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Document archives - Le braqueur assassin recrute ses complices dans tous les milieux : parmi le petit peuple, mais aussi dans l'entourage du Régent. Sa longue cavale s'achève un matin frileux de l'hiver 1721, en place de Grève.

 

Depuis plusieurs mois, Paris est sous l'emprise d'une bande de voleurs - les cartouchiens - recrutés chez les valets, laquais, receleurs, arquebusiers, crocheteurs et autres chirurgiens. Leur capitaine, Louis Dominique Cartouche, dit l'Enfant, dit Petit, 27 ans, est habile comme un singe. Ses hommes aussi qui subtilisent bourses, gardes d'épées, tabatières, bijoux, vaisselle d'argent et d'or, tant dans la rue que dans les hôtels particuliers. Sans oublier les femmes qui dissimulent les objets subtilisés dans une hotte qu'elles portent sur le dos. Tout disparaît aussitôt, grâce à  un réseau de complicités, profitant des cabarets à  double accès.

 

Le petit peuple de Paris n'a aucune raison de redouter Cartouche. Celui-ci ne vole-t-il pas que le noble et le bourgeois ? Une rumeur parcourt même les rues de la capitale : le Régent, Philippe II duc d'Orléans, aurait peur de lui et hésiterait à  ordonner son arrestation, car il bénéficierait de protections en haut lieu : Jean-Pierre Balagny, l'un des lieutenants de Cartouche, n'est-il pas le neveu de Ponce Coche, premier valet de chambre du Régent et gouverneur du Palais-Royal ? Il se murmure aussi que le marquis de Beuzeville, proche du Régent, devrait la vie au père de Cartouche...

 

Cependant Cartouche est arrêté une première fois en décembre 1720. Mais toujours aussi malin, il parvient à  s'enfuir. Paris exulte. Dans les cabarets, certains s'amusent de le voir narguer ainsi la police. D'autres s'inquiètent et réclament davantage de sécurité... Le brigand a franchi un nouveau degré dans le crime : il a assassiné deux hommes de sang-froid.

 

Trop, c'est trop. Le 16 mai 1721, le Régent ordonne de saisir le nommé Cartouche... Oublié le fait que les cartouchiens ont collaboré avec le pouvoir lors des opérations financières de la rue Quincampoix, à  la belle époque du banquier écossais Law, tel le duc de Bourbon, reparti un beau matin de la banque avec trois carrosses chargés d'or...

 

L'ordre d'arrestation lancé par le Régent concerne également trois complices : le jeune Louison Cartouche - l'un de ses deux frères, âgé de 15 ans, le troisième se prénomme Francis Antoine -, le chevalier le Cracqueur et Fortin, dit de Mouchy.

 

Aussitôt dans Paris, les " mouches ", les indics comme on dit aujourd'hui, se mettent en chasse de la moindre information. Mais Cartouche et les cartouchiens brouillent les pistes. Ils endossent l'habit couleur cannelle, dont le brigand a fait son uniforme. De plus, l'homme, connaît parfaitement la capitale, particulièrement le quartier de la Courtille, l'actuel Belleville, dans lequel il va se fondre. Il est né rue du Pont-aux-Choux, en 1693. Son père, ancien mercenaire allemand entré dans les troupes françaises, est devenu depuis tonnelier. Il s'appelle Jean Garthauszien mais les Français ont transformé ce nom en Gartauchen puis en Cartouche.

 

Cartouche, depuis trois ans, est associé avec un soldat des gardes-françaises, Gruthus du Châtelet, dit le Lorrain, petit noble lui-même acoquiné avec Balagny. Un soir dans une rue, un homme croise Cartouche et le Lorrain qui maraudent. Il demande aux deux acolytes s'ils ne connaîtraient pas un certain Cartouche, que l'on recherche... On le retrouve mort, la gorge percée d'un coup d'épée. On confie l'enquête à  l'archer Pépin. Celui-ci s'est juré d'arrêter le chef des voleurs. De fait, il est rapidement sur la trace de Cartouche. Il le piste à  partir du Pont-Neuf, passe sur le quai Malaquais, tourne rue des Petits-Augustins, l'actuelle rue Bonaparte. Il se retrouve devant l'hôtel de La Rochefoucauld (qui s'ouvre rue de Seine) et fait un détour par les arrières de l'hôtel de Bouillon, au 17, quai Malaquais... Le soir, Pépin est retrouvé à  son tour gisant sur le sol. Assassiné. Cartouche, sur ses gardes, a flairé la filature, virevolté et planté son épée dans le corps du policier.

