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Archives de presse - Un film poignant d’Andrzej Wajda ressuscite le destin de ces 22 000 polonais exécutés par le NKVD. Un crime que les Soviétiques imputèrent aux Allemands jusqu’en 1990 !


C’est comme s’ils étaient morts deux fois. Au printemps de 1940, quand le NKVD les a liquidés d’une balle dans la nuque ; et jusqu’en 1990, puisqu’il était interdit à leurs familles, qui savaient la vérité, de dire qui les avait assassinés. Une transgression punie de prison sous Staline puis par une persécution de chaque jour infligée aux descendants des victimes, de l’interdiction faite de suivre des études supérieures à la fermeture des emplois publics, sans compter la surveillance exercée par l’appareil policier.

Ce double drame, que Varsovie se bat pour ériger au rang de crime contre l’humanité, les Français le revivront, et, pour beaucoup, le découvriront, ce 1er avril au cinéma, avec un an et demi de retard par rapport à leurs voisins (3 millions de spectateurs en Pologne, autant en Allemagne, un début prometteur en Russie !) et, sans doute, une émotion proportionnelle au tabou auquel s’est attaqué Wajda. Moins la tragédie en elle-même que la manière dont les communistes se sont attachés à l’extirper de la mémoire polonaise, après être parvenus à en faire un “non-sujet” au procès de Nuremberg.

 

Le 17 septembre 1939, fuyant vers l’est, les débris de l’armée polonaise rescapés de l’offensive allemande commencée le 1er tombent aux mains de l’Armée rouge qui, conformément aux clauses secrètes du pacte germano-soviétique du 23 août, vient officiellement “au secours” des populations biélorusses et ukrainiennes de Pologne orientale. Le 29 septembre, au lendemain de la chute de Varsovie, le septième partage de la Pologne de l’Histoire est entériné : à l’Ouest, les Allemands instituent le “gouvernement général” ; à l’Est, les Soviétiques annexent purement et simplement les territoires entrés en leur possession.

 

À cette date, environ 250 000 soldats polonais, dont 15 000 officiers, sont prisonniers des Soviétiques. La moitié des simples soldats et des sous-officiers sont relâchés peu après, les autres étant “traités” par le NKVD.

 

Sur ces 125 000 hommes remis à la police politique de Staline, 42 000 seront libérés car originaires d’Ukraine ou de Biélorussie, et 43 000 autres, issus de Pologne occidentale, livrés aux Allemands. Les 40 000 restants seront déportés en Russie.

 

Parmi ceux-ci, les 15 000 officiers capturés lors de l’invasion soviétique, mais aussi plus de 6 000 policiers et fonctionnaires issus des “classes hostiles”, selon la terminologie du NKVD.

 

Les officiers, parmi lesquels de nombreux étudiants, incorporés systématiquement dans l’armée de réserve par le système de conscription polonais, sont déportés à Kozelsk et à Starobielsk ; les policiers, les gendarmes et les cadres du scoutisme (essentiels dans la formation de l’élite catholique polonaise d’avant-guerre) à Ostachkov, où les rejoindront de nombreux médecins, scientifiques, juristes et universitaires, mais aussi des prêtres.

 

Qu’en faire ? Staline ne tergiverse pas longtemps. Il distingue les Polonais “utiles”, séparés en deux camps – ceux qui sont prêts à collaborer avec le régime et ceux qui, à raison d’un million d’entre eux, seront déportés au goulag pour servir la machine de guerre soviétique –, et ceux qui, non seulement ne lui serviront pas, mais pourraient contribuer à la renaissance d’une Pologne indépendante.

 

Le 5 mars, il fait signer par le Politburo l’ordre d’exécution des “contrerévolutionnaires” préparé par Beria, le chef de sa police.

 

Entre le 3 avril et le 13 mai 1940, les prisonniers du camp de Kozelsk sont transportés dans la forêt de Katyn,non loin de Smolensk, ceux de Starobielsk dans les locaux du NKVD à Kharkov et ceux d’Ostachkov à Kalinine (Tver, aujourd’hui). La même opération se déroule simultanément en Ukraine et en Biélorussie pour 7 800 fonctionnaires polonais membres de divers réseaux de résistance, extraits de leurs prisons pour être exécutés. Soit plus de 22 000 personnes. La méthode qui préside au massacre est tristement traditionnelle chez les Soviétiques depuis les années 1920 : chaque prisonnier est amené, les mains liées dans le dos, au bord d’une vaste fosse commune fraîchement creusée par un bulldozer qui attend,moteur tournant. Puis, un homme du NKVD lui tire une balle dans le crâne. Pas besoin de coup de grâce : quand la fosse sera remplie, le bulldozer ensevelira les corps sous trois mètres de terre, puis nivellera le terrain. La routine de l’horreur.

 

Or, un an plus tard, le 22 juin 1941, Hitler rompt le pacte germano-soviétique et lance 160 divisions à l’assaut de l’URSS. Parcourant 100 kilomètres par jour jusqu’au 28 juin, les Allemands réussissent la plus grande percée mécanisée de l’histoire militaire : Smolensk tombe le 16 juillet, Kiev le 19 septembre, Odessa le 16 octobre. L’offensive ne s’arrêtera, en décembre, que devant Moscou.

 

C’est alors que, les exactions allemandes succédant à celles du NKVD, la Wehrmacht découvre, presque par hasard, les traces du passé récent, aubaine inespérée pour les équipes de la Propaganda Staffel qui, pour une fois, n’auront guère besoin de mentir ! Courant août, soit quelques semaines après la chute de Smolensk, un premier charnier d’une centaine de corps est découvert dans la forêt de Katyn. Les plaques d’identité, papiers et autres photos retrouvées sur les corps parlent d’eux-mêmes : il s’agit d’officiers polonais. Ce n’est qu’un début. À la fin 1942, sur la foi d’informations recueillies auprès de paysans russes, la Wehrmacht exhume plusieurs nouvelles fosses. Et en mars 1943, 4 500 corps sont déterrés d’un coup.

