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Document archives - C'est ce qui ressort du témoignage de Jacques Delarue, alors commissaire à la Direction centrale de la police judiciaire : une majorité d'anonymes séduits par l'action, mais absolument pas préparés...

 

Organisation armée secrète, OAS. En fabriquant ce sigle, en janvier-février 1961, Pierre Lagaillarde, l'un des chefs de l'insurrection du 13 mai, réfugié en Espagne après l'échec de la « semaine des Barricades » d'Alger en janvier 1960, veut faire croire à une entité structurée. En fait, d'« organisation » et d'« armée », le terme recouvre des groupuscules divisés et souvent rivaux. En ce premier trimestre de 1961, des informations inquiétantes nous parviennent, à la Direction centrale de la police judiciaire. Les rapports évoquent des « émigrés » appelant les militaires à la désertion dans le but de faire « basculer l'armée » dans la subversion. L'effondrement du putsch des généraux à Alger, en avril 1961, mettra un terme à leur espoir. L'armée française ne passera pas à la dissidence.

 

A Alger, le cycle des attentats est engagé, celui des assassinats a débuté en janvier. Les plasticages touchent maintenant la métropole. Mais c'est à une tout autre violence que les services de police se retrouvent confrontés dès la fin avril. Les organisateurs du coup de force, les colonels Argoud, Godard et Gardes, et les généraux putschistes, Salan et Jouhaud, sont en fuite et ordonnent à leurs partisans de se livrer aux pires exactions. Derrière le paravent de l'Algérie française, ils bénéficient de l'appui quasi total de la population européenne d'Algérie et, en métropole, de celui d'un étrange assemblage de nostalgiques de Vichy, de catholiques intégristes et de tous ceux qui nourrissent la haine de la République.

 

Très vite, cette hostilité se concentre sur la personne du général de Gaulle. Les renseignements qui nous parviennent, montrent que des attentats contre le chef de l'Etat sont en préparation dans les différents groupes de l'OAS.Les difficultés ont aggravé leurs désaccords, créant une situation ambiguë : rassurante pour nous parce qu'une organisation unique et puissante aurait des moyens plus importants ; inquiétante parce qu'une concurrence est née entre les divers groupes, chacun pensant que celui qui parviendra à tuer le chef de l'Etat aura la prééminence lors de la prise du pouvoir qui suivra. La probabilité d'un attentat est donc prise au sérieux par tous les services de police. Mais malgré la présence d'informateurs très bien placés, la multiplicité des groupuscules ne permet qu'une connaissance incomplète des projets. L'été 1961 connaît une recrudescence des violences et des plasticages.

 

Plusieurs tentatives d'attentats sont déjouées à temps, mais, le 8 septembre un groupe inconnu fait exploser une énorme bombe sur le passage de la voiture du Général, près de Pont-sur-Seine, alors qu'il rentre à Colombey, dans sa propriété familiale. Le plan est diabolique et seule l'incompétence de l'artificier le fait échouer. L'homme est arrêté dans l'heure, ses complices peu après. Un seul, rapidement identifié, échappe à la police. Ainsi que le cerveau de l'opération qui, lui, demeure inconnu.

 

Nous faisons alors cette constatation inquiétante : l'OAS recrute des gens très ordinaires. Il n'y a ni officier ni militaire de carrière ; aucun n'est engagé politiquement ; ils sont recrutés au hasard. Des gens comme eux, il en existe des milliers : combien risquent de se laisser séduire ? L'échec de l'attentat du Petit-Clamart, le 22 août 1962 nous amène à la même conclusion. Le plan a été méticuleusement préparé, mais les exécutants comptent des éléments connus depuis longtemps par la police, associés à des hommes recrutés au hasard, voire au tout dernier moment - ces deux attentats ont un unique organisateur, le colonel Bastien-Thiry, arrêté, jugé, condamné à mort et fusillé au fort d'Ivry le 11 mars 1963.

 

Parmi les quelques centaines de personnes impliquées dans les activités de l'OAS, on ne trouve pratiquement aucun voyou, mais des honnêtes gens à l'imagination plus fertile que celle des malfaiteurs chevronnés. Le plus paisible boutiquier, l'artisan, le médecin, le notaire, respectueux de la loi, peuvent devenir de redoutables conjurés. Si beaucoup sont partisans de l'Algérie française - sans mesurer les enjeux d'un tel désir -, d'autres, moins nombreux, sont animés par la haine de la République et manipulent les premiers. Il existe aussi chez la plupart un besoin d'aventure, la séduction romanesque du complot... le coup de soleil dans la grisaille du quotidien. Le passionnant jeu de piste avec la police, le défi à l'autorité, en amènent plus d'un à commettre des actions qu'ils auraient réprouvées en temps ordinaire. Ces surprenantes constatations, je les fais alors comme mes collègues. Seul le premier pas coûte et certains, qui ont commencé par distribuer des tracts subversifs, se retrouvent impliqués dans des opérations infiniment plus dangereuses.

 

Comment ces braves gens anonymes, ces officiers, ces généraux, embarqués clandestinement dans la barque OAS ou devenus déserteurs, situation qu'ils n'auraient jamais imaginée auparavant, se comportent-ils quand ils sont arrêtés ? Ils sont pour la plupart stupéfaits, un peu honteux de se retrouver dans la peau de malfaiteurs, désolés, empressés à se justifier, à expliquer comment ils en sont arrivés là. Tous restent presque sans défense lors d'un interrogatoire de police bien mené. Nous possédons le plus souvent de nombreuses preuves de leur activité, les perquisitions amènent à la découverte de documents, de correspondances explicites car ils ignorent les règles élémentaires de la clandestinité. Je me souviens d'un lot important de lettres retrouvé chez un responsable parisien de l'organisation. Dans chacune, il rappelait à son correspondant l'obligation impérieuse de détruire son courrier après lecture alors que lui-même en conservait la pelure et la réponse !

 

Les officiers, les généraux, qui passent alors dans nos services, considèrent que la police et la Sécurité militaire sont faites pour les protéger. Ils ne sont pas préparés à affronter un interrogatoire. Aussi sommes-nous au début étonnés par la facilité avec laquelle la plupart passent aux aveux. Il est vrai que nous leur présentons des preuves accablantes. L'important est d'empêcher ces personnes, presque toutes respectables, de commettre des actes irréparables. Par une chance extraordinaire, les deux seuls attentats qui sont menés jusqu'à leur exécution - sur plus de vingt qui sont préparés - échouent d'extrême justesse, par une sorte de miracle à répétition. L'attentat du Petit-Clamart a lieu alors que l'Algérie est indépendante depuis près de deux mois. La défense de l'Algérie française ne peut plus être invoquée mais une haine implacable est née et nous devons encore faire face à de nombreux projets d'attentats - les derniers ne seront désamorcés qu'en novembre 1964, lors du voyage du Général à Strasbourg, et le 15 mai 1965, quatre jours avant son voyage en Vendée.

 

Notre chance dans cette longue lutte fut que ces projets avaient un point commun : tous voulaient tuer de Gaulle mais personne n'était prêt à mourir pour conduire l'entreprise à son terme. Contre un tel homme, nous aurions été désarmés.

 

 

Peu Organisée, mal Armée, à peine Secrète

01/03/2002 – Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=14673

 

OAS contre de gaulle

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-27621733.html

 

Bastien-Thiry, le dernier des fusillés

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32963994.html

 

Salan, un général partisan de l'Algérie française

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-34991008.html

 

Maurice Challe, un aviateur du coup d’état d’Alger d'avril 1961

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35009619.html

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