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Le colonel Fesneau, qui a été aide de camp du général Olié, a fait éditer en 1996 une plaquette dans laquelle est soulignée la forte personnalité et les services rendus par « Jean Olié, général d’armée ». Pensionnaire aux Invalides, il avait totalement perdu ses brillantes facultés intellectuelles et mentales. « Homme de foi, écrit son aide de camp, oblat de Saint-Benoît, le général Olié souffre sans se plaindre, et attend en soldat l’appel qui lui viendra un jour du Seigneur. » Cet appel est venu le 30 mars 2003 et ses obsèques ont été célébrées à la chapelle de l’École militaire le 1er avril, selon un cérémonial simple que le général lui-même avait fixé en 1970. Le général Gobillard, gouverneur des Invalides, a prononcé son éloge funèbre, avant que Jean Olié ne soit inhumé au carré de la Légion à Puyloubier, aux côtés du colonel Jeanpierre. Les lettres et documents conservés dans ses archives personnelles présentent un intérêt historique, dont fait état le présent article. Les écrits du général Olié, qui ne sont pas abondants, nous décrivent de l’intérieur ce que fut l’armée des années 1920 à 1960, sur laquelle il nous donne un remarquable et vivant témoignage.

 

Fidèle à la tradition patriotique de sa famille (son père et ses oncles ont été tués à la guerre de 1914), Jean Olié fait partie de la promotion du Rif de Saint-Cyr (1924-1926). Dans un article de 1977, il évoquera ses souvenirs de l’École spéciale militaire : « Idéalisée par le sacrifice des anciens. Un engagement mystique nous liait à nos morts. Il nous faisait légataires de l’esprit Saint-Cyrien [...]. L’honneur intransigeant, le refus de toute médiocrité et de tout calcul, l’élégance morale et chevaleresque avec un brin de panache l’inspiraient. Notre style de vie ressemblait à celui d’un noviciat, son régime était rude [...]. En fait nous sommes tous fondus dans le même moule. Notre collectivité concilie l’esprit aristocratique – car nous devons tous appartenir à une élite – et l’égalité démocratique – car chacun a le même devoir. » Cependant, ajoute-t-il, « nous étions de nombreux camarades que consternait le manque absolu d’ouverture sur l’extérieur [...]. Cette parenthèse fermée, ce qui m’intéressait le plus c’était l’instruction militaire. Les qualités humaines du lieutenant Carolet, chef de section, lui valaient un légitime prestige [...]. Son exemple nous fit comprendre que l’autorité n’exclut pas l’amitié et nous fit sentir la portée du rayonnement [...]. Ainsi l’École – en dépit de certaines imperfections comme en comporte toute institution – nous a donnés à l’Armée aptes et déterminés à entreprendre ce pourquoi nous sommes faits [...]. Si Saint-Cyr venait à disparaître ou à être transformé de façon que son esprit s’efface alors il manquerait à la France quelque chose d’irremplaçable ».

 

Ce magnifique hommage au « Vieux Bahut » n’exclut pas la critique ayant trait à l’enseignement général. Son affectation à l’École comme sous-lieutenant instructeur lui donne l’occasion de recueillir l’opinion des instructeurs plus anciens sur « la politique générale, la dégradation de nos forces, la réduction des effectifs, la perte de prestige de l’uniforme, la lenteur de l’avancement, la modicité de la solde [...]. Pour moi, c’est la première rencontre avec le malaise des cadres, lointain écho aux plaintes de Vauvenargues et de Vigny ».

 

Lui-même prend la liberté de confier à ses camarades sa perplexité au sujet de la manœuvre tant offensive que défensive prévue par le RM II (Règlement). « À l’époque, le dogme de la toute-puissance du feu régnait sans partage ; son instrument était le couple infanterie-artillerie. En cherchant bien, je ne repère aucune recherche de la décision par d’autres moyens, encore moins aucun recours à l’audace stratégique [...]. Mes interlocuteurs, à l’exception de Carolet, se montrent étonnés et réprobateurs : cette doctrine était le Règlement, c’était l’enseignement fondamental de la Guerre qu’ils avaient faite ; c’était enfin la pensée du maréchal Pétain qu’ils vénéraient. »

 

La carrière d’officier d’Olié est ensuite partagée entre la Légion et les Affaires indigènes (AI). Il combat au Maroc dans les rangs du 4e RE en 1928 ; titulaire de deux citations, il est blessé en septembre 1933, et est affecté alors à la direction des Affaires politiques. Dans son texte de 1977, il rappelle l’enthousiasme qui fut le sien lors de son service au Maroc « joie d’appartenir à l’Armée d’Afrique, frivole d’apparence mais glorieuse à juste titre ; grandeur de participer humblement à l’entreprise lyautéenne qui avait rappelé à la nation le sentiment de sa mission civilisatrice ; prime expérience des réalités de l’initiative et de la responsabilité ; séduction du bled et de ses gens ; conquête de soi enfin [...]…

 

Le général d’armée Jean Olié de 1924 à 1962

Général (cr)  Maurice Faivre

Guerres mondiales et conflits contemporains 2004- 3 (n° 215)| ISSN 0984-2292 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2130547214 | page 107 à 117

 

L’intégralité de cet article est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous

http://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-3-page-107.htm

 

 Crédit photographique - Le général d’armée Jean Olié

www.biographie.net/tag/G%C3%A9n%C3%A9ral-fran...

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