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Document archives - Du boucher au chirurgien, de la cuisinière au bourreau, cet outil est incontournable au Moyen Age. Même les brigands et les paysans savent s'en servir à  l'occasion. Rétrospective.

 

Dans la longue histoire de la hache, la période des XIIIe-XVe siècles constitue un temps fort grâce à  la diffusion de l'outil, à  la promotion de l'arme et au meuble héraldique. Dans les sources écrites, plus nombreuses, hache est un terme générique et désigne une famille d'objets. La richesse du vocabulaire reflète la diversité des types et la multiplication des modèles. Leur fabrication est plus facile, mais la production n'est pas uniforme, la qualité est variable en fonction des moyens du client et de la compétence du fabricant, qu'il soit un simple forgeron de village ou un taillandier des grandes villes. Remarquable instrument de progrès, la hache s'achète, se prête, se loue ou se donne en gage. C'est un cadeau ou un legs intéressant, si elle est en état. Peu fragile, elle est confiée au fourbisseur pour l'affûtage, au forgeron pour le reliage.

 

La hache est l'outil des défrichements des XIe-XIIe siècles et de la reconquête des terres à  la fin de la guerre de Cent Ans. Pour abattre et débiter le bois de chauffage ou préparer le bois de construction des grands chantiers, les bûcherons la préfèrent à  la scie. L'outil agricole est polyvalent. Il est nécessaire au paysan pour la construction, la réparation de sa maison, de son maigre mobilier, des clôtures et aussi pour tuer son cochon, réparer sa charrue, ses tonneaux. Selon les besoins, il est à  portée de main dans l'unique pièce de la maison, dans la chambre avec les réserves, ou gardé dans les annexes, greniers, celliers. Dans les hôpitaux, les couvents et dans les hôtels bourgeois ou princiers, de nombreuses haches domestiques à  couper le bois et à  dépecer la viande, sont bien rangées dans la cuisine ou le bûcher.

 

Le nombre de haches est également le reflet des activités du propriétaire. Celle-ci occupe la première place dans la hiérarchie des outils. Pour la construction des châteaux et la fortification des villes, les populations sont requises avec leur outil. Mais les commanditaires ont plutôt recours à  des charpentiers, comme pour l'aménagement des cours d'eau, des ports ou l'équipement des mines. La plupart des ouvriers possèdent leur outil et les apprentis peuvent le recevoir en fin d'apprentissage. Les chantiers de construction navale sont le domaine des maîtres de la hache. Dans les villes, les charpentiers de la grande cognée l'utilisent pour le gros oeuvre, les travaux d'entretien et de réparations, et elle est leur emblème. Les charpentiers de la petite cognée sont les menuisiers. A Paris, la spécialisation des métiers et de l'outil s'accompagne de l'apparition d'experts, les charpentiers du roi, qui vérifient le bon usage de la hache. Charrons, tourneurs, boisseliers, tonneliers, sabotiers disposent d'outils adaptés à  leurs besoins, de même les bouchers et... les chirurgiens.

 

En temps de guerre ou pour la préparer, la hache est indispensable à  la construction des flottes, des défenses en bois et des engins de guerre. En campagne, l'outil permet d'ouvrir la voie, de susciter des embûches, d'établir le camp, de se chauffer, de réparer les chariots.

 

Elle figure à  ce titre dans le paquetage des Templiers, et sert à  appliquer une politique de terre brûlée.

 

Ainsi, les arbres fruitiers sont coupés, les moulins et les maisons abattus, les troupeaux massacrés. La hache apparaît aussi dans un cérémonial spectaculaire, l'entrée en armes dans une ville révoltée afin de rappeler à  celle-ci que le roi peut la ruiner pour sa désobéissance.

 

C'est aussi l'arme des délinquants et des révoltés. Les délits forestiers s'accompagnent de déprédations. Les arbres sont écorcés ou entamés par le pied pour les faire périr par ceux qui ont le droit de prendre du bois mort. Les vols sont perpétrés par les plus démunis pour se procurer du bois de chauffage ou de construction. Le commerce clandestin du bois ou du charbon de bois suppose des opérations plus amples, la nuit, et mobilise une équipe : trois travaillent à  la hache, le quatrième attend près de la charrette. Si le bruit donne parfois l'éveil, le flagrant délit reste rare. La justice des seigneurs forestiers le sanctionne par une amende et la confiscation de l'outil. Dans les effractions, la hache est bruyante mais vite efficace. Des délinquants, pour se procurer de l'argent facile, privilégient le vol de l'outil plutôt que l'arme, difficile à  revendre, en raison de l'interdiction du port d'armes. La restriction peut être générale ou limitée à  la nuit, en ville, aux lépreux, aux étrangers, qui doivent la déposer à  l'entrée de la ville ou à  leur hôtel.

