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Héros. Landru, la bande à Bonnot…Ces criminels ont un point commun : Ils ont été arrêtés par le même homme. Il était dijonnais.

 

Si les grands criminels, serial killers et voyous de haut vol fascinent le public, on s’aperçoit en revanche que ceux qui ont causé leur perte sont pour la plupart tombés aux oubliettes, quand ils ne sont pas considérés eux-mêmes comme des meurtriers. Le cas Broussard, par exemple. Lorsqu’il met fin en cet après-midi du  2 novembre 1979 à la cavale de Jacques Mesrine, cet ancien de la BRI se voyait déjà entrer au panthéon des super flics. Raté. Cela fait trente longues années que l’ancien poulet doit justifier l’interpellation mortelle de l’ennemi public numéro un. Pire, il est toujours régulièrement taxé d’assassin par ceux qui ont élevé un fou dangereux mégalo au rang de martyr. Consolation pour Robert Broussard, aussi maigre soit-elle, les manuels d’histoire garderont sa trace.


Jules Belin n’aura pas cette chance. Et pourtant, ce Dijonnais de naissance est à l’origine d’arrestations retentissantes du siècle passé, à une époque où les policiers portaient encore la moustache en guidon, la montre à gousset, et crapahutaient derrière le malfrat,  matraque à la main  et sifflet au coin du bec.

 

Jules Belin pousse son premier cri à Dijon en 1884, né de l’amour d’une modeste couturière de la place de la Libération et d’un comptable mort avant l’âge de la vieillesse. Le futur flic ne restera pas longtemps dans la cité ducale. Il rejoint Langres, où il décroche un bac de sciences et lettres  - une rareté à l’époque -,  puis Paris où il se présente au concours d’inspecteur de Police Judiciaire. Recalé. Il s’obstine et passe - avec succès cette fois-ci - l’examen de secrétaire de commissariat. Le job, bien que formateur, l’ennuie profondément. Le jeune policier est ambitieux, il rêve de terrain, d’enquêtes  et de gloire policière. Lorsqu’il apprend en 1907 la création des premières brigades mobiles de Paris, les fameuses brigades du Tigre, il demande sa mutation. Le pari est risqué. Ce nouveau service de police, initié par Clémenceau et Hennion, est une expérimentation,  censée rénover la police en profondeur.  Nul doute qu’il n’aurait pas survécu s’il n’avait connu les succès qu’on lui connaît. Bombardé inspecteur, Jules Belin enchaîne les affaires sans grande importance, celles-là mêmes qui jaunissent aujourd’hui dans les archives de la police judiciaire. Le premier gros dossier où Belin va s’illustrer arrive 4 ans après sa prise de fonction aux brigades. Jules-Joseph Bonnot, un anarchiste particulièrement actif, sème le trouble dans l’Hexagone depuis la fin de l’année 1911. Secondé par une douzaine d’autres membres qui ont épousé sa cause, la bande  multiplie les braquages et les assassinats gratuits. Sur les dents, les autorités semblent impuissantes, comme sclérosées par l’audace dont fait preuve la petite entreprise criminelle. La baraka pourtant s’évanouit au printemps 1912. Traqués par des dizaines d’agents, les membres de la bande tombent un à un. Bonnot, lui, court toujours, du moins sur une jambe. La fusillade du 24 avril 1912 à Ivry-sur-Seine, où il abat au passage le numéro deux  de la sureté nationale, lui vaut une bastos logée bien profond dans le cuissot.  Réfugié chez l’un de ses comparses du côté de Choisy-le-Roi en région parisienne, l’anarchiste ne tarde pas à se faire fixer par Belin et ses hommes. Plus question de l’arrêter, il faut l’abattre, c’est la consigne délivrée en haut lieu. Et cela va se faire en public, dans une liesse populaire, tout ce qu’il y a de plus malsain. Tôt le matin du 28 avril, le pavillon est cerné par près d’un millier d’hommes en armes. Les premiers échanges ne tardent pas. Les balles fusent, la dynamite aussi…. A la mi-journée, 30 000 spectateurs venus des communes alentours assistent, médusés, aux assauts répétés des forces de police et de gendarmerie. Jules Bonnot n’en sortira pas vivant, il n’en était de toute façon pas question. Le chef passé à trépas, Belin s’atèle à démanteler le reste de la bande, réduite à deux membres. Octave Garnier et René Valet, une quarantaine de printemps à eux deux, se sont terrés à Nogent-sur-Marne en attendant une accalmie qui ne viendra finalement jamais. Le 14 mai, l’histoire se répète. Plusieurs milliers d’hommes s’agglutinent autour du refuge des deux anarchos. L’une des plus importantes fusillades des annales de la police judiciaire s’engage alors. Près de 10 heures de feu nourri sont nécessaires avant d’abattre les deux forcenés. Pas de procès non plus pour ces deux-là. Comme pour Bonnot, il n’en était de toute façon pas question.

