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Ils ou elles ont fait la mode, exporté l'élégance à la française dans le monde entier. Ils et elles défilent pour nous.


C’est peu avant minuit qu'il s'est éteint le 1er juin dernier. Son nom est devenu synonyme d'élégance intemporelle. La carrière d'Yves Saint Laurent, premier couturier à avoir fait de son vivant l'objet d'une exposition au Metropolitan Museum of Art de New York, en 1983, est marquée par le destin et la chance.


En 1954, il quitte Oran, où il est né le 1er août 1936, pour Paris. Il suit les cours de stylisme de la Chambre syndicale de la couture. Il a 18 ans et remporte le premier prix d'un concours financé par le Secrétariat international de la laine avec une robe de cocktail noire. L'un des lauréats, dans la catégorie manteau, s'appelle Karl Lagerfeld. Au bout de trois mois, le jeune surdoué devient l'assistant de Christian Dior. Le maître disparaît deux ans plus tard. Il lui succède et triomphe en 1958 avec sa première collection baptisée « Trapèze ». La presse s'entiche de ce grand « jeune homme au trapèze volant », de ce « petit prince de la haute couture », surnommé également « Christian II », qui s'impose avec une apparente et époustouflante aisance. Apparente seulement, car la création, pétrie de références culturelles, sera toujours chez cet artiste de génie, source d'angoisse et de souffrances.


Remplacé chez Dior, pendant sa brève mobilisation en Algérie, par Marc Bohan, il fonde en 1962, avec son ami Pierre Bergé, sa propre maison. Le style Saint Laurent, inspiré en partie par le vestiaire masculin, s'épanouit au fil des collections. Le caban à boutons dorés, le smoking, la saharienne, le trench, le tailleur-pantalon, deviennent des valeurs sûres de la garde-robe féminine. Sa passion pour l'art éclate dans les collections rendant hommage à Mondrian (1965), Warhol (1970), Braque (1988), Picasso (1979, 1988) ou Van Gogh (1988). Son art de la mise en scène se révèle dans ces costumes dessinés pour le cinéma, le music-hall, le théâtre (pour la compagnie Renaud-Barrault) et l'opéra. Lui qui avait horreur de la mode qui se démode (« La mode passe, le style demeure », disait-il) lance la tendance ethnique, bien avant la vogue de la fin des années 1990, avec notamment ses sarouels d'inspiration marocaine. Promu commandeur dans l'ordre de la Légion d'honneur en 2000, celui qui se définissait comme un « artisan, fabricant de bonheur », se retire deux ans plus tard. A cette occasion, un dernier défilé, rétrospective de son oeuvre, a lieu au Centre Pompidou, en janvier 2002. La Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, créée à cette époque, a pour vocation de conserver les modèles qui en constituent le fonds et d'organiser des expositions.


Yves Saint Laurent est l'un de ceux qui ont démontré à quel point la haute couture est un art de la perfection. Le label « haute couture » répond à des critères définis en 1945, actualisés en 1992 et assouplis en 2001, pour favoriser l'arrivée de nouveaux talents. Il faut, pour l'obtenir, employer au moins une quinzaine de personnes dans ses ateliers, présenter, deux fois par an et « habituellement à Paris », une collection comprenant au minimum vingt-cinq modèles du jour et du soir. Ceux-ci doivent être conçus par un créateur permanent parrainé par un couturier, et réalisés exclusivement sur-mesure et à la main. Seules les entreprises figurant sur la liste établie chaque année par une commission siégeant au ministère de l'Industrie peuvent s'en prévaloir. En 2008, onze maisons possèdent le sésame : Adeline André, Chanel, Christian Dior, Christian Lacroix, Dominique Sirop, Emanuel Ungaro, Jean-Paul Gaultier, Hubert de Givenchy, Franck Sorbier, et les derniers arrivés en 2007, Anne Valérie Hash et Maurizio Galante.