 

La tarification des peines distingue la possession de la hache, le fait de la porter, d'en menacer autrui ou d'en faire usage. Cacher l'arme de quelqu'un ou la déplacer à  son insu est puni. S'attarder dans la rue avec une hache ou s'écarter de son droit chemin inquiète. Dans les campagnes flamandes, même de jour, les brigands attaquent à  la hache les maisons isolées. En ville, elle est révélatrice d'une violence endémique. Les utilisateurs sont des gens de métier, des professionnels de la guerre, des auxiliaires de justice, des membres du guet, de la milice. Les taverniers, les bouchers et les métiers de l'alimentation ont des heurts fréquents avec leurs concurrents et leurs clients. Dans les assassinats politiques, comme celui de Louis d'Orléans, la hache est retenue pour tuer à  coup sûrr. Elle est aussi l'arme des attentats désespérés perpétrés par les populations exaspérées par les exactions de la soldatesque. Elle permet aux révoltés de briser les portes pour se procurer des armes, libérer les prisonniers, piller et tuer. Au moment de la répression, les meneurs sont décapités à  la hache pour l'exemple.

 

Arme de justice, l'outil sert à  construire le gibet, le bûcher, l'échafaud et est utilisé par les huissiers de justice pour fracturer les serrures. Les emprises sur les rues et les édifices gênant la défense de la ville sont détruits à  la hache. Dans les rituels d'humiliation, à  la dégradation publique du coupable s'ajoutent l'abattis de sa maison et l'étêtage de ses plus beaux arbres. L'arme de justice est indispensable aux supplices. Les bourreaux aiguisent leur arme sous l'oeil terrorisé des populations rétives et des suspects, pour délier les langues. Ils procèdent à  des mutilations, utilisation la plus courante. Les décollations se font à  l'épée pour les nobles, à  la hache ou à  la doloire pour les roturiers. Du premier coup, la tête doit tomber, parfois cinq à  six coups sont nécessaires, mais ces incidents ne sont pas nombreux. La remise en état de la lame ou son changement s'impose toutes les quatre ou cinq décapitations. La mise en pièces de cadavres déterrés et le découpage du corps s'opposent au dépeçage du condamné tout vif, très rare et considéré comme une sanction injuste et tyrannique. L'horizon de l'horreur pour les Parisiens reste la décapitation, avec une hache émoussée, de saint Denis et de ses compagnons.

 

La hache d'armes connaît un succès considérable entre le milieu du XIVe siècle et du XVe. Elle serait un dérivé de l'outil agricole, perfectionné par emprunts. Elle a un fer large avec, à  l'opposé du taillant de la hache, un marteau ou un bec de corbin et se termine par un estoc, une pique, une pointe de lance ou une dague (hache de Créqui). Elle est à  hampe longue et à  deux mains pour le combat à  pied, à  manche court et à  une main pour les cavaliers. L'infériorité d'une arme ne pardonnant pas, les modifications sont nombreuses. La composition du fer fait plus de place à  l'acier, le décor s'enrichit et les manches s'individualisent. Toutes sortes d'artisans participent à  sa fabrication et l'arme fait l'objet d'un trafic régional et international. Les images représentent la hache aux mains des troupes qui se déplacent en campagne et des gardes, qui se morfondent devant la tente du chef et aux portes des châteaux et des villes. Au combat, elle est l'arme du dernier recours et dans les sièges, celle des combattants les plus exposés qui montent à  l'assaut. Les meilleurs soldats la choisissent pour les embuscades, les escarmouches ou pour provoquer la décision en s'aventurant en petit nombre dans les lignes ennemies. Dans les batailles, la hache permet de gagner l'adversaire d'entrée de jeu dans des corps à  corps terrifiants.

 

C'est l'arme des réprouvés, des marins, soupçonnés d'être des naufrageurs, de la sale guerre et des représailles. Sa réputation est détestable. Elle est l'arme des populations requises dans le cadre du service roturier, des professionnels de la guerre méprisés, des bandes d'infanterie irrégulières et des spécialistes indispensables mais mal considérés. Les chroniqueurs la montrent au poing des infidèles, des hérétiques, des sauvages, des Flamands et des Anglais pour les déconsidérer. Pourtant, en deux générations, les croisés, les Ecossais, les Suisses et surtout Bertrand Du Guesclin lui donnent ses lettres de noblesse.

 

Au XVe siècle, elle équipe les corps d'élite qui assurent la sécurité des princes, puis entre dans l'équipement des grands et du roi. Dans l'imaginaire, la hache a acquis une place exceptionnelle. Elle est l'arme par excellence des joutes, des tournois et des combats à  pied, rencontres réglementées mais dangereuses. Jusqu'à  l'armure d'épreuve, elle entaille les plates et défonce les casques. A partir des années 1440, les armures offrent plus de résistance et, plus légères, permettent une grande liberté de mouvements. Mais les pointes de la hache s'accrochent à  la visière du bassinet et blessent au visage. Ces affrontements, réservés aux nobles, suscitent un engouement général. Ils ont lieu dans des lices et dans un silence impressionnant où résonnent le bruit des armes, les injures des combattants et les cris qui rythment la partie. Les champions se signalent par leur force, leur courage, leur intelligence du jeu et la maîtrise d'une escrime sophistiquée. D'interminables préparatifs permettent de jauger l'adversaire. Le combat est fait d'une succession d'attaques brutales qui font jaillir des étincelles, puis de corps à  corps, où presque tous les coups sont permis. Quand le juge décide d'arrêter, les adversaires continuent à  se battre et des gardes doivent les séparer. La remise des prix donne lieu à  une cérémonie.

