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Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Amérique semble s'être montrée plus respectueuse de la Convention de Genève qu'aujourd'hui avec les hommes d'Al-Qaida enfermés à  Guantanamo. Dans les lieux d'internement de l'époque, plutôt confortables, ce sont les fidèles du régime hitlérien qui font régner la terreur parmi les 380 000 détenus allemands.

 

Le 8 novembre 1942, les Américains, entrés en guerre en 1941 au lendemain de Pearl Harbor, débarquent en Afrique du Nord. Le 13 mai 1943, l'Afrika Korps de Rommel capitule : un peu plus de 130 000 prisonniers allemands - et italiens - sont alors expédiés aux Etats-Unis. En septembre 1943, après le débarquement en Sicile, ils sont déjà  163 000. Et chaque mois, il arrive 20 000 nouveaux ennemis de l'Amérique, Italiens et Japonais compris. Ce rythme s'accélérera après le débarquement en Normandie, avec 30 000 prisonniers par mois, puis 60 000 dans les derniers mois de la guerre. Parmi les Allemands, de simples soldats, mais aussi des nazis prêts à  donner leur vie pour leur Führer et sa Nouvelle Europe où la politique raciale se traduit par l'élimination des non-Aryens.

 

Pour ces prisoners of war (POW), le contact avec l'Amérique est stupéfiant : débarqués à  New York avant d'être envoyés dans les camps d'internement, ils découvrent les gratte-ciel, les automobiles par milliers, la nourriture à  profusion, le vrai savon. Puis un mépris goguenard apparaît : le respect des Américains pour la Convention de Genève (de nombreux camps sont installés dans les Etats du Sud, notamment au Texas, car le texte prévoit que les soldats doivent être incarcérés dans une zone géographique offrant les mêmes conditions que l'Afrique du Nord), la bonne nourriture (ils reçoivent du pain blanc, qu'ils appellent du " gâteau "), la neutralité affichée (on lit aux arrivants un message du président Roosevelt précisant qu'ils ne sont pas " des prisonniers mais les hôtes de l'Amérique "), sont interprétés par ces " invités " comme des preuves de faiblesse.

 

 Dans les camps - 511 au total dont 140 principaux à  la fin du conflit, d'après l'historien américain Arnold P. Krammer -, les nazis les plus fanatiques reprennent l'initiative et se chargent de faire régner l'ordre et la terreur. Dans chaque site de détention, une Lagergestapo (" gestapo du camp ") se met en place. Sa mission : le contrôle idéologique des prisonniers. Tous ceux qui n'ont pas eu " l'honneur " d'avoir été capturés avec l'Afrika Korps sont tenus pour des déserteurs. De plus, les nouvelles qu'ils rapportent sont de l'intoxication : non, l'armée allemande n'a pas reculé à  Stalingrad ; Moscou et Londres sont tombés, c'est certain.

 

Des lieux d'internement créés par les Américains, les nazis les plus irréductibles se chargent d'en faire de véritables camps de concentration. Et malheur à  ceux de leurs compatriotes qui considèrent que la guerre est finie. Ainsi, le capitaine Félix Tropschuch, 30 ans, qui affiche son hostilité à  Hitler, est pendu par la Lagergestapo de Camp Concordia (Kansas), le 18 octobre 1943. Dans le New York Times du 24 février 1944, on lit : " Des "démocrates" exécutés dans nos camps par d'autres prisonniers... Les organisations nazies, gestapo incluse, sont actives dans les camps de prisonniers américains et ont déjà  exécuté cinq prisonniers non conformistes. " Des dizaines d'autres de ces " non-conformistes " trouveront la mort. Les Américains n'interviennent pas : toujours selon la Convention de Genève, les prisonniers restent sous les ordres de leurs officiers.

