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LE VENDREDI 19 AOÛT 1994, François Mitterrand, président de la République, accompagné de nombreuses personnalités dont Jacques Chirac, maire de Paris, présidait une cérémonie solennelle dans la cour du 19-Août de la caserne de la Cité qui abrite la préfecture de police depuis 1871. Après avoir déposé une gerbe devant les deux plaques qui rappellent le souvenir des « policiers morts pour la France » et de ceux qui sont tombés « victimes du devoir » – qui ne sont donc pas les mêmes –, il découvrait un bronze célébrant les policiers tombés dans les combats de la Libération de Paris. Après lecture de la citation de la police parisienne à l’ordre de la Nation, le 12 octobre 1944, par le général de Gaulle, le président décorait quatre policiers résistants. La cérémonie se terminait par la signature du Livre d’or dans la salle de billard des appartements préfectoraux où le général Leclerc reçut, le 25 août 1944, la reddition du commandant du Gross Paris


Devant ces images abondamment diffusées, une autre commémoration revenait en mémoire : celle du 16 juillet 1992, boulevard de Grenelle, devant l’emplacement du Vel d’hiv’ où cinquante ans auparavant avaient été enfermées 13 152 personnes – dont 4 115 enfants – arrêtées, parce qu’on leur en avait donné l’ordre, par ces fonctionnaires de la préfecture de police dont on célèbre tous les 19 août la lutte héroïque. Ce jour-là, le président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter, s’exprimant à titre personnel, avait expliqué qu’« une grande Nation, dont le destin a souvent été tragique, n’a rien à craindre de la vérité. Et il n’y a nulle honte à mettre au jour les plaies secrètes d’un passé qui s’éloigne. Certes, qu’il s’agisse des juifs ou des résistants, la République ne saurait être tenue pour comptable des crimes commis par les hommes de Vichy, ses ennemis. Mais elle doit à leurs victimes l’ultime hommage que nous puissions leur rendre : l’enseignement de la vérité et la force de la justice ». Ce qui devenait possible ce jour-là pour une grande Nation le sera-t-il un jour pour une grande administration ?


Entre pages blanches et légendes : un corps sans mémoire ?

par Jean-Marc BERLIÈRE

| Le Seuil | Pouvoirs

2002/3 - n° 102

ISSN 0152-0768 | ISBN 9782020536769 | pages 5 à 15

http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=POUV_102_0005


Jean-Marc Berlière , spécialiste de l’histoire de la police à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages et de nombreux articles, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne. Son dernier livre (avec Laurent Chabrun) consacré aux policiers français sous l’Occupation, paru chez Perrin, a obtenu le prix Jacques-Derogy.

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