 

Le 13 avril 1943, Radio Berlin rend publique la nouvelle, aussitôt démentie par Moscou, qui impute évidemment aux Allemands la responsabilité du massacre. Exploitant leur découverte, les autorités du Reich forment une commission d’enquête internationale qui se rend sur place et reconstitue la liste complète des victimes, immédiatement communiquée aux familles.

 

Certes, les membres de la commission d’enquête appartiennent à des pays occupés par l’Allemagne (France, Danemark, Belgique, Pays-Bas) ou alliés du Reich (Italie, Finlande, Hongrie, Roumanie, Bulgarie). Mais des représentants de la Suède et de la Suisse, neutres, participent à la rédaction du livre blanc qui s’ensuit. Surtout, le général Sikorski, chef du gouvernement polonais en exil à Londres, qui connaît personnellement plusieurs des officiers exécutés par les Russes, donne quitus à ses conclusions. Mieux : il appuie la demande de Berlin de faire corroborer son enquête par l’envoi sur place d’une commission internationale de la Croix-Rouge (à laquelle participent, cette fois, des belligérants alliés, Américains et Britanniques, notamment). Celle-ci arrive bientôt aux mêmes conclusions que la commission réputée “proallemande”.

 

Fureur à Moscou. Taxant Sikorski de « collusion » avec les « hitléro-fascistes », Staline tire prétexte de sa position pour rompre ses relations diplomatiques avec le gouvernement polonais réfugié à Londres – lesquelles, de toute façon, étaient purement symboliques, l’URSS ayant depuis longtemps décidé de remplacer la République polonaise « bourgeoise » d’avant-guerre par une « démocratie populaire » à sa solde, une fois le IIIe Reich vaincu… Mais, le 4 juillet, l’avion de Sikorski s’écrase au décollage à Gibraltar. Pour les Polonais non communistes, aucun doute : il s’agit d’un sabotage, voire d’un assassinat maquillé, le pilote de l’appareil, un Tchèque dont on a perdu la trace, étant sorti indemne de l’accident.

 

De fait, Sikorski était devenu un gêneur. Pour les Russes, mais aussi pour les Anglo-Saxons qui, en pleines négociations avec les Soviétiques, avaient finalement refusé, quelques jours plus tôt, de reprendre à leur compte les conclusions de la Croix-Rouge.

 

Un an plus tard, l’URSS reprenait la main sur le dossier. Ayant reconquis la zone des charniers, l’Armée rouge procédait à une seconde exhumation des corps, et un nouveau rapport établissant « sans contestation possible » la responsabilité des Allemands était publié sous l’égide du Pr Nikolai Burdenko, de l’Académie des sciences médicales de Moscou… non sans que la forêt de Katyn soit érigée en zone militaire spéciale et interdite au public jusqu’en 1991, dernière année d’existence de l’Union soviétique !

 

Mais, au procès de Nuremberg, nouveau coup de théâtre. Le rapport Burdenko étant versé au dossier de l’accusation – donc au passif des Allemands –, l’un des procureurs soviétiques,Nikolai Zoria, émet des doutes inattendus sur sa « valeur probante ». Pour récuser du même mouvement le livre blanc allemand, lui-même joint à la procédure ? Le lendemain, on le retrouve mort dans son lit. Les Soviétiques parviendront cependant à faire récuser tous les témoins désireux de défendre la thèse de la Croix-Rouge. Mais pas à faire porter le chapeau aux Allemands, dont la barque, il est vrai, était déjà bien chargée.

 

Résultat : le nom de Katyn est absent des vingt-deux jugements constitutifs du verdict, comme s’il s’agissait d’un non-événement. Et pour cause : seuls les Allemands étant susceptibles d’être jugés à Nuremberg, les Soviétiques ne pouvaient, en raison même de leur statut de vainqueur, faire l’objet de la moindre procédure. Cela conduisait l’État communiste polonais à en profiter pour persécuter les familles d’officiers persistant à attribuer à Staline la responsabilité du massacre.

 

Il faudra attendre 1990 pour que Mikhaïl Gorbatchev, désireux d’assainir ses relations avec Varsovie, reconnaisse verbalement la responsabilité du NKVD dans l’éradication programmée des élites polonaises. Et 1992 pour que Boris Eltsine remette à Lech Walesa, alors président de la République de Pologne, une copie des archives du Politburo retraçant, en détail, le déroulement de ce meurtre de masse, dont aucun des responsables, contrairement aux crimes hitlériens, n’aura été jugé.

 

Katyn ou la tragédie du mensonge

5 mars 1940. Staline décrète l'extermination de l'élite polonaise.

Eric Branca, le 26-03-2009

http://www.valeursactuelles.com/public/valeurs-actuelles/html/fr/articles.php?article_id=4408

 

Crédit photographique

http://www.document.no/2007/10/12/katyn-thumb.jpg

 

Katyn, un film qui dérange

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-30204246.html

 

Katyn : crime de guerre, crime de mémoire, la barbarie en Pologne

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32407037.html

 

 

 

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Mirandoline 12/04/2010 11:30


Depuis longtemps je recherche le film sur la tragédie de Katyn. Une nouvelle tragédie se rajoute à présent : l'accident d'avion survenu l'autre jour à Smolensk.


12/04/2010 19:38



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