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Assassinats, empoisonnements, dénonciations et arrestations arbitraires forment la légende noire du règne. Pourtant, le règne de Louis XIV voit la domestication d'une noblesse turbulente et la mise en place d'une police efficace.


Bien que prestigieux, le règne de Louis XIV est néanmoins entaché de quelques épisodes regrettables : la révocation de l'édit de Nantes en 1685 ( lire p. 54 ), le saccage du Palatinat en 1689, l'affaire des Poisons, la dure répression des insoumis (révoltes populaires, mise au pas des nobles...).

 

L'affaire des Poisons commencée en 1670 ne s'achève qu'en 1680. Elle est notamment illustrée par Catherine Deshayes, dite « la Voisin » - elle avait épousé Antoine Monvoisin - arrêtée le 12 mars 1679. En une époque où la sorcellerie, les philtres d'amour sont monnaie courante, les empoisonnements sont légion (et d'autant plus stupéfiants que les cadavres ne recèlent aucune trace de poison). La marquise de Brinvilliers n'a-t-elle pas été exécutée le 17 juillet 1676 pour avoir donné de la « poudre de succession » à son père et à ses frères ?

 

Mais nous pensons personnellement que l'affaire des Poisons est bien antérieure à la décennie 1670-1680. On sait peu que nombre de femmes proches de la cour s'adonnaient à de pareilles pratiques dès 1658, époque où Louis XIV a failli succomber « mal de Mardyck » : certainement lié aux infections qui se développèrent après la bataille autour de cette ville dans les Flandres, la rumeur a pourtant parlé d'empoisonnement.

 

La Reynie, lieutenant général de police, ne cherche pas (ou ne veut pas chercher) à remonter si haut. La plus haute société parisienne, la grande robe et la cour (tels Mme de Dreux, Mme Le Féron, le maréchal duc de Luxembourg, la vicomtesse de Polignac, la duchesse de Bouillon, la comtesse de Soissons née Mancini, la comtesse du Roure, la marquise d'Alluye et même Mme de Montespan) se trouvant compromises pour avoir acheté des aphrodisiaques et des philtres, La Reynie doit centrer ses recherches sur la Voisin et son entourage immédiat des bas-fonds de Paris. Quatre cent quarante-deux personnes sont accusées.

 

Sur ordre du roi, l'enquête est menée de manière rapide et efficace (du 10 avril 1679 au 1er octobre 1680 et du 19 mars 1681 au 21 juillet 1682) par la chambre dite « Chambre ardente » - car éclairée de flambeaux. L'instruction est secrète ; trente-six des accusés sont condamnés à mort et exécutés ; vingt-trois sont bannis, cinq sont condamnés aux galères ; plusieurs sont emprisonnés par simples lettres de cachet et demeurent jusqu'à leur mort dans des forteresses royales. Les autres ne sont pas poursuivis.

 

Cette affaire jette une ombre réelle non sur le roi mais sur le Grand Siècle. L'attitude du monarque est grandement justifiée mais il est vrai que l'utilisation d'une juridiction d'exception, puis celle de lettres de cachet, jette aussi une ombre sur les manières de rendre la justice sous Louis XIV. A la décharge du souverain, peut-il vraiment en être autrement ? Il s'avère en effet nécessaire de prendre en considération divers éléments : le scandale qui secoue Paris et le royaume ; la nécessité de cacher au public la composition des poisons ; l'obligation de préserver l'honneur de Mme de Montespan, mère de plusieurs enfants du roi. D'autre part, l'affaire donne lieu à un édit, celui du 30 août 1682, pris à l'encontre des devins et empoisonneurs, à l'initiative de La Reynie et de Louvois. Il réglemente la fabrication et la vente des poisons nécessaires à l'industrie et à la médecine. L'esprit de ce texte demeure intact jusqu'aujourd'hui, preuve que les ombres du Grand Siècle ont été finalement, sans trop de difficultés, transformées en lumières.

 

Autre problème traditionnel de la monarchie, les émeutes. Les révoltes populaires sont nombreuses au XVIIe siècle. Ces violences sont le plus souvent antifiscales et dirigées non contre le roi mais contre Mazarin, jusqu'en 1661, en Normandie, en Gascogne. L'épisode le plus sanglant est celui des sabotiers de Sologne (avril-août 1658). Puis l'une des grandes révoltes populaires, celle du Boulonnais, éclate en mai 1662, où trois mille paysans en colère (appelés les « Lustucrus ») sont sévèrement réprimés. Au printemps 1670, c'est au tour des paysans du Vivarais d'entrer en rébellion : Antoine du Roure, un riche laboureur des environs de Joyeuse est le meneur du mouvement ; il est arrêté et roué vif en octobre 1670.

 

Profitant de la minorité du roi, la haute noblesse française - déjà mise au pas par Richelieu - croit pouvoir relever la tête, et se hâte de le faire en 1648. Se soulever contre Mazarin est une chose ; se soulever contre le roi en est une autre. Parmi les Grands qui se rebellent régulièrement contre le jeune souverain, citons le duc de Beaufort, son cousin, petit-fils d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées. Chef de la cabale des Importants, Beaufort devient « le roi des Halles » pendant la Fronde, alors que les princes du sang tentent d'arracher le pouvoir à Mazarin.

