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Document archives - Agrégé d'histoire, ancien élève de l'ENA, administrateur civil au ministère de l'Intérieur, Claude Charlot revient sur les talents d'enquêteur de Vidocq et sur ce qu'il a apporté à  la police moderne.

 

Historia - Dans quel contexte historique s'inscrit l'action de François Vidocq ?

 

Claude Charlot - Vidocq entre à  la préfecture de police dans les années 1808-1809. Cette période post-révolutionnaire connaît une hausse considérable de la criminalité, tant à  Paris qu'en province. Dans les campagnes, les " chauffeurs " commettent d'innombrables exactions. Ces bandes de brigands comprennent souvent des déserteurs. Ils arrêtent les diligences et les transports de fonds destinés à  la solde des militaires. Ils torturent les paysans en leur chauffant les pieds afin qu'ils avouent où ils cachent leurs biens. Dans les villes, les cambrioleurs, les voleurs à  la tire et les prostituées sont légion. Or à  cette époque la carte d'identité avec photo n'existe évidemment pas ! Aussi à  chaque arrestation, les malfrats changent d'identité. Quand, en 1800, Bonaparte prend en main les destinées de l'Etat, l'un des problèmes de la police est justement de pouvoir identifier les récidivistes. Le seul moyen d'y parvenir, c'est de trouver des gens qui les connaissent et qui acceptent de les dénoncer. La police, en province, est constituée de quelques commissaires de police qui n'ont sous leurs ordres qu'un très petit nombre de policiers, recrutés et payés par les mairies. Dans les campagnes, la sécurité est assurée par la gendarmerie. A Paris, Bonaparte décide de créer en 1800 la préfecture de police. Elle symbolise la renaissance de la lieutenance générale de police, une magistrature spécifique à  Paris et à  ses environs. Le préfet de police détient l'intégralité des pouvoirs liés à  la sécurité des biens et des personnes. Il veille à  la tranquillité, à  la sûreté et à  la salubrité de tout le département de la Seine. La 2e division de la préfecture de police est alors dirigée par un certain Henry, haut fonctionnaire placé à  la tête de l'équivalent de notre police judiciaire, celle qui est aux ordres des juges. C'est cet Henry qui, un beau jour, voit arriver dans son bureau François Vidocq. Ce dernier, ancien bagnard, ne veut plus être un homme traqué, un hors-la-loi. Sa situation de proscrit fait qu'il s'exerce sur lui un chantage permanent pour le détourner du droit chemin. Il veut en finir avec cette situation et aspire à  se réinsérer dans la société. Quand Henry le reçoit pour la première fois, en 1807, il refuse sa collaboration. Mais Vidocq revient à  la charge jusqu'à  ce qu'on l'emploie.

 

H. - Comment va-t-il être alors utilisé ?

 

C. C. - Henry a une idée de génie. Il ne va pas faire de Vidocq un policier en bonne et due forme rattaché à  la préfecture. Il va l'utiliser comme mouchard payé sur des fonds secrets. Il espère ainsi que ses relations avec le milieu lui permettront d'indiquer aux policiers les coups en préparation, et d'identifier les récidivistes.

 

H. - Quels étaient les moyens et les résultats obtenus par la police avant qu'on ne fasse appel à  Vidocq ?

 

C. C. - La police avait des résultats satisfaisants sous l'Ancien Régime. Pourtant, le rapport entre policier et population était inégal : 3 policiers pour 1 000 habitants. Effarant, quand on sait que Paris dispose aujourd'hui de 15 policiers pour 1 000 habitants. Après la Révolution, la délinquance est multipliée par dix et le nombre des policiers diminue. Jusqu'en 1829, il n'y aura pas de policiers en uniforme à  la préfecture de police. Il existe bien une petite équipe composée d'inspecteurs qui font de la police judiciaire. Ce sont des policiers en civil rattachés à  la 2e division. Mais ces inspecteurs sont peu nombreux et ils rencontrent un problème majeur : la méconnaissance du milieu face aux gangs organisés qui sévissent dans Paris. C'est pour cela que Vidocq va être employé comme mouchard. Mais attention ! Moucharder est une activité extrêmement dangereuse. Au sein même de la police, ses collègues le jalousent et le dénoncent au milieu parisien. Si bien que, rapidement, tout le milieu sait que Vidocq est devenu un auxiliaire de police. Sa position est donc précaire et ne tient qu'à  sa relation de vassalité vis -à -vis d'Henry et du préfet de police.

 

H. - Quelles sont les qualités de Vidocq ?

 

C. C. - C'est un as du travestissement. Il est capable, avec une virtuosité sans pareille, de se grimer, de paraître plus petit qu'il n'est en réalité. Tour de force incroyable quand on sait que Vidocq est quelqu'un d'immense pour l'époque, extrêmement robuste, d'un teint plutôt blond. A force de se grimer, il arrive à  passer inaperçu. Ses travestissements sont inimaginables. En cavale pendant un mois et demi, il restera, par exemple, déguisé en bonne soeur. De plus, il manifeste une aptitude toute particulière à  vivre les rôles dans lesquels il se glisse. Il a l'art de faire du paraître. Présence d'esprit et inventivité le caractérisent. C'est parce qu'il inspire confiance et sympathie qu'il réussit à  s'infiltrer où il veut.

