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Document archives - Ils ont réussi à  se faire la belle. Sans toujours être repris. Voici, à  travers les siècles, quelques tentatives épiques pour décrocher... la clé des champs !

 

Le dernier évadé français en date s'appelle Erik Ferdinand. Le 15 avril dernier, aidé de deux complices armés, ce condamné pour escroqueries, vols, faux et usages de faux s'est envolé à  bord d'un hélicoptère détourné, depuis l'un des préaux de la prison de Lantin, près de Liège, en Belgique. Le dernier d'une longue chaîne, si l'on peut dire !

 

C'est un personnage de fiction, le comte de Monte-Cristo, qui occupe la place d'honneur au panthéon des évadés victorieux. Edmond Dantès, jeune capitaine victime d'un complot et enfermé dans un cachot du château d'If, en rade de Marseille, prend la place de l'abbé Faria dans son linceul, parce que " seuls les morts sortent librement du château d'If ". Jeté à  la mer par les fossoyeurs, un boulet au pied, il découpe la toile qui l'enserre, tranche la corde qui le retient encore et remonte à  la surface par une nuit de tempête. Des générations de lecteurs ont repris leur souffle en même temps que le héros d'Alexandre Dumas, sorti vivant d'une forteresse érigée sur un îlot, l'archétype même de l'enfermement, le lieu d'où nul ne peut sortir vivant. La puissance du mythe est si forte que les touristes se pressent encore pour visiter la cellule de ce personnage imaginaire.

 

L'évasion réussie fascine le grand public, au-delà  de toutes considérations morales, en particulier si elle s'effectue sans verser le sang, car elle renvoie chacun à  ses désirs de liberté. L'Histoire regorge d'évasions réalisées dans des conditions particulièrement périlleuses, dont le récit continue de faire rêver les foules. En voici quelques exemples, choisis pour leur caractère rocambolesque.

 

Les périodes de troubles civils, propices aux emprisonnements, le sont aussi aux évasions comme, lors de la cinquième guerre de Religion (1572-1576), celles, à  six mois d'intervalle, de François d'Alençon, frère d'Henri III, le nouveau roi de France, et de son beau-frère, Henri de Navarre, futur Henri IV, tous deux prisonniers à  la Cour et étroitement surveillés sur ordre de Catherine de Médicis, depuis le massacre de la Saint-Barthélemy (nuit du 23 au 24 août 1572), et surtout depuis le complot des Malcontents. Le premier, qui caresse l'espoir de prendre la tête du parti protestant à  la place du second, réussit à  s'enfuir du Louvre, à  la fin 1575, à  l'aide d'une échelle de corde, depuis une fenêtre de la chambre de sa soeur, Marguerite, la reine Margot.

 

Henri de Navarre, époux de la même Marguerite, prendra, lui, la poudre d'escampette au cours d'une chasse près de Senlis, le 3 février 1576. Le " fugitif ", rejoint le lendemain par de fidèles compagnons, file bride abattue vers une place sûre.

 

Son petit-fils, François de Bourbon-Vendôme (1616-1669), le bouillant duc de Beaufort, se comporte en digne héritier de son grand-père lors de son évasion du château de Vincennes, racontée dans Vingt ans après par Alexandre Dumas. Chef de la cabale des Importants, ces grands seigneurs qui complotent contre Mazarin, le sémillant Beaufort est arrêté et incarcéré en 1643 dans le donjon, gardé en permanence et dont les murailles épaisses et les fenêtres grillagées sont censées décourager toute velléité de fuite. Pourtant, cinq ans plus tard, le 31 mai 1648, celui que les Parisiens surnommeront le " roi des Halles " pendant la Fronde, se laisse glisser, le long de la muraille qui entoure la forteresse, au moyen d'une corde introduite par un garde complice. Mais celle-ci est trop courte et l'évadé doit sauter les derniers mètres qui le séparent du fossé, heureusement tapissé d'herbe. Le temps de gravir le talus et le voici au sommet du rempart où des cavaliers l'attendent.

