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Archives de presse - L'ex-mercenaire Bob Denard est mort samedi à l'âge de 78 ans. La maladie d'Alzheimer l'avait empêché d'assister à ses procès en 2006 et 2007, liés à l'organisation d'un coup d'Etat aux Comores en 1995.


Connaissiez-vous Gilbert Bourgeaud? Non ? Si. Mais sous son nom d’emprunt le plus fameux: Bob Denard. Atteinte de la maladie d’Alzheimer, affaiblie par ses déficiences cardio-vasculaires, la figure de proue de la barbouzerie française s’est éteinte le 13 octobre, à l’âge de 78 ans. Ce Bordelais, fils d’un officier de la Coloniale, emporte dans la tombe les dessous d’une kyrielle de faits d’armes, coups de mains, coups tordus et coups foireux. Mais il continuera d’incarner, post mortem, la survivance d’un archaïsme hérité de la Guerre froide et les ambiguïtés d’une France officielle encline à entonner le refrain de la transparence et de l’Etat de droit tout en déléguant les basses besognes à une poignée d’ "Affreux", ex-militaires de préférence. Ou, au mieux, à fermer les yeux sur leurs agissements, quitte à les lâcher en rase campagne en cas de tempête. "Denard était le bras armé des services secrets français en Afrique", tranche Antoine Glaser, directeur de La Lettre du Continent. Version que défend l’intéressé dans une autobiographie éloquemment intitulée Le corsaire de la République. "Je n’avais pas vraiment le feu vert des autorités, écrit-il, mais je passais à l’orange."

 

Bien sûr, le vent a tourné. Le 4 octobre 1995, les forces françaises déboulent aux Comores, archipel de l’Océan indien et bac à sable favori du chien de guerre, pour libérer le président Saïd Djohar, coffré par Denard et ses disciples, aussitôt arrêtés. Ce sera un peu le chant du cygne du putschiste chronique, même si sa réputation lui vaut encore, en 2006, d’être approché par le président tchadien Idriss Déby Itno, aux prises avec une rébellion tenace, ainsi que par l’entourage galonné du satrape guinéen Lansana Conté. Dans les deux cas, convenons-en, les services français et le Quai d’Orsay s’emploieront à torpiller ces fautes de goût. Tout comme ils avaient enrayé l’expédition calamiteuse entreprise en 2002 vers Madagascar par une poignée d’héritiers de Tonton Bob.

 

Celui-ci dut d’ailleurs en fin de carrière rendre des comptes à la justice hexagonale. En juillet dernier, il a ainsi été condamné en appel à quatre ans de prison pour une tentative de putsch menée en 1995… sur l’archipel comorien. Déjà, le multirécidiviste avait dû répondre de l’assassinat, dix ans plus tôt, du président Ahmed Abdallah. Un Abdallah que Denard détrôna en 1975 pour le réinstaller au sommet de l’Etat trois ans plus tard… Ce qui lui vaudra d’exercer les fonctions de commandant en chef des forces comoriennes et de patron de la Garde présidentielle. Vétéran des prétoires, Denard écopa aussi en 1993, d’une peine de cinq ans avec sursis pour son rôle dans le coup d’Etat manqué de 1977 au très marxisant Bénin.

 

Celui qui fut quartier-maître dans les commandos de marine en Indochine et en Algérie, conducteur de travaux puis policier au Maroc ou démonstrateur dans l’électro-ménager, se plaisait à naviguer en eaux troubles. Dès 1961, il signe un long bail avec le mercenariat, ralliant dans l’ex-Congo belge les rebelles katangais. Avant de former des cohortes de "soldats de fortune" au Biafra, au Cabinda ou en Rhodésie, le futur Zimbabwe, bastion de l’apartheid. C’est que cet anticommuniste viscéral, compagnon de route de l’extrême-droite, qui trouva un temps refuge dans l’Afrique du Sud des années de plomb, a forgé sa vision géopolitique au feu du combat manichéen entre l’ogre marxiste et le monde libre. Quand il vole au secours des milices royalistes de l’imam Badr, au Nord-Yémen, c’est avec l’aval tacite de la France, mais aussi, à l’en croire, pour le compte du MI6 britannique. De même, son engagement en Angola auprès de l’Unita de Jonas Savimbi aurait reçu la bénédiction de la CIA.