 

Au XVIe siècle, la hache d'armes ne subsiste plus que dans les joutes et les duels. Les dernières sont transformées en objets de collection ou en outils agricoles, quand triomphent la hallebarde, qui en dérive, la pique et les armes à  feu.

 

Par Christiane Raynaud *

Une histoire... à  la hache !

01/08/2003 Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=6302

 

 

* Professeur en histoire médiévale à  l'Université de Provence (Aix-Marseille-I), Christiane Raynaud est l'auteur de La Violence au Moyen Age (Le Léopard d'or, 1990) et de A la hache ! Histoire et symbolique de la hache dans la France médiévale (Le Léopard d'or, 2002).

 

La providence des sapeurs

 

Dès le Moyen Age, les pionniers creusent des sapes avec la hache à  pic. Elle sert à  faire la part du feu dans la lutte contre les incendies et équipe les sapeurs qui en ont la charge depuis 1811. Elle est longtemps à  côté de la lance d'incendie dans les établissements publics et reste le symbole des sapeurs-pompiers. Dans les compagnies de grenadiers les porte-hache, tètes de colonnes, apparaissent en 1747. La Légion crée en 1831 ses sapeurs. Leur insigne porte deux haches croisées. Un havresac avec fonte pour la hache complète leur tenue dès 1844. Il existe alors 6 types de haches à  pics et 7 de haches-marteaux. Les compagnies de sapeurs-pionniers, avec leur tablier de cuir et la hache, fer en bas, ouvrent le défilé de la Légion le 14 Juillet.

 


Comprendre



Bec de corbin

 

Du latin corvinus, corbeau. Instrument terminé en pointe recourbée.

 

Plate

 

Plaque de métal appliquée sur le haubert ; chacune des plaques qui constituent une armure rigide.

 

Bassinet

 

Calotte de fer que les hommes d'armes portent sous le casque.

 

Un symbole d'union

 

La hache civilisatrice, protectrice, symbole de fertilité entretient un lien privilégié avec la forêt. L'arme de chasse permet d'affronter les monstres et les géants. Les haches de pierre préservent les maisons de la foudre et les agonisants des souffrances. L'outil, qui appartient au monde des vivants, est efficace contre les revenants. Dans la Bible, il annonce la Résurrection, quand l'âme (le fer) et le corps (le bois) dissociés par la mort, sont réunis à  nouveau. Il renvoie ainsi au triomphe de l'Eglise et au Jugement dernier. La hache rappelle le supplice des martyrs, l'activité des saints bâtisseurs et nourrit des allégories politiques inspirées de l'Antiquité. Dans la propagande royale, elle symbolise l'union du roi et de son peuple.

 


 

Résumé

 

A la hache ! Histoire et symbolique de la hache dans la France médiévale (XIIIe-XVe siècles)

Raynaud, Christiane

Préface de : Michel Pastoureau

 

Retrace l'histoire de la hache dans la France médiévale, période durant laquelle la famille de l'outil est d'une grande diversité et sa diffusion connaît un essor décisif. La hache occupe une place au combat, dans les joutes et tournois. S'intéresse également à sa représentation dans l'imaginaire collectif. Elle apparaît comme attachante car elle apprend des hommes qui l'ont fabriquée.

 

Quatrième de couverture

 

L'histoire de la hache, qui commence avec les débuts de l'humanité, reste mal connue pour les trois derniers siècles du Moyen Âge. La famille de l'outil est alors d'une étonnante diversité et sa diffusion connaît un essor décisif. La promotion de l'arme est aussi exceptionnelle. Elle occupe une place au combat, dans les joutes et tournois, qu'elle n'a plus ensuite, mais que reflète encore l'imaginaire collectif. L'objet est surtout attachant par ce qu'il apprend des hommes qui l'ont fabriqué, manié, entretenu, réparé, transmis, et qui l'ont apprécié, aimé, convoité ou parfois redouté. Il permet de redonner vie aux pauvres disgraciés, aux exclus et aux marginaux des forêts, au paysan, à l'ouvrier, à l'artisan, au marchand de bois, à ceux qui humblement accomplissent leur tâche et aux révoltés. Resurgissent obscurs, délaissés, méprisés les bourreaux, les brigands de grand chemin, les soldats perdus, les criminels endurcis ou de rencontre et leurs malheureuses victimes. Puis viennent, plus familiers, les chasseurs, les forestiers, seigneurs fastueux et âpres au gain et leurs agents malhonnêtes, les sergents, les pionniers, les troupes des garnisons, les héros anonymes de la guerre des buissons ou de Flandre. Enfin, moins attendus, apparaissent hache au poing, les Templiers, les Croisés, les Cathares, les corps d'élite aussi affûtés que leur arme, ou encore les chevaliers, champions flamboyants dont les exploits font rêver jusqu'aux plus modestes, et surtout le prince.

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