 

A la veille du 6 juin 1944, les POW aux Etats-Unis sont 196 948 dont un peu plus de 50 000 Italiens et 569 Japonais. A la fin novembre, on comptabilise très exactement 306 856 prisonniers allemands. Les nouveaux venus, surnommés les " normandistes ", deviennent la cible des Lagergestapo . A partir de juillet 1944, le salut hitlérien accompagné du " Heil Hitler " - jusque-là  prohibé - redevient réglementaire.

 

Pourtant, dans les camps, la vie s'est organisée. Certains entament ou poursuivent des études par correspondance, inscrits dans des universités du Reich. D'autres apprennent l'anglais grâce à  des postes de TSF ou au cinéma. C'est ainsi que le futur responsable des Archives cinématographiques de la République fédérale d'Allemagne à  Coblence, F. Hohmann, interné à  Fort Custer (Michigan), découvre Rita Hayworth, Humphrey Bogart, Lauren Bacall... D'autres font du sport grâce aux équipements aménagés, ou créent un orchestre avec le don de 9 000 dollars du Führer lui-même (Camp Ruston, Louisiane). Les Américains baptisent ces camps   "Fritz Ritz" , les «  Ritz des Fritz » .

 

Enfin, certains - et ils sont nombreux - tentent la «  belle ». Pour la seule année 1944, on dénombre 30 évasions par jour ! On s'évade par devoir ou pour rejoindre des parents immigrés... Certains déclarent même avoir voulu «  faire un peu de tourisme «  ! Les fugitifs sont généralement repris après quelques heures, au mieux quelques jours. Ces Allemands ignorent tout de l' American way of life. Un shérif arrête ainsi un évadé de Camp Como (Mississippi). Monté dans un bus, il s'était assis à  l'arrière, place réservée aux gens de couleur. Il s'était même levé pour céder sa place à  un vieux Noir. Conclusion du shérif : " Ce ne pouvait pas être un Américain. "

 

On conteste aussi. Ainsi, tous les détenus - ou presque - de Fort Sheridan (Illinois) font la grève à  l'occasion de la fête nationale du Reich, le 9 novembre 1943 ; ceux de Camp Stockton (Californie) protestent contre l'instauration de la journée de travail de 9 heures. Car on travaille aussi. Principalement dans l'agriculture. La journée de travail de 8 heures, ne peut excéder 10 heures, temps de transport compris. La rémunération est honnête : en moyenne 1,50 dollar par jour payé par les fermiers, dont 80 cents sont versés aux détenus pour « cantiner », le reste revenant au Trésor américain qui finance son Alien program (Programme étrangers). Les syndicats américains veillent : il ne s'agit pas de concurrencer les salariés américains.

 

 Les employeurs n'ont pas à  se plaindre de cette main-d'oeuvre disciplinée. Le lieutenant Wappler, interné à  Camp Como, travaille pour le cigaretier Camel. Il rapportera, après sa libération, que les Allemands " travaillaient avec les Noirs, à  la chaîne. Tout de suite, réflexe typiquement allemand, on a voulu faire mieux que les Noirs [...] On travaillait pour la première fois à  la chaîne, ça nous paraissait très amusant, on avait des cadences folles... " C'est à  cette occasion que nombre d'entre eux découvrent " la cohabitation raciale ". Les " normandistes ", qui avaient pour la majorité autour de 13 ans en 1933 et n'ont connu qu'une Allemagne " ethniquement pure ", sont stupéfaits du traitement réservé par les Américains blancs aux minorités de couleur. Le caporal chef Bergmann, interné à  Camp Sheridan, commandé par le lieutenant-colonel américain Schuelke, originaire de Prusse-Orientale, s'en étonne. Les Noirs lui répondent : " On est comme vous. Des prisonniers. Des opprimés. Des hommes de seconde classe. " Le journal anonyme d'un prisonnier de Camp Aliceville (Alabama) est tout aussi explicite. A la date du 2 juillet 1945, on lit : " Le seul endroit où nous soyons bien traités, c'est encore au travail parce qu'il y a des Noirs. Même [les Américains] qui nous détestent le plus et qui d'habitude nous traitent le plus mal font un effort pour ne pas montrer aux Noirs qu'il peut y avoir des hommes blancs qui aient moins de valeur qu'un nigger. "

 

 

La terreur, la vraie, reste cependant l'oeuvre de leurs compatriotes nazis.