 

Un policier tombe, un autre se lève. L'inspecteur Bizoton prend le relais de Pépin. Il tend un guet-apens dans les jardins du Luxembourg. Ses hommes ont pris position dans les rues alentour. Sur un signal, il les alerte. Mais déjà  Cartouche bondit jusqu'à  une grille et se retrouve dans la rue. Après de nombreux détours, ayant essuyé plusieurs coups de feu, il s'échappe encore ! Les gazettes s'emparent de la nouvelle, annoncent que Cartouche n'est pas encore pris, qu'il est toujours aussi insolent.

 

Pour Cartouche, l'heure est à  la réflexion. Avec le Lorrain, il décide qu'il est grand temps de se mettre au vert hors du royaume, à  Bar-le-Duc. Là, dans un cabaret, il dérobe un passeport au nom de Jean Bourguignon puis, après quelques jours, rentre à  Paris.

 

Dans la capitale, il retrouve ses complices et ses activités. Il organise ainsi une " descente " dans l'hôtel Des Marets (10, rue Saint-Marc) réputé pour ses riches collections. Sept hommes, Marie-Antoinette Néron, son amie, et quatre enquilleuses accompagnent Cartouche en ce soir de juin 1721. La bande s'appréte à  embarquer tapisserie de cuir doré, fauteuils de bois doré, courtepointes de taffetas vert et blanc, une croix et des girandoles ornées de diamants quand la troupe fait irruption dans l'hôtel. Cartouche se rue à  la cuisine, se couvre le visage de farine. Et c'est un marmiton bien inoffensif qui passe devant la garde, se payant le luxe de narguer un soldat qui lui demande si Cartouche est pris : " Pas encore ", crie ce dernier, faisant feu avec son pistolet.

 

Une nouvelle fois, la souricière n'a pas fonctionné. Le commissaire n'a finalement arrêté que des comparses. Mais Cartouche est traqué : les cabarets sont surveillés et les cabaretiers prêts à  le lâcher. Le 19 juillet, c'est au son de trompes que l'on demande à  la population de Paris de dénoncer Cartouche. Par bravade, celui-ci se rend, trois jours plus tard, à  l'Opéra, avec huit de ses complices, manquant de peu, là  encore, d'être pris.

 

Cartouche est fou de rage. D'autant qu'un marchand de vin de la rue du Bac vient de le mettre à  la porte, refusant de l'héberger pour la nuit. Après une vive altercation, il part, menaçant : " Tu me le paieras ! " Durant la nuit du 4 octobre, avec une dizaine de cartouchiens, il dévaste entièrement la boutique et s'apprête à  y mettre le feu, lorsque le guet survient. Une fois encore, Cartouche réussit à  fuir. Persuadé qu'un de ses hommes, Lefèvre, l'a trahi, il jure de le liquider. Le Lorrain lui propose une dernière planque, dans le cabaret Au Pistolet, à  la Courtille (à  la croisée de la rue Oberkampf et du boulevard Ménilmontant), chez Germain Savard. On peut entrer dans l'estaminet en passant par une carrière et ressortir par un jardin.

 

Dans la nuit du 11 octobre, Cartouche rassemble quelques hommes, pendant que le Lorrain repère Lefèvre près de la rue Saint-Honoré, arrive à  le convaincre de le suivre aux Chartreux (près de la rue Notre-Dame-des-Champs et du boulevard Saint-Michel), où les complices les entourent. Au pied d'un moulin, ils assassinent Lefèvre, lui coupent le nez et la gorge, lui fendent le ventre et l'émasculent. Le Lorrain écrit sur un panneau avec le sang de la victime : " Ci-gît Jean Rebaty, qui a eu le traitement qu'il méritait. Ceux qui en feront autant que lui peuvent attendre le même sort. " L'horreur.