 

Connaissiez-vous Saïd Moustapha Mahdjoub ? Non ? Si. Car il s’agit du patronyme adopté par Gilbert Bourgeaud, alias Bob Denard, lors de sa conversion à l’islam. Oui, le mercenaire a bien embrassé la foi du Prophète. Quitte à adapter à sa façon les préceptes coraniques. Le défunt laisse ici-bas huit orphelins nés de sept épouses, successives il est vrai. De même, à en croire ses fidèles, ce fils du Médoc aurait pris quelques libertés avec l’interdit de l’alcool. A l’impossible, nul n’est tenu. C’est d’ailleurs dans le village natal de Grayan-et-l’Hôpital, chez sa sœur Georgette, qu’il a vécu ses derniers mois. Sans que nul tourment vienne hanter sa mémoire, rongée par la maladie. Mais les victimes de ce flibustier n’auront pas droit, elles, au réconfort de l’oubli.

 

Bob Denard : le flibustier de la République

Par Vincent Hugeux, publié le lundi 15 octobre 2007, - mis à jour le 25/10/2007

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/bob-denard-le-flibustier-de-la-republique_467224.html

 


Robert Denard, l'ancien mercenaire français protagoniste pendant trente ans de plusieurs coups d'Etat en Afrique et dans l'archipel des Comores, est mort à l'âge de 78 ans.

 

Je vous confirme qu'il est décédé", a déclaré sa soeur Georgette Garnier à Reuters. Elle n'a pas voulu dire où et quand était survenu le décès.

 

Aux Comores, le commandant Abdallah Gamil, membre de l'état-major de l'armée, a confirmé à Reuters la nouvelle de ce décès. "Bob Denard a été admis à l'hôpital hier soir à Paris et il y a à peine quarante minutes qu'un de ses amis proches m'a appris qu'il est décédé", a-t-il dit dimanche.

 

Atteint de la maladie d'Alzheimer, Robert, dit "Bob", Denard résidait dans les derniers temps de sa vie dans son village natal de Grayan-et-l'Hôpital (Gironde), où habite aussi sa soeur. Militaire de carrière jusqu'en 1952, ayant notamment servi en Indochine, Bob Denard, surnommé le "chien de guerre", venait d'être condamné en juillet à quatre ans de prison dont trois avec sursis et 100.000 euros d'amende par la cour d'appel de Paris pour un coup d'Etat sur l'archipel des Comores en 1995.

 

Aux Comores, Moustoifa Said Cheikh, dirigeant du Front démocratique qui avait été emprisonné pendant cinq ans, entre 1985 et 1989, a "regretté" que l'ancien mercenaire n'ait "pas répondu de tous ses crimes commis sur notre territoire, des meurtres et tortures dont il s'est rendu coupable". "Moi, personnellement, je garde encore les séquelles des tortures que je subissais tous les soirs. Je souffre atrocement de problèmes de dos qui s'aggravent avec l'âge", a-t-il dit.

 

JAMAIS JUGÉ AUX COMORES


Pour Mzé Abdou Soulé Elbak, ancien président de l'île de la Grande-Comore, la mort de Denard "réveille les mauvais souvenirs d'un régime qui a violé les droits de l'homme et avait transformé les Comores en base arrière de l'apartheid sud-africain". "Cet homme a sali la mémoire de notre histoire", a-t-il dit. Pour le leader syndical Ibrahim Ali, "Denard est mort alors qu'il n'a jamais été jugé aux Comores, mais seulement en France. Sa mort laisse beaucoup de questions sur les responsabilités de notre histoire récente".

 

La vie romanesque de ce "soldat de fortune", qui travaillait avec un groupe d'hommes de confiance, a divisé les observateurs. Ceux qui lui étaient favorables reprenaient la version de son livre "Corsaire de la République", où il se disait le bras armé de l'Etat pour la politique de la France en Afrique, assurant qu'il permettait à Paris d'agir sans s'impliquer directement. Ses détracteurs soulignaient au contraire ses liens avec l'extrême droite et son affairisme supposé, qu'il dissimulait selon eux sous de prétendues missions au nom de la France. Les affaires judiciaires qui ont analysé certaines de ses actions ont mis au jour les deux aspects. Son nom restera indissolublement lié à celui des Comores, archipel de l'océan Indien et colonie française devenue indépendante en 1975.

 

Bob Denard, placé à la tête de la "garde présidentielle", y était devenu une sorte de vice-roi à la faveur d'un premier coup d'Etat, où son groupe avait renversé en 1975 le président Ahmed Abdallah pour installer à sa place son opposant Ali Soilih. En 1978, le mercenaire réalise l'opération inverse, tuant Ali Soilih et réinstallant son prédécesseur.

