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Document archives - La récente mise à la retraite d'un juge niçois a permis de révéler les relations particulières entre francs-maçons magistrats et officiers de police.

 

« Les francs-maçons et la justice », titrait Le Nouvel Observateur sur sa couverture du 28 octobre 2004. L'hebdomadaire n'évoque que le cas du juge niçois Jean-Paul Renard, 54 ans, la veille de sa mise à la retraite d'office par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Il est vrai qu'il s'agit d'une très lourde et rarissime sanction, pour avoir « perdu les repères éthiques indispensables à l'exercice de la fonction de magistrat et tout crédit juridictionnel à l'égard des justiciables ». Cela constitue donc une affaire emblématique. Et son issue a été présentée comme une victoire pour le médiatique procureur Eric de Montgolfier : celui-ci s'était lancé dans une croisade contre les « réseaux d'influence », notamment francs-maçons, et il avait éprouvé bien des difficultés, comme si des fraternelles s'étaient liguées contre lui.

 

Qu'a-t-on reproché au juge Renard ? Il avait pris l'habitude de consulter les casiers judiciaires des candidats à l'initiation dans son obédience, la Grande Loge nationale française (GLNF). Ces consultations illégales du fichier Stic (Système de traitement des infractions constatées) étaient également effectuées par quatre de ses frères policiers, Bernard Merolli, ancien Grand Maître provincial de la GNLF, Alain Bartoli, un gardien de la paix affecté à la Police aux frontières qui fut député grand porte-glaive à la Grande Loge provinciale Alpes-Méditerranée de la GLNF, Alain Taddeï, retraité de la brigade financière et Roger Trinquet.

 

Le CSM a aussi reproché au juge Renard d'avoir manqué à son obligation de loyauté à l'égard de son supérieur hiérarchique en ne lui révélant pas avoir fréquenté l'ancien maire de Cannes, Michel Mouillot, dans une loge affiliée à la GLNF, alors qu'un dossier de corruption contre l'élu était susceptible de lui être confié. Mais que ne ferait-on pas pour s'attirer les faveurs d'un magistrat, lorsque l'on est peu respectueux des lois ?

 

Le truand « Roger la Banane » a réussi, lui, à se faire passer pour un frère afin d'intégrer un réseau maçon lillois où le voyou put se lier avec un juge d'instruction, un ancien directeur du SRPJ et un agent des impôts.

 

Ce n'est pourtant pas à la Police judiciaire que l'on trouve le plus de maçons, mais plutôt à la Sécurité publique, aux Renseignements généraux, chez les CRS et chez les commissaires, où les Enfants de la Veuve seraient près de 25 %.

 

Les angoisses et les peurs, les paranoïas et les suspicions, légitimes ou pas, vont bon train au sujet de fraternités maçonniques qui lieraient les magistrats aux officiers de police judiciaire (OPJ), policiers ou gendarmes, mais aussi des juges consulaires, des experts assermentés ou des administrateurs judiciaires. Des connivences qui permettraient à des mis en cause d'échapper à la rigueur de la loi, s'ils portent le tablier.

 

Dès lors, certains militent pour que les magistrats et les OPJ soient obligés de dévoiler publiquement leur affiliation à une obédience, en prenant appui sur des précédents européens. En Grande-Bretagne, le ministre de l'Intérieur a accès aux fichiers des loges. Et en Italie, les juges et les avocats maçons sont sur la sellette depuis le scandale de la Loge P2. Or la Cour européenne des droits de l'homme, par un arrêt du 2 août 2001 en faveur du Grande Oriente d'Italia di Palazzo Giustiniani, a condamné, pour violation de la liberté d'association, la région des Marches pour avoir édicté une loi obligeant les candidats aux charges publiques à produire « une déclaration de non-affiliation à la franc-maçonnerie ». Le même jour, la Cour a considéré que le ministre de la Justice italien ne pouvait pas infliger à un magistrat une sanction disciplinaire en raison de son appartenance à une loge.

 

Les frères ont toujours été horrifiés par ces exigences liberticides. « Contraindre des personnes à révéler leur appartenance à quoi que ce soit, faire des listes, c'est remettre en cause la laïcité de l'Etat », déclarait en 2001 le Grand Maître de la GLDF, Michel Barat, au Figaro Magazine. « La transparence, c'est le totalitarisme, et il n'y a d'ailleurs que dans les pays totalitaires que la maçonnerie est interdite. » Certes, la liberté d'association comme le respect de la vie privée constituent des piliers d'une société démocratique. Il n'empêche qu'un magistrat, ou toute personne détenant un pouvoir judiciaire ou une fonction d'autorité publique, devrait toujours placer ses décisions au-dessus de ses appartenances, qu'elles soient politiques, syndicales, religieuses ou autres. Et si cela lui semble difficile, par exemple lorsqu'un juge maçon est saisi d'un dossier où se trouvent impliqués d'autres frères, il devrait tout simplement se retirer. Question d'éthique. F. K.

 

Quand juges et policiers "fraternisent"... trop

01/01/2005 Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=15807

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