 

Seule solution pour les gardes : arrêter le Lorrain et l'utiliser comme appât. Le commissaire Bizoton joue sa dernière carte. Par ses informateurs le Lorrain sait que Bizoton ne lui fera pas de cadeau. Autant sauver sa vie en " balançant " Cartouche. Ce n'est pas de gaieté de coeur, mais il se décide. Cartouche se trouve au cabaret Au Pistolet avec trois complices, Balagny, Limousin et Gaillard. Le Lorrain se rend donc chez l'aide-major des gardes, Pécôme, et lui propose de livrer son complice en échange de sa grâce. Affaire conclue. On décide de passer à  l'action dès le lendemain matin.

 

Le 14 octobre, la mission est confiée à  un ancien chirurgien de 45 ans, originaire de Gascogne, Jean Cortade de Bernac l'Aîné, devenu sergent fourrier de la compagnie de Chabannes. Il devra suivre le Lorrain à  distance et l'abattre sans hésitation au moindre geste suspect. Quarante hommes sont de la partie. Ils ont été triés sur le volet avec l'aide du Lorrain, certains policiers étant des complices des cartouchiens !

 

A 7 heures du matin, les hommes, armés et vêtus en bourgeois ou en chasseurs, se dirigent deux par deux vers le cabaret. A 9 heures, tout le monde est à  pied d'oeuvre et l'établissement encerclé. Il ne s'agirait pas qu'une nouvelle fois, par on ne sait quel tour à  sa façon, Cartouche parvienne à  passer au travers des mailles du filet. L'attaque est fulgurante. Tous les suspects sont attrapés, ligotés et embarqués, en compagnie du cabaretier et de sa femme, dans des voitures attelées de deux chevaux. Cartouche, vêtu d'une culotte marron, d'une chemise blanche et de bas bruns, un bonnet sur la téter, est arrêté à  son tour. On lui entrave les mains et les pieds. Mais comme il ne monte pas assez vite dans le carrosse qui lui est réservé au gré d'un des militaires, celui-ci le bouscule. Avec sa souplesse légendaire, Cartouche lui donne un violent coup de tête dans la poitrine, en criant : " Pourquoi me fais-tu aujourd'hui ce que tu n'aurais pas osé hier ? " Pécôme doit intervenir pour installer Cartouche dans le carrosse qui se rend auprès du secrétaire d'Etat à  la Guerre et ensuite au Grand Châtelet. Dix mois après sa première arrestation, Cartouche retrouve la prison. Il est enchaîné par les pieds et les mains, quatre gardes sont installés nuit et jour devant la porte de son cachot.

 

Bien que le public prenne fait et cause pour Cartouche, que des hommes de théâtre lui rendent visite dans sa cellule - afin d'écrire sur lui deux pièces à  succès -, ainsi que de hauts personnages auxquels il apprend comment voler une tabatière, et malgré une nouvelle tentative d'évasion presque réussie, son interrogatoire a lieu. Après quelques tentatives pour embrouiller les juges, Cartouche fait des aveux complets. Sans surprise, Louis Dominique Cartouche, dit Petit, dit Lamarre, dit Bourguignon, est condamné à  la peine capitale.

 

Le 28 novembre 1721 en public, place de Grève, on procède à  son exécution. Juste avant le supplice, il crie : " Je suis un malheureux. Mon père et ma mère sont d'honnêtes gens. " Balagny le suivra sur l'échafaud, son frère Louison et d'autres complices encore... Cartouche mort, nombre de ses acolytes aussi - les plus chanceux finiront aux galères, comme son deuxième frère Francis Antoine -, le régime peut respirer. Certains noms proches de Cartouche n'étaient-ils pas aussi des habitués des allées du pouvoir ?

 

Par Gilles Henry

 

Surtitre : Régence : Sa disparition arrangeait bien du (beau) monde...

Cartouche trahi par l'un des siens

01/05/2001 Historia

 

Crédit photographique - Collection of 138 arrests and memoires, of which 76 concern Louis Dominique Bourguignon, called Cartouche

www.jnorman.com/cgi-bin/hss/39858

 

Cartouche, chef de bande

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-27606386.html

 

L'ancêtre d'Arsène Lupin

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32212290.html

 

Cette ville était alors comme un bois ...

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33111610.html

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