Le grand ancêtre se nomme Charles Frédéric Worth. Cet Anglais, débarqué à Paris à l'âge de 21 ans, fait ses débuts dans un magasin de nouveautés tout en se faisant la main sur des robes qu'il crée pour son épouse. En 1858, il fonde sa propre maison de couture, au 7 de la rue de la Paix, près de la place Vendôme, dans le quartier du futur Opéra Garnier qui sera inauguré en 1875. En dix ans, il devient le grand ordonnateur des modes parisiennes, et une référence incontestée dans toute l'Europe. Il le reste jusqu'en 1895, date à laquelle son fils, Gaston, prend la relève. Lancé par la princesse Pauline de Metternich et l'impératrice Eugénie, il est le premier à présenter ses créations sur des mannequins vivants au lieu des traditionnelles poupées. Mais Worth ne sait pas dessiner. Il a donc recours à une petite astuce. Il exécute ses croquis de robe à crinoline sur des lithographies représentant les bras et la tête de ses modèles. Sous son règne, le couturier est promu au rang d'artiste et, surtout, ce sont les clientes qui se rendent chez lui. Une véritable révolution qui fera dire à Zola : « Les reines du Second Empire se mettaient à ses genoux. » Avant lui, ce sont les couturiers - le plus souvent des couturières - qui se déplaçaient chez leurs clients. Les Worth, père et fils, sont également à l'origine de la Chambre syndicale de la couture parisienne. On leur doit en particulier l'enregistrement des robes sur un fichier avec le croquis du modèle et un échantillon du tissu ainsi que le calendrier des collections (printemps-été et automne-hiver).


D'autres couturiers vont dès lors « donner le ton » et, pour commencer, dire adieu à la dictature de la robe à tournure, surnommée poétiquement « faux-cul » ou « cul de Paris » qui, après la crinoline, a fait fureur jusque dans les années 1880. Jacques Doucet a pour clientes Sarah Bernhardt ou des demi-mondaines comme Liane de Pougy ou la Belle Otéro. Mais le roi de la Belle Epoque s'appelle Paul Poiret. Il s'est inspiré des costumes orientaux des ballets russes de Diaghilev pour inventer une silhouette libérée du corset mais pourvue d'une jupe rétrécie aux chevilles qui remplace la jupe cloche. En 1907, sa collection inspirée de l'Empire met au goût du jour les robes en tissu léger, finement ceinturées. La guerre de 1914, en obligeant beaucoup de femmes à travailler, va avoir une influence déterminante sur l'évolution du costume. La cheville se découvre en 1915. Le genou en 1925. Jeanne Paquin, première couturière française à avoir fondé sa maison, en 1891, au 3 rue de la Paix, suit les nouvelles tendances. Les soeurs Callot (1895), Jeanne Lanvin (1889), Madeleine Vionnet (1912) et Gabrielle Chanel (1914) se font un nom. Cette dernière qui a lancé la mode des cheveux courts, est la première, au sortir de la Première Guerre mondiale, à habiller la femme moderne et active. Elle dessine des tailleurs en jersey de laine, des pantalons fluides et des robes à la coupe droite, qui effacent la taille, ou encore des tenues de sport, qui feront sa renommée. En 1921, Mademoiselle Chanel présente le premier parfum de haute couture, le célèbre N° 5, créé par un « nez » de l'ancienne cour de Russie, Ernest Beaux. La concurrente directe de Gabrielle Chanel, dite Coco, le surnom que lui donnait son père, est Elsa Schiaparelli. Toutes deux sont également des figures de la vie artistique et mondaine des années 1920, ses « années folles » célèbres pour leur excentricité. Dans l'entre-deux-guerres, les élégantes s'habillent aussi chez Jean Patou, Edouard Molyneux, Nina Ricci, Germaine Grès ou Cristobal Balenciaga qui, fuyant la guerre civile en Espagne, s'installe à Paris en 1937. « Un bon couturier doit être architecte pour les plans, sculpteur pour la forme, peintre pour la couleur, musicien pour l'harmonie et philosophe pour la mesure », a-t-il coutume de dire.