 

La Fronde est en fait la dernière tentative de la noblesse pour tenter de sauver son pouvoir, quotidiennement sapé par la « montée de l'absolutisme » qui n'est en réalité rien d'autre que la constitution de l'Etat moderne. Considérer que la « domestication » de la noblesse constitue une tache sur le règne de Louis XIV serait une grave erreur. Retirer à la noblesse féodale ses traditions d'agitation, ses velléités d'indépendance, l'attirer à Versailles afin qu'elle n'existe que par et pour le roi - ce qui en fait une « noblesse de service » - est un point positif pour le roi et pour la France, épuisée par les guerres de Religion et les troubles de la Fronde.

 

Après la signature du traité des Pyrénées (1659), il est difficile de parler d'une opposition nobiliaire à l'autorité monarchique. C'est le roi qui nomme tous ses officiers de terre et de mer. Source de toute récompense, le roi offre à ceux de ses sujets les plus méritants l'ordre du Saint-Esprit, ceux de Saint-Louis (créé en 1693) ou de Saint-Michel.

 

Le roi accorde également des appointements, des soldes, des diocèses, des abbayes, des ambassades, des pensions plus ou moins héréditaires, des gratifications ponctuelles, des pensions à des veuves (comme à celle de Jean Bart) ou aux enfants de ceux qui l'ont bien servi. Loin de ses châteaux et de ses terres érigées en duchés, marquisats, comtés, vicomtés ou baronnies, la noblesse attend, dans ses petits appartements de Versailles. Elle attend les « grâces » de Sa Majesté distribuées selon son seul « bon plaisir ».

 

Peut-on pareillement mettre le renforcement de la police sous Louis XIV dans la catégorie des « ombres » du Grand Siècle alors qu'en 1643 on dénombre à Paris 372 meurtres ? Le maintien de l'ordre public, le respect des lois, l'arrestation des délinquants, le ratissage des cloaques et autres cours des miracles ne sont-ils pas au contraire des points positifs ? En fait, il y a lieu de distinguer l'activité « administrative » de la police (prévention du désordre) et son activité de « répression », parfois dure mais justifiée par l'importance des événements : affaire des Poisons, émeutes et autres révoltes armées de catégories entières et puissantes (huguenots, etc.).

 

En 1665, Tardieu, le lieutenant criminel de Paris, est assassiné avec sa femme dans leur hôtel. Puis, en septembre 1666, le lieutenant civil Dreux d'Aubray meurt empoisonné par sa fille, la marquise de Brinvilliers. Le chancelier Séguier, Colbert et Pussort réagissent aussitôt : c'est l'édit de 1667 qui crée à Paris la fonction de lieutenant général de police, responsable unique du maintien de l'ordre parisien, directement rattaché au roi et indépendant de toute juridiction. Sa fonction est précisée par le roi : La Reynie doit « assurer le repos du public et des particuliers, purger la ville de ce qui peut causer des désordres, procurer l'abondance et faire vivre chacun selon sa condition et son état » (lire page 73).

 

Certes, il y a aussi les lettres de cachet, mais si elles sont effectivement signées par le roi et sont synonymes d'emprisonnements arbitraires, parfois à vie, il ne faut pas oublier qu'elles sont sollicitées par les familles, par exemple un époux qui trouve sa femme trop dépensière ou un père qui veut empêcher son fils d'épouser une « comédienne ». Il y a aussi la manière forte d'agir de La Reynie : maisons rasées dans la célèbre cour des Miracles, importance accrue du guet, envoi aux galères de 60 000 pauvres diables marqués au fer rouge, mais il ne faut pas oublier la dangerosité des rues de Paris à cette époque.

 

Bien sûr, la rudesse des formes répressives nous choque. La brutale dispersion des jansénistes, la surveillance des protestants nous paraissent être une atteinte aux droits de l'homme ; la surveillance des comédiens nous semble être une atteinte aux libertés d'expression, voire une véritable censure des élites intellectuelles. Mais peut-on juger une époque selon des schémas de pensée qui étaient alors totalement inexistants ? En outre, ces innovations louisquatorziennes (lieutenant général de police, etc.) sont à l'origine de nos propres institutions : notamment les Renseignements généraux, nés avec les espions et mouchards du Grand Siècle.

 

Malgré la sévérité des répressions, les lettres de cachet, le bon plaisir du prince et le népotisme - mais en qui avoir confiance au lendemain de la Fronde, sinon en quelques proches ? -, les ombres du Grand Siècle paraissent bien légères rapportées à l'éclat du règne du Roi-Soleil.

 

Les affaires du Grand Siècle

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=16028

01/07/2005

 

Madame de Brinvilliers, l'empoisonnante marquise

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32344280.html

 

Noble empoisonneuse

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33982731.html

 

Crédit photographique : http://www.judithmerkleriley.com/images/LaR.jpg

Gabriel Nicolas de La Reynie

 

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