 

Changement de lieu et d'époque avec l'évasion du célèbre aventurier et libertin Giovanni Giacomo Casanova de la prison des Piombi (les Plombs) de Venise, ainsi nommée car elle se situe sous les toits couverts de plaques de métal du Palais ducal. Accusé de mener une vie dissolue et de s'attaquer à  la religion, il est arrêté le 26 juillet 1755 à  l'aube et incarcéré dans l'une des minuscules cellules situées à  côté de la salle de torture. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1756, le prisonnier, qui a survécu à  la chaleur de four qui règne l'été dans ces lieux, démonte quelques-unes des fameuses plaques de plomb pour se hisser sur la toiture et redescendre par une lucarne dans un grenier. Après avoir traversé une enfilade de petites pièces, l'audacieux parvient dans une salle et se penche par une fenêtre. Pris pour un visiteur enfermé par mégarde, il est libéré par le gardien, sort sans encombre et hèle une gondole ! Casanova, qui reviendra à  Venise, vingt ans plus tard, est le seul évadé des Piombi.


Tout aussi risquée et hardie est la fuite du général comte de Lavalette (1769-1830). Ancien aide de camp de Bonaparte et directeur des Postes impériales pendant treize ans, ce fidèle de l'Empereur est condamné à  mort pour trahison après les Cents-Jours. Enfermé à  la Conciergerie, il s'en extirpe, le 20 décembre 1815, revêtu de la robe rouge de son épouse, venue lui rendre visite avec leur fille. Accompagné de l'enfant, Lavalette, soigneusement ganté et coiffé d'un chapeau noir garni de plumes, le visage dissimulé derrière un mouchoir, s'engouffre dans la chaise à  porteurs qui a amené madame de Lavalette et le conduit jusqu'au quai des Orfèvres où un cabriolet prend le relais. La courageuse Emilie de Lavalette, nièce de Joséphine de Beauharnais, dont la douceur de caractère ne laisse en rien présager une telle fermeté d'âme, est bientôt découverte derrière un paravent ; elle sera emprisonnée à  son tour et mise au secret. Son mari sortira de Paris, le 8 janvier 1816, par la barrière de Clichy, en uniforme d'officier anglais afin d'échapper à  la police de Louis XVIII.

 

Autre spécialiste de l'évasion et du déguisement, le célèbre bagnard et futur chef de la Sûreté, François Vidocq (1775-1857), qui inspirera à  Balzac le personnage de Vautrin, parvient à  s'échapper du bagne de Brest travesti en matelot, puis de celui de Toulon. Revêtu d'habits civils, il réussit à  quitter la ville en suivant un enterrement.

 

Quant à  Charles Louis Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, il s'échappe du fort de Ham, en Picardie, où il est emprisonné à  la suite de sa désastreuse tentative de coup d'Etat bonapartiste, le 25 mai 1846 au matin, à  la faveur du va-et-vient des ouvriers qui s'activent à  des travaux de rénovation dans la citadelle. Après avoir coupé sa moustache, rasé sa barbe et s'être affublé d'une perruque noire, le prince revêt une tenue de maçon, apportée par des complices ou empruntée au dernier moment à  un certain Badinguet (le surnom restera au futur empereur), quitte sa chambre avec sur son épaule une planche de sa bibliothèque, de sorte que les gardiens ne puissent voir son visage, et se dirige lentement vers la sortie, suivi à  bonne distance par son valet de chambre et son épagneul ! Le dévoué médecin de Louis Napoléon, le docteur Conneau, prétextant une subite maladie du prisonnier, réussira à  tromper la vigilance du commandant du fort pendant douze heures. Le temps, pour le futur empereur, de gagner la Belgique, puis Londres le 27 mai.

