéder ces oubliés de toujours, comme l'écrit en préface Michelle Perrot : « à la dignité de l'Histoire ».

 

 

L'Archipel des forçats : l'histoire du bagne de Nouvelle-Calédonie (1863-1931) / Louis-José Barbançon ; préface de Michelle Perrot. - Villeneuve d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2003. - 447 p. : ill. ; 24 cm. - (Histoire et civilisations).

 

Louis-José Barbançon voit le jour à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), le 12 avril 1950. Descendant de familles issues des deux colonisations, la libre et la pénale, il grandit dans un milieu « de tradition gaulliste et chrétienne », précise-t-il. Son enfance est marquée par la disparition précoce de son père, en 1953, dans le naufrage de La Monique, au large de Maré, l'une des îles Loyauté de l'archipel calédonien. Sa mère, institutrice chez les sœurs de Cluny, se retrouve seule avec un petit garçon qu'elle décide d'inscrire à l'école, à un âge où à l'époque les enfants n'y vont pas encore.

 

En 1968, baccalauréat en poche, il s'envole vers Aix-en-Provence où l'attendent des études d'histoire qui vont peser lourd dans sa vie d'homme. D'abord parce qu'elles le conduiront à explorer, avec le passé de sa terre natale, le versant secret de sa propre histoire familiale. Ensuite parce qu'elles vont le conduire à questionner son rapport à la Nouvelle-Calédonie, mais également les rapports entre celle-ci, le Pacifique qui l'entoure et sa lointaine Métropole.

 

Il revient au pays au début des années soixante-dix, débute sa carrière d'enseignant, suit de près l'actualité politique en observateur, puis s'y engage en tant qu'acteur. En 1979, il devient secrétaire général de la Fédération pour une nouvelle société calédonienne (F.N.S.C.), mouvement autonomiste qui souhaite ouvrir la voie à un nouveau dialogue entre les deux principales communautés du pays, Kanak et Calédoniens d'origine européenne.

 

Attaché de cabinet au Conseil du gouvernement de 1979 à 1984, il participe à l'élaboration d'un ensemble de réformes, notamment dans les domaines foncier, éducatif et fiscal. En 1982, la F.N.S.C. s'allie avec le Front indépendantiste et rend possible l'élection du leader indépendantiste kanak Jean-Marie Tjibaou à la vice-présidence du conseil gouvernemental.

 

Au sortir des années 1984-1988, qui voient la Nouvelle-Calédonie plonger aux limites de la guerre civile, Louis-José Barbançon décide de rassembler les notes prises durant toute la décennie. Ce sera Le Pays du non-dit, publié à compte d'auteur en 1992. Le livre est un succès de librairie : deux éditions, aujourd'hui épuisées, et une expression, « pays du non-dit », qui, comme le livre, fait rapidement référence. Suit en 1995 La Terre du lézard. Puis il tient de décembre 1995 à mai 1996, dans l'éphémère Quotidien calédonien, une chronique, Rue de l'Observatoire.

 

S'affirme dans ces écrits une passion de la terre calédonienne qui prend parfois une dimension exacerbée, et l'engage sur un terrain volontiers polémique. Humour caustique, sens de la formule, sensualité dans l'expression du rapport au monde et au pays caractérisent aussi son écriture.

 

Dans le même temps, Louis-José Barbançon ne cesse de s'inscrire dans une démarche d'historien. Il consacre notamment plusieurs décennies à d'importants travaux de recherche sur la colonisation pénale. Ceux-ci l'amènent à lever le voile sur l'ascendance pénale de nombreuses familles calédoniennes, dont la sienne, à obtenir son doctorat en septembre 2000 et à publier en 2003, à partir de sa thèse, l'un des, voire le principal ouvrage de référence écrit à ce jour sur le bagne de la Nouvelle-Calédonie : L'Archipel des forçats, qui est lui aussi un succès de librairie.

 

Louis-José Barbançon prend sa retraite en 2006 après une carrière d'enseignant d'histoire qui s'est essentiellement déroulée dans un collège du quartier nouméen de Rivière-Salée, situé en zone d'éducation prioritaire. Il y a observé les enracinements et les mutations de jeunes générations dont il estime qu'elles échappent de plus en plus à des définitions prioritairement rattachées à leurs origines ethniques et culturelles.

 

Son attachement à sa terre natale et à une langue française qu'il veut riche de toute la diversité de ses expressions, est celle d'un homme qui ne se considère pas comme un Européen, mais comme « un Océanien d'origine européenne »…

 

Louis-José Barbançon

http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/barbancon.html


 

Louis-José Barbançon, historien originaire de Nouméa, Nouvelle-Calédonie. Professeur certifié hors classe à la retraite. Descendant direct de condamnés aux travaux forcés, travaille depuis plus de 30 ans sur la transportation et la déportation en Nouvelle-Calédonie. Bien qu’il soit l’auteur de nombreux articles ou préfaces sur le sujet, a pendant longtemps consacré ses interventions à la sphère de l’oral à travers d’émissions radiodiffusées ou de télévision, de conférences, de débats et d’expositions. Il soutient en 2000 une thèse de doctorat à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, sous la direction de Jean-Yves Mollier : Entre les chaînes et la terre. L’évolution de l’idée de déportation au XIX° siècle en France, aux origines de la colonisation en Nouvelle-Calédonie (président du jury Jacques-Guy Petit). Cette thèse est publiée en 2003, sous le titre : L’Archipel des forçats. Histoire du bagne de Nouvelle-Calédonie (1863-1931) avec une préface de Michelle Perrot, aux Presses Universitaires du Septentrion.- http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article79.html


 

Crédit photo © Éric Dell'Erba

Nouméa, Musée de la ville, décembre 2005

 

 

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