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1871, création d’une légion de gendarmerie mobile ; 1885, dissolution du bataillon de gendarmerie mobile, dévolu au maintien de l'ordre ; 1892, une éphémère brigade mobile, chargée de police judiciaire, apparaît en Seine-et-Oise ; 1900, une brigade mobile surgit de la Préfecture de police parisienne pour l’Exposition universelle ; 1905, la question de la reconstitution d’une gendarmerie mobile est à l’ordre du jour au Parlement et ressort de manière récurrente jusqu’en 1914 ; 1907, douze brigades mobiles régionales de police judiciaire sont instituées. Cette brève chronologie montre les fortunes de l’épithète « mobile » durant près de quarante ans. Qualifiant tour à tour des formations de la gendarmerie et de la police, cet adjectif est indifféremment associé à des troupes destinées au maintien de l'ordre et à des services spécialisés dans la police judiciaire, ou plus, discrètement oeuvrant à des missions de police politique. Les représentations relatives à la modernité policière paraissent indissociables de cette nécessaire mobilité qui caractériserait une police innovante ou une gendarmerie efficace.

 

Dans un premier mouvement, la circulation de l’épithète « mobile » au sein des forces policières françaises sera suivie, de 1871 à 1907, de la création de la légion de gendarmerie mobile destinée au maintien de l'ordre, à l’institution des brigades mobiles de police judiciaire. Alors que l’épithète « mobile » paraît disparaître du paysage policier national en 1885 avec la dissolution du bataillon de gendarmerie mobile, la proposition de création de « brigades mobiles dans les trains » en 1887 indique que l’idée ne disparaît pas, même si sa signification évolue. Alors qu’au sein de la gendarmerie, le projet de reconstitution d’une troupe mobile perdure sans pouvoir se concrétiser au Parlement, des plans de police mobile se réalisent alors que d’autres restent lettre morte.

 

Cet itinéraire permet de voir, dans un second mouvement, que la période des années 1905 à 1907 a constitué une sorte d’apogée de la circulation de cet adjectif au sein des forces de l’ordre françaises. Police et gendarmerie semblent chacune en mesure de s’accaparer l’adjectif et le capital de modernité qu’il transporte.

 

Pourtant, le 30 décembre 1907, la Sûreté générale, avec la création des douze brigades mobiles régionales de police judiciaire, paraît définitivement associer l’adjectif à la police judiciaire et à sa compétence judiciaire. Néanmoins, l’exercice de cette mobilité est limité par des motifs matériels et par les contraintes géographiques des territoires que cette nouvelle police doit investir. De plus, cette mobilité policière qui devait être strictement judiciaire est également mise au service de missions d’ordre politique et de missions de maintien de l'ordre.

 

Dans la gendarmerie, l’espoir de la reformation d’une force mobile ne s’est pas épuisé en 1907. Mais, face aux échecs répétés, la réflexion, après l’affaire Bonnot, s’oriente désormais également sur les moyens de cette mobilité et non plus seulement sur sa concrétisation institutionnelle.L’aspiration à plus de mobilité des gendarmes, qui ne confond pas avec celle de gendarmes mobiles, rejoint des préoccupations qui apparaissent dans la police, témoignant d’une circulation des représentations, voire des modèles, de la police vers la gendarmerie.

 

L’histoire d’un adjectif attribué successivement ou concomitamment à la police et à la gendarmerie est une des pistes pour mener une histoire en miroir des forces de l’ordre mettant en lumière leurs interstices. Cette ruse de l’historien tente d’éviter la juxtaposition d’histoires parallèles pour éclairer les ressorts réciproques animant policiers et gendarmes dans leurs actions communes comme dans les évolutions de leurs institutions respectives. De même que l’épithète « judiciaire » appliquée à la police, l’adjectif « mobile » dans l’histoire des forces de l’ordre est polysémique et multidimensionnel. En effet, si cette épithète a primitivement été accolée à une troupe de la gendarmerie dévolue au maintien de l'ordre, celle-ci a glissé dans la police et s’est concrétisée officieusement dans la Police spéciale, puis officiellement dans la police judiciaire.

 

Laurent LOPEZ

 

Colloque international

Être policier : les métiers de police(s) en Europe, XVIIIe-XXe siècles

(Caen, mars 2007)

1- Entre gendarmerie mobile et police mobile : circulation d’une épithète au sein des forces de l’ordre françaises (1871-1914)

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