 

Belin sort grandi de l’affaire, mais n’obtient pas pour autant ses galons de commissaire. Il lui faudra attendre l’année 1919. Au gré de ses pérégrinations policières  il va s’intéresser à un certain Henri-Désiré Landru, petit aigrefin déjà connu des services de police pour quelques broutilles de jeunesse. Le bonhomme, fin stratège, semble cette fois-ci avoir fait de la gente féminine une proie de choix pour subvenir à ses besoins. L’affaire fleure bon l’escroquerie, rien de bien folichon non plus. En flic aguerri par quelques années de service, Belin poursuit l’enquête, recoupe les témoignages, auditionne à tout-va. Le 11 avril 1919, à des années lumière de se douter du lièvre qu’il va lever, l’inspecteur se rend à l’un des domiciles de Landru. Il est tard, trop tard pour interpeller celui que l’on appellera plus tard la Barbe Bleue de Gambais. A l’époque, la loi l’interdit. Peur de laisser filer l’insaisissable  larron, Belin passe la nuit sur le paillasson, c’est du moins ce que raconte la légende. A six heures tapantes, l’œil cerné et la bouche pâteuse, Jules Belin passe les bracelets à un Landru  fou de rage. Embarqué manu-militari dans les locaux de la brigade, Désiré ne lâche rien, pas un mot, pas un aveu. L’examen minutieux des documents trouvés à son domicile parisien du 9ème arrondissement ainsi que les perquisitions menées dans ses villas de Gambais et Vernouillet ne vont pas tarder à parler pour lui, à révéler toute l’horreur de son secret. Il est bien plus question d’escroquerie et d’abus de confiance. Des restes humains calcinés sont retrouvés  à Gambais  et Vernouillet. Et puis, il y a ce petit calepin noir où Landru a inscrit le nom de toutes les femmes (ndlr : plus de 200) qu’il a rencontrées, abusées, et pour certaines assassinées. Jules Belin, sans le savoir, vient d’arrêter l’un des plus grands criminels du XXème siècle, lui qui pensait avoir serré un petit malfrat sans grande envergure  La voilà son heure de gloire, celle qui devait, en tout cas pensait-il,  faire de lui un super flic pour l’éternité. 


Les succès du policier s’évanouiront pourtant bien vite de l’inconscient collectif, comme balayés par l’aura des criminels qu’il mènera à l’échafaud ou derrière les barreaux.  Simenon sera le dernier à rendre hommage à cet incroyable flic des temps anciens, en s’inspirant de son personnage pour créer le commissaire Maigret à partir de 1931. Même cela, tout le monde semble l’avoir oublié.

 

Jules Belin, le flic oublié

par Roald Billebault - 20/05/2009 - La Gazette de la Côte-d’Or

http://www.gazette-cotedor.fr/?page=32-histoire&col=categorie&val=33-histoire&lang=1&id_art=1423-jules-belin-le-flic-oubli

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Pierre pierr 22/12/2016 15:57

En ce qui concerne la bande à bonnot,un gardien de la paix nommé GARNIER aurait été tué par
Octave GARNIER,devant le restaurant GARNIER rue GARNIER à PARIS.
C'est ce qui apparait dans un livre dont je ne me souviens plus du titre.
Cordialement

gérard 06/03/2011 18:26


Bjr,
bon docu sur Belin
note il semble etre né à Chézeaux (52) le 4/7/1884 et non à Dijon. Pas de père déclaré.