 

H. - Le modèle Vidocq va-t-il faire école ou s'agit-t-il d'un cas isolé dans la police ?

 

C. C. - Il demeure un cas isolé. Pourtant, pendant une courte période, le préfet de police accepte de disposer d'une brigade de police composée de repris de justice. Vidocq recrute des repentis. Et, à  partir de 1811-1812, c'est toute la brigade de sûreté qui est payée sur les fonds secrets. Ce sont des gens qu'on ne peut pas embaucher officiellement à  la préfecture en raison de leur casier judiciaire. Il s'agit davantage d'une troupe autour d'un chef, Vidocq, ce chef faisant lui-même allégeance à  un autre chef, le préfet. C'est ainsi que fonctionne le système. Tant que Vidocq bénéficie de la confiance de ses chefs, tout va bien. Mais le jour où la relation de confiance est rompue, précisément avec le préfet de police Gisquet, la relation cesse. Vidocq ne compte pas d'héritiers dans le sens où, dès 1829, la brigade de sûreté est remplacée par un service de sûreté composé de vrais policiers. En revanche, il laisse un héritage précis : l'utilisation des indics et la connaissance du milieu délinquant. J'en veux pour preuve le rôle qui va être pendant longtemps attribué aux prostituées. Si celles-ci sont tolérées, c'est parce qu'elles rendent d'éminents services de police.

 

Vidocq a montré, par son action, que pour lutter contre le milieu il fallait le connaître de très près. De nos jours, toute l'expérience des policiers est là  pour dire qu'ils sont toujours dans une situation ambiguë  : ils doivent demeurer honnêtes tout en étant obligés de traiter tous les jours avec des gens profondément malhonnêtes. Un bon policier est soumis en permanence à  des accusations de corruption passive. Quand on entre dans l'univers des permissions tacites, dans l'univers des indics, on s'aperçoit que, pour tenir ces gens-là, il faut toujours leur donner un petit quelque chose. Gare aux policiers qui ne restent pas vigilants. Donnez un doigt à  un indic, et il essaiera de vous prendre le bras, de manière à  vous  « mouiller »   totalement. Cette connaissance du milieu est devenue indispensable à  la police pour agir. Et, paradoxalement, c'est le plus grand danger qui la guette.

 

H. - Vidocq ne vous apparaît-t-il pas comme un ripou du XIXe siècle ?

 

C. C. - Vidocq s'est toujours présenté comme un homme honnête. C'est tout l'opposé. Un  « ripou » est un policier corrompu, or Vidocq n'est pas policier et n'est pas corrompu. Il est chef d'une brigade de sureté et figure dans la comptabilité des fonds secrets et non dans les effectifs de la préfecture de police. Il est contractuel.

 

H. - La presse de l'époque se faisait-elle le relais des actions de Vidocq ? Si oui, collait-elle à  la réalité du personnage ou a-t-elle extrapolé pour mieux construire sa légende ?

 

C. C. - La presse de l'époque est peu abondante en ce qui concerne les faits et gestes de Vidocq. Cela pour une bonne raison : le premier rôle de Vidocq est d'abord de se dissimuler. En revanche, la presse est surabondante sur les affaires qu'il a traitées, une fois qu'il les a menées à  bien. Auprès des dames, par exemple, qui tiennent des salons et exhibent Vidocq comme une star. La fascination et la répulsion de l'opinion publique vis -à -vis de Vidocq se traduisent par la naissance d'un mythe dans les romans. Eugène Sue et Balzac s'en inspireront.

 

H. - La police peut-elle travailler sans le milieu ?

 

C. C. - La raison d'être de la police, c'est de lutter contre le milieu. Mais, pour combattre le milieu, on est obligé de l'infiltrer.

 

Par Eric Pincas

 

Au coeur du dispositif policier

 

La police à  Paris à  la fin du Ier Empire. Le bureau de sûreté, avec Vidocq à  sa tête, dépend de la 2e division des affaires criminelles, elle-même rattachée directement au préfet de police. Vidocq s'efforcera, grâce à  ses indics, de démentir la petite histoire drôle qui court alors dans Paris : " Vous savez quelque chose ? - Non... - Vous êtes donc de la police ? "

 

Une question de confiance

 

Gisquet, préfet de police sous Louis-Philippe, se défie de Vidocq, qui travaillera sous les ordres d'autres préfets, parmi lesquels Mangin et Delessert. Le corps des préfets remonte à  Napoléon.

 

 

Surtitre : Le point de vue du directeur du musée de la Préfecture de police

La brigade de sûreté était payée sur des fonds secrets!

01/09/2001 Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=8423

 

Crédit photographique : « Chef de la brigade de Sûreté de la préfecture de police,

Depuis 1812 jusqu'en 1827

Maintenant propriétaire et manufacturier à Saint-Mandé,

Ses aventures, ses amours et particularités très curieuses sur les grands coupables, les assassins, les voleurs et les filous qu'il a arrêtés

Par G... » »

fvidocq.free.fr/biblio_2.html

 

Vidocq : Le Napoléon de la police

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-27490666.html

 

Vidocq : un peu affabulateur ?

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35447479.html

 

Les ruses de Vidocq

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-29009034.html

 

L'argot des voleurs

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-26352439.html

 

Naissance de la police privée

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-26451773.html

 

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