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Connaîtra-t-on un jour la vérité sur la mort du conseiller Albert Prince ? Vraisemblablement jamais.

 

20 février 1934. Au km 311 de la ligne ferroviaire Paris-Dijon, lieu dit de la combe aux fées, le corps sans vie d’Albert Prince, conseiller à la cour d’appel de Paris, chef de la section financière du parquet de la Seine, est découvert par des promeneurs dont l’histoire n’aura pas retenue le nom. Le cadavre,  littéralement déchiqueté atteste à première vue qu’il a été heurté par la locomotive lancée à pleine vitesse. Assassinat ? Suicide ? C’est ce que l’enquête, qui débute immédiatement après la macabre découverte, aurait du révéler.


Et très vite la thèse du meurtre prémédité semble de loin la plus plausible aux yeux de la famille et des proches. Car Albert Prince, qui ne semblait pas une seconde vouloir en finir avec la vie, était sans nul doute devenu pour certains un homme gênant, un caillou dans la chaussure qu’il fallait faire disparaître, très vite. Enquêtant sur les malversations financière d’Alexandre Stavisky, financier véreux retrouvé « suicidé » dans son chalet de Chamonix au début de l’année 1934, le magistrat à sans aucun doute payer de sa vie ce qu’il avait découvert lors de ses investigations. Son rapport, que l’on imagine explosif, devait d’ailleurs arriver sur le bureau du garde des sceaux quelques jours après sa mort. Le précieux document n’a jamais été retrouvé. Seule une mallette, évidement vidée de son contenu, gisait aux cotés du cadavre lacéré. Au delà du scandale financier qu’a été l’affaire Stavisky, ou se mêlait affairistes douteux et politiciens corrompus, Albert Prince avait-il de quoi faire trembler la République, ou du moins quelques un de ses piliers ? Sans tomber dans la théorie du complot généralisé, l’idée parait loin d’être saugrenue tant les circonstances précises de la mort d’Albert Prince restent, à ce jour encore, floues pour ne pas dire opaques, un peu comme si tout avait été fait pour que la vérité n’éclate jamais.


Tout semble laisser croire qu’Albert Prince soit tombé dans un véritable guet-apens orchestré minutieusement. Sa venue à Dijon suffit d’ailleurs à le démontrer. Sous le prétexte fallacieux que sa mère (résidante de la cité des Ducs)  ne se sentait pas au mieux, Albert Prince est appâté à Dijon. La veille de sa disparition, à proximité de la gare, plusieurs témoins assurent avoir vu le magistrat à l’arrière d’une voiture se débattre entre deux hommes à la mine patibulaire. Certainement ses bourreaux venus cueillir le malheureux (et sa mallette) à sa descente du train.    

 

Malgré  tout, l’évidence d’un assassinat préparé bien en amont ne semble  pas sauter aux yeux des policiers en charge de l’enquête, les commissaires Belin et Guillaume en première ligne. Comme animé par des convictions étonnement toutes faites, peut être même influencé, leurs rapports tenteront systématiquement d’établir la thèse du suicide. Des témoignages, sortis comme d’un chapeau magique, auront même vocation à saper la réputation du magistrat, taxé tantôt d’homme à femme, tantôt de toxicomane. Rien n’y fait, l’opinion publique, grandement relayée par la presse, penche allégrement pour la piste criminelle, et ce, même si plusieurs semaines après le début de l’enquête, aucun suspect ne semble poindre à l’horizon. 


Arrive alors en scène le très controversé inspecteur Pierre Bonny. Ce flic sans scrupule, connu pour ses méthodes plus que douteuses, s’était tristement illustré une dizaine d’année plus tôt dans l’affaire Seznec. Il s’illustrera tout aussi tristement dès 1940 en collaborant largement avec l’envahisseur nazi. Un choix de carrière qui lui coutera le peloton d’exécution à la libération.  


Mais celui que l’on appelait encore le « premier flic de France » ne va pas tarder a obtenir des résultats dans l’affaire Prince. Sur la base d’indices foireux et de témoignages falsifiés, il désigne trois caïds du milieu marseillais : Paul « Venture » Carbone, François « lydro » Spirito, et Gaëtan de Lussatz, dit le Baron. Carbone et Spirito c’est du lourd. Pour la petite histoire ils inspireront Jacques Deray pour son film Borsalino avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo.


Le 29 mars, les trois larrons, qui forment un trio de coupables idéals, sont incarcérés à la maison d’arrêt de Dijon. La maigreur du dossier d’accusation ne tiendra toutefois pas face aux avocats de la défense qui obtiennent un non-lieu pour les trois truands, qui auront tout de même passé près d’un mois derrière les barreaux. 


En janvier 1937, mois de trois ans après les faits et sans qu’aucune réponse ne soit précisément donné,  l’affaire Prince est classée par le juge d’instruction. Fait troublant, quelques jours avant son exécution, Pierre Bonny se confie à son fils, il s’accuse de la mort du magistrat. Mieux, il lui dira que le meurtre a été commis pour « défendre la république ».  Aveu tardif ou manœuvre désespéré pour retarder son exécution ? Le mystère reste entier. 


En 2034  soit  à l’issu du délai de 100 ans institué par la loi du 3 janvier 1979  le dossier judiciaire de l’affaire Prince, l’une des plus grande de l’entre deux guerre, sera communicable au public. La vérité s’y trouve t-elle ?

 

La mort d’un Prince par Roald Billebault

06/12/2007 - La Gazette de la Côte-d’Or

http://www.gazette-cotedor.fr/?col=auteur&val=8-roald_billebault&id_art=697-la-mort-dun-prince

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Lorthiois 17/05/2011 23:04


Bonjour
La soeur de ma grand-mère était amoureuse d'Albert Prince. Pour des raisons obscures, il en a épousé une autre, mais elle est restée très attachée à lui. Elle ne s'est jamais remise de son
assassinat. Venue se réfugier chez sa soeur, alors qu'elle était très âgée, je l'ai entendu souvent soupirer: Albert, Albert.. Elle est morte en prononçant ce nom une dernière fois, dans un
souffle.
j'avais une quinzaine d'années, c'était en 62 ou 63... je me souviens de ce qu'on racontait en boucle. L'histoire du télégramme qui disait que sa mère était très malade..;
Et cet homme emportant son cartable, avec son précieux rapport.Et cette mort atroce, attaché sur les rails du train. C'était un secret de Polichinelle: tout le monde savait que le président était
éclaboussé par l'affaire Stavisky... Effectivement, j'ai toujours entendu dire que l'assassinat avait été directement orchestré par la police, sur ordre...


18/05/2011 14:37



Laissé par : Lorthiois hier à 23h04 Email : jacqueline.lorthiois@free.fr