 

COUPS D'ÉTAT EN SÉRIE


Bob Denard développe alors les liens entre les Comores et le régime d'apartheid en Afrique du Sud, autorisé à installer des stations d'écoutes sur l'archipel. En mars 1988, Dulcie September, une proche de Nelson Mandela, représentante de l'ANC à Paris, est assassinée dans la capitale française. Après la chute de l'apartheid, des représentants de l'ancien régime accuseront Jean-Paul Guerrier, bras droit de Bob Denard, d'avoir commis cet assassinat pour le compte de Pretoria. Aucune suite ne sera donnée en France.

 

Le premier passage de Bob Denard aux Comores s'achève en 1989 par l'assassinat du président Ahmed Abdallah. Jugé pour ce crime avec deux de ses hommes, dont Jean-Paul Guerrier, Bob Denard est acquitté au bénéfice du doute à Paris en 1999. Dans l'intervalle, il mène avec ses hommes de nombreux coups de main au Biafra, en Angola, au Bénin. Il sera condamné une première fois à Paris à cinq ans de prison avec sursis en 1993 pour l'opération du Bénin.

 

Retiré en France, Bob Denard effectue un retour-surprise avec ses hommes le 28 septembre 1995 aux Comores, où ils déposent le président Mohammed Djohar et placent le pouvoir entre les mains des opposants Mohammed Taki et Saïd-Ali Kemal. Le 4 octobre, l'armée française intervient et capture les mercenaires mais maintient les opposants au pouvoir à Moroni, scénario qui accrédite l'idée que Bob Denard agissait, comme il l'affirme, avec l'accord tacite de Paris.

 

Les deux procès de l'affaire, en 2006 et 2007, donneront, comme pour le personnage, une image plus ambiguë de l'histoire. L'instruction a établi que l'opération avait été financée par l'opposition comorienne, par des hommes d'affaires corses contrôlant des sociétés de jeux de hasard en Afrique et par le fils naturel de Bob Denard, Eric Vicoletto, par ailleurs écroué pour trafic de drogue à l'été 2005. Le but de l'opération, selon le juge d'instruction Baudoin Thouvenot, n'était pas philanthropique. Il aurait été de "créer aux Comores une zone franche et un système bancaire offshore", dit l'ordonnance de renvoi.

 

L'ex-mercenaire Bob Denard est mort

Par LEXPRESS.fr, publié le lundi 15 octobre 2007mis à jour le 25/10/2007

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/l-ex-mercenaire-bob-denard-est-mort_467218.html

 


 


Corsaire de la république

de Bob Denard (Auteur)

 

Quatrième de couverture

 

" Je déteste ce mot de mercenaire qui me colle à la peau, pour ce qu'il représente dans l'esprit des gens : un individu sans foi ni loi, prêt à se vendre au plus offrant, détruisant tout sur son passage, méprisant les populations qu'il est amené à côtoyer. La vérité est bien loin de ça. " Et c'est la vérité que Bob Denard veut faire connaître par cette autobiographie. Cinquante années d'un combat commencé à quinze ans contre les nazis ont mené cet enfant des Landes dans de nombreux pays, pour défendre des causes auxquelles il croyait et des hommes qui avaient besoin de lui. Le Robert Denard de l'Indochine devient ainsi Monganga, " le sorcier qui soigne les âmes " au Katanga, puis Mister Bob au Yémen, Gilbert Bourgeaud au Biafra, Henry Thomas ou Mustapha M'hadjou aux Comores... Il est mécanicien, policier, soldat, officier, médiateur, membre d'un directoire, conseiller, ambassadeur itinérant... Mais, quelle qu'ait été sa mission, jamais Bob Denard ne s'est battu contre les întérêts de la France, la servant au contraire lors de conflits délicats. Car c'est aussi une autre histoire de la décolonisation et des luttes de pouvoir internationales, riche de révélations, que nous découvrons ici. A l'heure où Bob Denard doit se présenter devant les tribunaux français, il nous livre un récit sans dissimulation, où l'on découvre un homme qui a cru en la force de l'engagement, de la fidélité et de l'honneur.

 

Détails sur le produit

 

    * Reliure inconnue: 436 pages

    * Editeur : Fixot (29 juin 1999)

 

Émigration - Colonialisme - Racisme (17)

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