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Archives de presse - Lors de sa dernière apparition publique, à la messe d'enterrement de François Mitterrand à Notre-Dame, Jacques Chaban-Delmas portait un trench beige ceinturé. Cet «imperméable de résistant», exhibé en toutes circonstances, était le symbole de sa «fidélité» à la France et aux valeurs du gaullisme héroïque. Dans Paris brûle-t-il? Épopée de René Clément sur la Libération de Paris, Alain Delon incarnait Chaban, intrépide général de brigade de 29 ans. Casting judicieux. Résistant, champion de tennis, international de rugby, bourreau des coeurs et baron historique du gaullisme, Chaban fut le plus grand séducteur que la IVe et la Ve Républiques ont jamais porté, coulé au fil du temps dans sa propre légende.

 

Celle-ci débute le 24 août 1944: aux portes de Paris bientôt libéré, le délégué militaire national du gouvernement provisoire accueille le général Leclerc. Il s'appelle Chaban, depuis peu, son nom de maquis ne le quittera plus. Avant guerre, il était Jacques-Pierre-Michel Delmas, né le 7 mars 1915 à Paris, fils d'un administrateur de société. Il a fait des études au lycée Lakanal à Sceaux, puis à la faculté de droit de Paris. Diplômé de l'Ecole libre des sciences politiques, licencié en droit public, il a débuté à 18 ans comme journaliste économique au journal l'Information.

 

La drôle de guerre l'a cueilli à 25 ans, on le retrouve quatre ans plus tard inspecteur des finances du gouvernement de Vichy. Et aussi circulant à bicyclette dans Paris, des renseignements pour Londres dans les poches, ou galopant avec l'armée des ombres sur les routes de Dordogne, entre deux conquêtes féminines.

 

«Duc d'Aquitaine». Après la guerre, il laisse le général de Gaulle, reclus à Colombey, et se présente sous l'étiquette radical-socialiste à Bordeaux, ville en quête de jouvence. Accueilli en sauveur par une bourgeoisie en comptes avec son récent passé collaborationniste, il est élu député et maire l'année suivante. «Duc d'Aquitaine» dans ses terres, il mène aussi sa carrière parisienne. Trois fois ministre dans les cabinets Mendès-France, radical par nature, il adhère au gaullisme du RPF. Mais fraye avec la IVe République, trop au goût du général, qui ne prendra jamais au sérieux ce charmeur adepte du consensus et du compromis. Tantôt élu au centre droit, tantôt au centre gauche, Chaban brille par son sens de la négociation et de l'organisation et son éternelle bonne humeur. En Aquitaine, chaque fois réélu, il a instauré un appareil de pouvoir indestructible, «le système Chaban» qui durera quarante-huit ans et s'achèvera par arrêt de l'arbitre, dans le naufrage de la vieillesse et le scandale des Girondins.

 

Dans la capitale, il oeuvre pour sa carrière tout en travaillant, par «fidélité», au retour du général aux affaires. A l'aube de la Ve République, il enlève, en une nuit épique, le perchoir de l'Assemblée nationale et y reste jusqu'en 1969. De Gaulle, séduit, mais jamais totalement convaincu par celui que le Canard enchaîné a surnommé «Charmant-Delmas», ne le fera jamais ministre. Georges Pompidou lui offre cette chance en le nommant à Matignon en 1969. C'est le début de ses ennuis. Marié trois fois, mince, éternellement bronzé, ce Premier ministre atypique s'est mis en tête de changer la société. Avec Jacques Delors et Simon Nora, qu'il a pris dans son cabinet, il entreprend «la nouvelle société», concept social et oecuménique audacieux pour l'époque. Il essuie des attaques. Marie-France Garraud, Pierre Juillet, Jacques Chirac notamment, taraudent ses projets réformistes. C'est aussi l'époque des scandales, affaires des piastres et de sa déclaration d'impôts. Il est obligé de s'expliquer à l'ORTF sur ses déclarations de revenus et sort affaibli, soupçonné d'affairisme. «Chaban est un homme qui s'entoure mal et qui a été souvent trompé. Sa gentillesse naturelle le conduit à manquer de fermeté», lâche le gaulliste Michel Debré.

 

Laminé. En juillet 1972, il a perdu la confiance de Pompidou, à qui il offre sa démission. Il se met, expression consacrée pour les traversées du désert, «en réserve de la République». Sa nouvelle société en bandoulière, il prépare la prochaine élection présidentielle et se déclare quand l'occasion se présente: le 4 avril 1974, pendant la cérémonie d'hommage à Georges Pompidou... Candidat de l'UDR, il part gagnant et arrive battu par Giscard. Laminé. Jacques Chirac l'a trahi. Au candidat gaulliste, le ministre de l'Intérieur du gouvernement Messmer a préféré celui qui avait appelé à voter «oui mais» au référendum d'avril 1969, le jeune et puissant ministre des Finances républicain indépendant. Avec Marie-France Garaud et Pierre Juillet, toujours, Chirac lance «l'Appel des 43». Une opération de défection de parlementaires gaullistes pour imposer les pompidoliens comme partenaires privilégiés du futur président Giscard. Chirac y gagnera le poste de Premier ministre et la rancune de Chaban.

 

«Chaban, on le tirera comme un lapin», avait averti Michel Poniatowski, homme des basses oeuvres du giscardisme, au début de la campagne. Le 5 mai, l'ancien Premier ministre, en dépit du soutien d'un Malraux d'outre-tombe, ne dépasse pas 15% au premier tour. Quelques mois plus tard, il est élu président du conseil régional d'Aquitaine. Il bétonne son duché en attendant des jours meilleurs, comme il l'a toujours fait. Et ne voit rien venir, malgré les augures qui régulièrement annoncent le retour de ce gaulliste rosi par les années.

 

Encore sportif. Eternel recours, son nom circule en 1986 pour le poste de chef de gouvernement de la première cohabitation. Certains socialistes poussent Mitterrand à le nommer à Matignon après la victoire de la droite aux législatives. Mais Chaban aurait du mal à réunir une majorité, verrouillée par Chirac à l'Assemblée. Le maire de Bordeaux ne peut pas rendre ce «service» à son vieil ami Mitterrand, compagnon de Résistance rencontré en 1943. Il remonte donc sur le perchoir de l'Assemblée nationale, pour deux ans. Encore sportif, même tombé du podium de la République. Et pour toujours dans son imperméable immaculé.

 

Chaban-Delmas. L'autre général du gaullisme.

L'ancien Premier ministre, compagnon de la Libération, s'est éteint à 85 ans.

NIVELLE Pascale

13/11/2000 dans Libération

 

Crédit photographique : Chaban indique le chemin à Leclerc

gaullisme.fr/39liberation_paris.htm

 

Le général Leclerc et la 2ème D.B.

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35129806.html

 

Madeleine Riffaud, lieutenant FTP

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35111995.html

 

L'acteur français Jean Marais dans la 2e D.B.

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35045611.html

 

Jean Gabin, un p'tit gars de la 2e DB

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35008763.html

 

Ces Espagnols qui ont libéré Paris : Histoire d’un oubli

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35077063.html

 

Cécile Rol-Tanguy, une combattante de la liberté

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32525140.html

 

Le colonel Rol-Tanguy, une vocation militaire

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-30001828.html

 

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