 

Prendre la clé des champs nécessite aussi de solides qualités physiques, comme en témoigne l'éprouvante évasion de François Bazaine (1811-1888), ancien commandant de la garde impériale de Napoléon III. D'abord condamné à  mort pour trahison en 1873 par un conseil de guerre pour avoir capitulé deux mois après la défaite de Sedan, ce maréchal de France voit sa peine commuée en vingt années de prison. Incarcéré dans la forteresse de l'île Sainte-Marguerite, au large de Cannes, il prépare longuement sa fuite avec l'aide de son épouse et des complicités internes. Dans la nuit du 9 au 10 aout 1874, se faisant passer pour souffrant, c'est au moyen d'une corde à  noeuds confectionnée en cachette, qu'il descend jusqu'aux rochers battus par les vagues, avant de monter, le visage meurtri, les mains en sang et les vêtements déchirés, à  bord d'une petite embarcation, première étape du périple qui le conduira en Espagne.

 

L'appel du large, Henri Charrière (1906-1973), dit Papillon en raison d'un tatouage sur sa poitrine, n'y résiste pas non plus. Ce petit truand d'origine ardéchoise, condamné en 1933 aux travaux forcés à  perpétuité pour un crime qu'il ne reconnaîtra jamais, s'évade, par la mer, du bagne de Cayenne, en Guyane française, quarante-trois jours après son arrivée. Au terme d'un périple de 2 500 km, il atteint la Colombie où il est arrêté en décembre 1934 avant d'être renvoyé au pénitencier. Quelques tentatives d'évasion plus tard, en 1944, Papillon se lance dans une seconde expédition à  bord d'un canot et gagne le Venezuela où il refait sa vie. Le récit, parfois incohérent, de ses cavales paraîtra dans un livre en 1969. Ses détracteurs l'accuseront de s'être attribué les exploits de certains de ses compagnons d'infortune.

 

Plus qu'aucune autre période de l'Histoire, la Seconde Guerre mondiale a été propice au succès de quelques folles évasions collectives réalisées dans des conditions plus que difficiles. Parmi elles figure l'exploit de ces dix-neuf résistants, détenus dans le camp d'internement de Compiègne-Royallieu qui, le 22 juin 1942, s'enfuient par un tunnel de quarante mètres de long, creusé pendant trois mois sous les murs d'enceinte. Onze d'entre eux ne seront jamais repris. Mais l'une des plus importantes évasions en masse de prisonniers de cette époque donnera lieu au film de John Sturges, La Grande Evasion. Elle s'est déroulée dans un camp allemand regroupant des aviateurs alliés et se trouvant à  Sagan, en Pologne, à  150 km au sud-est de Berlin. Les prisonniers, sous la direction du commandant Roger Bushell, décident de creuser trois tunnels, baptisés " Tom, Harry et Dick ". Pendant qu'une partie d'entre eux s'occupe à  cette tâche, d'autres sont chargés de fabriquer les vêtements, faux papiers et autres boussoles nécessaires aux fugitifs. Le plan prévoit de faire évader 200 hommes, un nombre suffisamment important pour obliger les Allemands à  poursuivre les fugitifs dans tout le pays et à  mobiliser des soldats qui feront défaut sur le front. Or, dans la nuit du 24 au 25 mars 1944, le premier à  se glisser hors de " Harry " s'aperçoit que le tunnel, trop court d'une dizaine de mètres, ne permet pas de gagner directement la forêt. Une erreur de calcul qui retarde l'évacuation des prisonniers sélectionnés. Lorsque au petit matin une sentinelle découvre le pot aux roses, les 76 pilotes qui ont réussi à  s'extirper du boyau sont dans la nature. Seuls trois d'entre eux parviendront en Angleterre. De cette période, on rappellera aussi les évasions des geôles de Vichy de Français, qui bientôt feront parler d'eux : Pierre Mendès France de la prison de Clermont-Ferrand, Jean de Lattre de Tassigny de celle Riom ou encore Raymond Aubrac de celle de Lyon, grâce à  son épouse, Lucie.