Au printemps 1940, les maisons de couture qui n'ont pas fermé comme Chanel, présentent leurs défilés. Bien qu'occupée, Paris lutte pour conserver son statut de capitale de la mode que lui disputent Vienne ou Berlin. Le couturier Lucien Lelong, alors président de la Chambre syndicale, parvient à maintenir la primauté française, avec le soutien de Madame Grès dont la maison sera fermée par les Allemands. Ses collections aux couleurs bleu, blanc et rouge, ont fini par agacer. Après-guerre, l'Angleterre et les Etats-Unis tentent de s'imposer dans l'univers de la mode. Mais la haute couture parisienne flamboie à nouveau. Afin de promouvoir l'élégance française en Europe et outre-Atlantique, la Chambre syndicale de la haute couture organise une exposition itinérante de poupées, vêtues des répliques exactes des créations des grands couturiers pour la collection printemps-été 1945. Le succès est tel que les riches Américaines affluent à Paris. L'âge d'or de la haute couture vient de débuter. De nouveaux noms, Jacques Fath, Carmen Carven, Pierre Balmain, rejoignent les maisons déjà en place. Les premiers mannequins vedettes s'appellent Capucine, Praline ou Bettina. En 1947, Christian Dior, qui a fait ses premières armes chez Lucien Lelong et vient de créer sa maison au 30 avenue Montaigne avec le soutien de l'industriel du textile Marcel Boussac, présente sa première collection, la ligne « Corolle ». Surnommée « New Look » par une rédactrice du Harper's Bazaar , elle se caractérise par des vestes cintrées et des jupes amples, frôlant presque les chevilles et mettant en valeur une taille de guêpe et des épaules arrondies. A l'opposé de cette femme-fleur, Balenciaga dessine des tuniques épurées sur de longues jupes droites ou des tailleurs décintrés à manches trois-quarts. En 1957, il lance la robe-sac, reprise par d'autres couturiers comme Jacques Griffe ou Hubert de Givenchy qui ouvre sa maison de couture en 1952, sur la plaine Monceau, et habille la gracieuse Audrey Hepburn à l'écran comme à la ville. Ted Lapidus, Guy Laroche, Louis Féraud, Pierre Cardin rejoignent les grands. Ils sont suivis dans les années 1960 par André Courrèges, dont la collection de 1964 inspirée de la conquête spatiale marque une ère nouvelle ; Paco Rabanne, que Chanel surnomme « le métallurgiste » car il façonne de surprenantes robes en métal ; Jean-Louis Scherrer, un ancien de chez Dior, et Emanuel Ungaro, formé chez Balenciaga. Dès les années 1950, Christian Dior choisit de diversifier ses activités. Les parfums (Miss Dior naît en 1947), les cosmétiques (le Dior Rouge est mis en vente en 1955), puis le prêt-à-porter de luxe (une première boutique ouvre à New York en 1949) et les accessoires, mettent la marque à la portée, non de toutes les femmes, mais d'un plus grand nombre. Le 4 mars 1957, Christian Dior fait la une de Time, un honneur sans précédent. D'autres maisons, comme Cardin (1957) et Saint Laurent (1968), vont lancer leur ligne de prêt-à-porter et multiplier les fabrications annexes, des produits de beauté aux bijoux, en passant par la fourrure et la lingerie. La haute couture doit, dans un souci de rentabilité, étendre sa production à des domaines proches. Le système de licences mis au point dès 1950 par Dior a été repris par l'ensemble des maisons. Ces licences et les points de ventes sur tous les continents produisent des bénéfices qui représentent la part la plus importante du chiffre d'affaires des maisons de couture et permettent de maintenir à flots leur très coûteuse activité de créations de modèles exclusifs. Les investissements colossaux nécessaires à l'élaboration des collections et des défilés, la raréfaction des acheteuses, ont conduit nombre de couturiers à abandonner la haute couture pour le prêt-à-porter, les accessoires et les parfums comme Lanvin, Nina Ricci ou Paco Rabanne. Dans l'immédiat après-guerre, la haute couture française comptait environ 20 000 clientes dans le monde. Elles ne sont plus que 1 500. Seules les plus fortunées peuvent encore s'offrir un tailleur de 16 000 euros ou une robe du soir à 60 000. En 2008, la plupart des maisons de luxe appartiennent à des groupes internationaux pour lesquelles la haute couture est une vitrine pour leurs produits dérivés. Un mariage de raison qui a fait ses preuves : la maison de couture Dior, tout comme le groupe LVMH, numéro un mondial du luxe, sont deux filiales de Dior Finance, propriété de Bernard Arnault. Ungaro est entre les mains du fonds d'investissement américain AIMZ, Lacroix est passé au groupe américain Falic. Quant à la marque Yves Saint Laurent, elle est contrôlée depuis 2001 par PPR dirigé par François-Henri Pinault. Seule exception, la maison Chanel, associée depuis 1924 à la famille Wertheimer et qui est en elle-même un groupe puisqu'elle comprend cinq ateliers d'art : les broderies Lesage, le plumassier Lemarié, le chapelier Michel, le bottier Massaro et le parurier Desrues.