 

Fin 1944, alors que les rapports américains font état d'une centaine d'exécutions sommaires (à  la fin de la guerre le chiffre officiel s'élèvera à  167, le nombre des mutilés, estropiés... n'étant pas comptabilisé), le général Brian, responsable de l'administration des camps, décide d'intervenir : 14 nazis sont pendus, 7 sont condamnés à  la prison à  vie, 1 à  20 ans de réclusion.

 

 Mais ce que les Américains appellent les Kangaroo Courts, les cours de justice clandestines nazies, continuent de fonctionner. On décide alors d'identifier les nazis pour les séparer des autres détenus. Ce qui se révèle difficile. Un officier américain résume : " La seule manière, à  peu près, de reconnaître un nazi d'un antinazi est de suivre une foule de cinquante hommes hurlant au meurtre. Vous pouvez être sur que celui qui court devant est un antinazi. " Les statistiques officielles sont plus précises : à  Camp Meade (Maryland), on compte 1 776 nazis et 175 antinazis. Un rapport de 10 à  1 qui vaut pour la majorité des camps. En 1946, ce pourcentage reste le même que six ans plus tôt. Force est alors de constater que le système américain entretient le nazisme alors même que la dénazification a débuté en Allemagne.

 

Cette première tentative de séparation fait long feu : soumis à  la pression des Lagergestapo, craignant pour la sécurité de leur famille en Allemagne, les " modérés " ne veulent pas être séparés de leurs compatriotes. De plus, ils sont inquiets de la méfiance des Américains pour les " non-conformistes ", considérés comme des communistes potentiels.

 

 Après ce premier échec, les Américains tentent une seconde approche : la " rééducation ". Il faut dire qu'à  partir du 8 mai 1945, qui sonne le glas du IIIe Reich, l'ambiance devient nettement moins conviviale. Le rationnement est instauré : adieu Coca-Cola et chewing-gum. Le cinéma devient obligatoire, mais cette fois les détenus assistent à  des projections sur la libération des camps d'extermination nazis en Europe. Un grand nombre de prisonniers les découvre et refuse de croire ce qu'ils considèrent comme une nouvelle entreprise de propagande américaine. Cependant, des langues se délient. Untel a entendu ses parents, vivant à  côté d'un camp d'extermination, en parler ; un autre a été Dachau... Les rapports entre Américains et Allemands s'en ressentent, mais pas toujours dans le sens espéré par les autorités. Un prisonnier d'Aliceville écrit le 30 septembre 1945 : " Le sergent américain qui nous garde vient de me dire : "Tu sais, Léo, la seule chose de bien que Hitler ait faite... les juifs..." " A l'opposé, à  Fort Douglas (Utah), lors d'une projection, une sentinelle américaine vide le chargeur de sa mitraillette sur les prisonniers, faisant huit morts et dix blessés.

 

Début de 1946, les 275 078 derniers German prisoners of war s'apprétent à  quitter le territoire américain. De retour en Europe, ils débarquent au Havre et sont remis aux autorités françaises. Ils rejoignent le million d'Allemands que la France emploie pour sa reconstruction.


 

Par Yvan Matagon


  Des camps trois étoiles pour prisonniers nazis

01/10/2003Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=6105

 

Une prison américaine pour recyclage de savants nazis

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32988838.html

 

  Guerre 1939 -1945 - Vichy (100)

Camps nazis - Ghettos - Génocide (21)

Camps d'internement (30)


 

Commenter cet article

XXXX 06/05/2010 23:15


mon père qui etait pow en Californie a été recruté sur volontaria comme démineur dans le Pacifique avez vous entendu parler d'autres cas semblable ?


08/05/2010 16:39



Bonjour - Peut-être faudrait-il contacter le rédacteur de cet article pour en savoir plus ? - Cordialement - PP