 

Les cinquante dernières années ont été marquées par nombre d'évasions spectaculaires qui ont valu à  leurs auteurs d'entrer dans le club international des évadés de haut vol, comme le rappelle Frédéric Ploquin dans Ils se sont fait la belle (Fayard). Citons Frank Morris parvenu, en juin 1962, à  s'évader d'Alcatraz, le pénitencier le plus surveillé des Etats-Unis, construit sur un piton rocheux dans la baie de San Francisco, le saut d'Albert Spaggiari, l'auteur du casse de la Société générale de Nice, depuis la fenêtre du bureau du juge d'instruction qui l'auditionnait au palais de justice, le 10 mars 1977, ou, en mai 1986, l'envol de Michel Vaujour dans un hélicoptère stationné au-dessus de la Santé, piloté par sa femme. Ces as de la belle ont beaucoup d'héritiers, inscrits au fichier du grand banditisme, dont les méthodes s'apparentent désormais à  des opérations commandos, comme Antonio Ferrara : ses complices n'hésitèrent pas à  utiliser un bazooka pour le faire sortir de Fresnes en mars 2003. Depuis la loi du 9 mars 2004, votée à  la suite de plusieurs actions de ce type, l'évasion sans violence se trouve également réprimée. Les limites d'un rêve pour bon nombre de prisonniers.

 

Par Véronique Dumas

 

Les grandes évasions

01/07/2007Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=18791

 

 

Repères

 

1575 : François d'Alençon s'enfuit du Louvre

 

1648 : le duc de Beaufort s'évade de Vincennes

 

1944 : 76 officiers se volatilisent du camp de Sagan

 

2003 : la centrale de Fresnes est attaquée au bazooka

 

2007 : Erik Ferdinand s'envole d'une prison belge

 

1756

 

Giovanni Casanova

 

Incarcéré dans le palais des Doges de Venise, le libertin italien réussit son évasion. Il en fera le récit dans Histoire de ma fuite des Plombs.

 

1815

 

Le général de Lavalette

 

Fidèle à  l'Empereur, Lavalette est mis en prison à  la Restauration. Il quitte tranquillement la Conciergerie en empruntant les vêtements de sa femme.

 

 

1800

 

François Vidocq

 

Escroc, voleur, le futur chef de la Sûreté parvient à  s'évader du bagne de Brest (à  sa seconde tentative) en 1798 et de celui de Toulon en 1800.

 

1846

 

Louis Napoléon Bonaparte

 

Débarqué le 6 août 1840 près de Boulogne, le neveu de l'Empereur est arrêté aussitôt. Il sort paisiblement du fort de Ham déguisé en ouvrier.

 

1933

 

"Papillon"

 

En 1969, Henri Charrière publie le récit de ces "belles" de Cayenne. En fait, il se serait attribué des aventures réalisées par d'autres bagnards.

 

1943

 

De Lattre de Tassigny

 

En temps de guerre, il est du devoir de tout militaire de s'évader. Un principe mis en application par le général de Lattre, le 3 septembre, détenu à  Riom. Avec ces faux papiers, il gagne Londres puis Alger.

 

1977

 

Albert Spaggiari

 

Ancien parachutiste, le cerveau du casse de Nice n'hésite à  sauter du deuxième étage du palais de justice, où il est entendu par un juge.

 

 

Le Bagne de Brest : dossier de presse

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-30343959.html

 

La longue nuit du général (Prison de Riom - 2 au 3 septembre 1943)

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-30682652.html

 

Drôles d'amis : Albert Spaggiari - Marc-Edouard Nabe ...

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-34437315.html

 

Spaggiari, gentleman-braqueur

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-27590425.html

 

Un bagnard médiatique : Henri Charrière dit "Papillon"

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-28752096.html

 

Matricule 46635 : L'Extraordinaire aventure du forçat qui inspira Papillon

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32804601.html

 

L’unique évasion de la prison de la Pierre-Levée de Poitiers de 1941 à 1944

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33581775.html

 

La Saga des Grandes Evasions - Bagnes de Guyane

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-30787417.html

 

Latude va mourir

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32271573.html

 

Bruno Sulak, l'aventurier perdu

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-27569221.html

 

Mesrine, bandit sans limite

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-27698382.html

 

L'itinéraire mouvementé du bagnard Charles Hut

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32706229.html

 

  Prisons actuelles - Évasions (72)

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