Ces artisans ainsi que les teinturiers, canuts et tisseurs, les ennoblisseurs chargés « d'éveiller l'étoffe », les plisseurs et éventaillistes, les sculpteurs, formiers, fleuriste d'art et autres peintres sur tissu, participent à la naissance des collections. Tous sont fidèles à l'idéal de Christian Dior, « l'art du bien fait, le sens du fini », repris par Yves Saint Laurent.


Par Véronique Dumas

Les grandes heures de La haute couture

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=23799

28/07/2008 - Historia

 

Repères

>1858 : l'Anglais Worth s'installe rue de la Paix, à Paris

>1925 : les robes raccourcissent, le genou se découvre

>1945 : mise en oeuvre du label "haute couture"

>1957 : Dior fait la une du magazine américain Time

>2008 : disparition d'Yves Saint Laurent

1870

Le créateur


Charles Frédéric Worth pose les grands principes de la haute couture parisienne.

1910

Les petites mains


Gabrielle Chanel ouvre son premier atelier de modiste boulevard Malesherbes à Paris, avant de s'installer au 21 de la rue Cambon (ci-dessus, dans les années 1970).

1950

Le mannequin


Une poupée est créée à l'image de la Britannique Virginia Lachasse.

1960

La griffe du maître


Avant de fonder sa maison de couture, Yves Saint Laurent fait ses premières armes chez Dior, où il impose déjà son style.

1970

Le chercheur


Architecte de formation, Paco Rabanne innove en découpant ses robes dans du Rodhoïd avant de passer au métal.


Crédit photographique / Yves Saint Laurent

y.s.l.missing-you.com/

 

Les dessous de l'Histoire... le porte-jarretelle

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32409369.html

 

L’histoire des bas jarretelles

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33493178.html

 

L'histoire de la cravate

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32890282.html

 

La petite histoire du corset

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32989488.html

 

2009 : l'année Coco Chanel

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-30623373.html

 

Coco Chanel, un parfum pour l'éternité

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-28012159.html

 

Les femmes à la conquête du pantalon

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33152591.html

 

L'histoire du maillot de bain

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33308444.html

 

Histoire vestimentaire : le Soutien-gorge

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33199293.html

 

L’histoire de la chemise

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33348505.html

 

Mode et débrouille vestimentaire sous l'Occupation allemande

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33919861.html

 

Gabrielle d'Estrées lance la mode des seins nus

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35448346.html

 

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