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Consacré à l'étude de la violence policière dans un État de type soviétique, Une société sous surveillance analyse plus particulièrement le comportement de « mandarins » est-allemands face au pouvoir et à l'idéologie dominante.


Vingt dossiers, établis par la police politique de 1950 à 1989, concernant des intellectuels, constituent la matière de cet ouvrage. Leur minutieux examen révèle tant les pratiques répressives - dont fut notamment victime le philosophe Ernst Bloch, l'auteur de Principe espérance - que les formes de résistance au contrôle ou, à l'inverse, les différents modes de collaboration avec la Stasi. C'est donc à partir de ces « biographies » rédigées par une plume policière que le lecteur entre dans l'univers d'une société placée sous surveillance. Mais, au-delà des comportements individuels, c'est avant tout la façon dont la Stasi a exercé son pouvoir qui est ici examinée et, plus généralement, la question des liens que les intellectuels peuvent être amenés à entretenir avec l'État.

Une société sous surveillance : Les intellectuels et la Stasi

par Sonia Combe


INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

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« Épluchant plusieurs dizaines de dossiers d’universitaires et de chercheurs recrutés par la Stasi entre 1953 et les années soixante-dix, Sonia Combe met en évidence, dans Une société sous surveillance, les mécanismes par lesquels la police politique, "bouclier et glaive du Parti", a "régulé" pendant quarante ans la vie intellectuelle de la RDA. "Réguler" est bien le mot et Sonia Combe y revient à plusieurs reprises, tout comme le lecteur revient sur bien des idées toutes faites. On est loin ici, en effet, du goulag et des grands procès. Société "ouverte" sur l’Ouest jusqu’en 1961, la RDA ne peut se payer le luxe des persécutions en règle. Il s’agit, au contraire, de conserver sur son sol - ou d’y attirer - une "classe" d’intellectuels conformes à l’idée qu’on peut se faire du "socialisme" dans le "pays" de Hegel et de Marx...


Sordide pacte de la médiocrité donc, que la Stasi aura pour mission de sceller entre les "clercs" et le Parti-État, par l’absolue conformité de façade (c’est suffisant) aux critères du "Diamat" (matérialisme dialectique), et le recrutement massif d’informateurs dans un univers où tout le monde se surveille... Pour le compte d’un appareil occulte qui décide de l’avancement des carrières, des facilités de publications, des autorisations de voyages à l’étranger, ou, au contraire, de l’isolement professionnel, du déplacement d’untel ou untel dans une fac de province, voire "de son envoi à la production"...

"On est frappé du peu d’écho, dans les rapports des agents, des questions politiques. Quelques mots, ou rien, sur la construction du mur, sur Prague en 1968, sur Gdansk ou sur la perestroïka, mais beaucoup sur les querelles de poste, de nominations, de listes pour des conférences...", souligne Sonia Combe. Les portraits qu’elle brosse au passage sont stupéfiants de prétention mandarinale et d’avilissement délateur. "La scène se passe certes à l’Est, mais", dit-elle, "cette étude s’inscrit dans celle, plus générale du type de relations que les intellectuels peuvent être amenés à entretenir avec l’État et avec le pouvoir" » (extrait de l'Humanité, Gilles de Staal, 23 septembre 1999)

 

Une société sous surveillance : Les Intellectuels et la Stasi (Reliure inconnue)

de Sonia Combe (Auteur)

# Reliure inconnue: 263 pages

# Editeur : Albin Michel (1 avril 1999)

# Collection : Bibliothèque Albin Michel Idées

 

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