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Crime. Il y a près de 30 ans était condamné à mort à Dijon Moussa Benzahra, le tueur de la rue d’Alger.

 

Il est près de deux heures du matin en cette agréable nuit printanière du 7 au 8 avril 1974. Rue d’Alger, un homme à l’allure inquiétante rôde. Il s’agit de Moussa Benzahra, un ancien harki ayant servi le drapeau tricolore sous les ordres du général Bigeard. A la quarantaine bien tapée, Benzahra est titulaire d’un casier judiciaire aussi garni que le panier de la ménagère. Tentatives de viol sur une femme handicapée en 1966, agressions barbares et larcins en tout genre, il ne manque sur la liste du peu fréquentable personnage que l’homicide. Une macabre performance qu’il va accomplir ce soir-là, sans le moindre état d’âme, sans la moindre émotion. Moussa Benzahra n’est en effet pas homme à respecter la vie humaine. Et celle que le destin va frapper on ne peut plus durement s’appelle Marguerite Gérôme, une paisible retraitée de 83 printemps, que Benzahra savait en possession de menues économies. Lorsqu’il pénètre son domicile -une gentille maisonnette que l’urbanisation des années à venir n’épargnera pas- la vieille dame n’a pas le temps de réagir. Elle tentera bien de se débattre, d’appeler au secours,  mais en vain, les violents coups de gourdin que Benzahra porte au visage de la malheureuse ne lui laisseront pas une once de chance de s’en sortir. Tel un chien fou, il traîne Marguerite Gérôme par les cheveux jusque dans sa chambre de quelques mètres carrés dont elle ne sortira jamais. La suite, il la relatera sans sourciller quelques mois plus tard lors de son procès aux assises de Dijon : « J’ai sorti mon couteau de ma poche. Je l’ai ouvert avec mes dents. Je l’ai posé sur son cou. Après, j’ai vu du sang en sortir. Par vagues, de grosses vagues de sang. J’ai eu peur de salir mes vêtements et je m’en suis aussitôt éloigné en sautant du lit ». L’horreur accomplie, Moussa Benzahra n’en oublie pas pour autant le but de l’ignoble visite, les quelques sous que conservait à domicile Marguerite Gérôme, soit 1200 de nos anciens francs. Oui, cette nuit-là, Marguerite G. est morte pour une poignée de billets de banque et quelques babioles sans grande valeur.

Sans remords

 

Depuis le meurtre, qui au passage n’a pas manqué d’épouvanter les Dijonnais, Moussa Benzahra s’est éloigné de la capitale des Ducs. Il vagabonde dans le midi de la France, à Arles, où il ne tarde pas à être interpellé par les pandores locaux pour outrage public à la pudeur lors d’une soirée passablement arrosée. Encore bien imbibé, il raconte sans détour aux policiers tout ouïe qu’il  vient de Dijon où il a « tué une vieille ».

 

Le 25 février 1976, 22 mois après les faits et après plusieurs mois d’enquêtes et d’expertises, s’ouvrent donc aux assises de Dijon un procès joué d’avance tant la culpabilité du prévenu ne fait l’ombre d’un doute. Les observateurs de l’époque n’en font d’ailleurs pas mystère. Dans cette affaire, Benzahra risque bien de perdre la tête. Il faut dire que son attitude durant les débats ne va pas lui apporter la sympathie des jurés et des magistrats. Il ricane, s’énerve, toise les témoins, menace à tout va, pire, ne semble pas un seul instant rongé par le remord. Même le douloureux témoignage de l’une des filles de la victime ne semble avoir aucun effet sur le monstre de la rue d’Alger. Pourquoi d’ailleurs en aurait-il eu ? L’expertise pratiquée par un médecin de Semur-en-Auxois est limpide : «  Nous sommes devant un sujet indifférent à la souffrance d’autrui. […] Il tue froidement sans haine et sans colère simplement par nécessité. Qu’il s’agisse d’un lapin, d’une poule ou d’une personne, son geste reste le même, brutal et précis »  Que dire de sa ligne de défense qui ne fait que l’enfoncer un peu plus. Revenant sur le coup de couteau mortel, Benzahra ne se démonte pas : « la vieille s’est presque jetée sur mon couteau. C’est quand elle a tourné la tête que le couteau est entré dans la gorge ». L’autopsie pratiquée démontre irréfutablement le contraire.

 

L’avocat dijonnais de la défense, dont on imagine l’impossible tâche, tentera bien d’invoquer la triste jeunesse de Benzahra, son manque total de discernement entre le bien et le mal, ajoutant en guise de vaine conclusion : « La loi du talion n’est pas digne d’une société civilisée comme la nôtre. […] La peine de mort, c’est comme une récompense, elle se mérite, et celui-là n’a pas mérité sa mort ».  


A 17 heures et des bananes, soit après une heure dix minutes de délibération, le greffier lit le verdict dans une salle empreinte d’un silence absolu : «  Moussa Benzahra, vous êtes reconnu coupable du meurtre de Mme Marguerite Gérôme. Ne bénéficiant d’aucune circonstance atténuante, vous êtes condamné à mort  ». Visiblement insensible à ce qui l’attend, Benzahra est évacué du banc des accusés.

 

Comme la loi l’y autorise, l’avocat de la défense dépose dans la foulée un pourvoi en cassation, rejeté manu militari le 20 mai de la même année. Il ne désarme pas pour autant. Soutenu par plusieurs associations œuvrant contre la peine de mort, il est reçu par le président d’Estaing pour plaider un recours en grâce, qui, contre toute attente, aboutit le 4 août. Benzahra échappe ainsi à l’échafaud mais voit sa peine commuée en réclusion criminelle à perpétuité. Une alternative dont n’aura pas bénéficié -malgré d’innombrables doutes sur sa culpabilité- Christian Ranucci, exécuté sept jours plus tôt à Marseille pour le meurtre de la petite Marie-Dolorès Rambla.

 

Le diable gracié

par Roald Billebault - 28/08/2008 - La Gazette de la Côte-d’Or

http://www.gazette-cotedor.fr/?page=32-histoire&col=categorie&val=33-histoire&lang=1&id_art=1018-le-diable-graci

 

Sources : BM de Dijon

Les grandes affaires criminelles de la Côte-d’Or de Marie-Françoise Barbot - ED. De Borée

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