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Policiers, maire, préfet, médecins se sont tout de suite penchés sur le cas de la petite Bernadette. Ils ont laissé des écrits, qu'il est intéressant de consulter aujourd'hui.

 

Presque aussi secrètes que celles du Vatican, les archives de Lourdes recèlent des trésors. Dispersées en trois lieux : les sous-sols de l'hôtel-de-ville, les combles de la maison des chapelains, mais aussi la préfecture de Tarbes... elles ne comptent pas moins de trois kilomètres de rayonnages. C'est là qu'on retrouve, dans un vieux registre relié en cuir, l'acte de naissance de la petite Bernadette Soubirous, daté du 7 janvier 1844. C'est là encore que sont conservées les correspondances administratives et privées de la plupart des protagonistes de cette étonnante saga.

 

Le plus ancien document concernant les « apparitions » est, en réalité, une coupure de presse. C'est, en effet, par un entrefilet dans le journal local, Le Lavedan, paru le 18 février 1858, que tout a commencé. Sans cet article, l'histoire de la ville aurait-elle été la même ? Son auteur semble pourtant incrédule devant le récit de la petite Bernadette. Il écrit qu'« une jeune fille que tout fait supposer atteinte de catalepsie, fixe [...] l'attention et pique la curiosité de la population de Lourdes. Il ne s'agit de rien moins que de l'apparition de la Sainte Vierge »... Cette « brève » intrigue suffisamment le commissaire de police de Lourdes, Dominique Jacomet, pour que celui-ci décide de rencontrer Bernadette Soubirous dès le 21 février. Le premier des carnets du policier rapporte leur rencontre dans un style purement administratif. Mais l'écriture, de plus en plus large, traduit l'émotion du fonctionnaire.

 

Ce texte est, en tout cas, le premier compte rendu de la singulière expérience relatée par la jeune fille. Or, cette version diffère notablement des récits ultérieurs de Bernadette. Elle explique ainsi, n'avoir vu dans un premier temps que « quelque chose de blanc » derrière la haie agitée par le vent. La description de sa vision est vague. Au point que Bernadette la nomme, faute de mieux, par le terme « aquero » qui signifie « cela » en bigourdan. Mieux, le récit évolue au fil des dizaines de rapports dans lesquels le policier décrit les multiples allers et venues de Bernadette à la grotte. Au fil des jours, l'affluence des pèlerins qui souhaitent assister à ces événements augmente. Il faut dire que les « apparitions » surviennent souvent le jeudi, jour de marché à Lourdes.

 

Le 26 février 1858, la foule est si importante que la gendarmerie s'inquiète des problèmes de sécurité publique qui pourraient en résulter. Dès le début du mois de mars, les autorités semblent un peu dépassées par les événements. Du moins si l'on en juge par les documents conservés aux archives. Une certaine frénésie semble en effet s'être emparée de la population. On accourt de plus en plus loin. Les registres municipaux, qui recensent tous les faits survenus en ville, témoignent de l'inquiétude du maire, Anselme Lacadé, devant les risques d'accidents qui pèsent sur celles et ceux qui décident de descendre au bord du gave, par un sentier particulièrement escarpé.

 

Très vite, c'est au préfet, lui aussi, de se faire du souci car la légalité est enfreinte. Alors que la création d'un nouveau lieu de culte doit faire l'objet d'une autorisation administrative préalable, la transformation « spontanée » de la grotte en sanctuaire irrite le représentant de l'Etat. Et ce d'autant plus que le terrain appartient à la collectivité ! Il en avise son ministre de tutelle qui lui donne l'ordre de barricader le site pour empêcher les fidèles de se recueillir sur place. L'Empereur Napoléon III finira par donner son aval mais, pour l'heure, c'est le bras de fer entre l'Eglise et l'Etat. Les archives départementales livrent, ainsi, plusieurs rapports de police confidentiels attestant la surveillance à laquelle sont soumis les curés locaux soupçonnés par le procureur de « tirer les ficelles de cette affaire ».

 

Plusieurs enquêtes sont également diligentées auprès des jeunes filles qui prétendent, comme Bernadette, voir la Vierge ou des membres de la Sainte Famille. Toutes seront qualifiées d'affabulatrices. La plupart seront d'ailleurs vertement sermonnées par la police, comme la petite Francine Bacqué, 14 ans, qui monnaie l'accès à sa chambre où elle prétend voir des fantômes. Toutes, sauf Bernadette ! Elle n'est pas manipulatrice, reconnaissent les inspecteurs de police. Mais qu'en est-il de son état de santé ?

 

Le 27 mars, sur ordre du maire de Lourdes, la jeune fille est examinée par des médecins. Les archives conservent le texte signé par les trois praticiens. Leurs conclusions sont prudentes : « Elle a pu être victime d'une hallucination », écrivent-ils dans leur rapport. Ce qui n'empêche pas les pèlerins de continuer à affluer. Des marchands ambulants et des prédicateurs se mêlent à la foule. La police arrête les plus illuminés car certains sèment la panique en prédisant des catastrophes pour le pays. Mais ces actes sont marginaux. Et c'est dans une ambiance « bon enfant » que tous convergent vers Massabielle avec ferveur.

 

On compte désormais un nombre croissant de personnes souffrantes ou handicapées. La rumeur rapporte, depuis fin avril, que plusieurs guérisons spectaculaires ont été observées. Le docteur Dozous, les consigne dans un cahier. A l'en croire, les maux de tête disparaissent après ablution ; les malvoyants recouvrent la vue après avoir bu l'eau de la grotte ; les paralysies se dissolvent dans la source. Mais les diagnostics sont incertains. La police mène parallèlement son enquête sur ces cas de guérison. Le commissaire Jacomet est loin de se montrer aussi enthousiaste que le docteur Dozous. A deux reprises, le policier réalise que le récit rapporté par l'homme de science ne coïncide pas tout à fait avec la réalité.

 

Sur ce point, les archives livrent d'autres documents intéressants. Ainsi, les échanges entre le maire et les chimistes à qui il a demandé d'analyser l'eau de Lourdes. Ces experts ont beau s'avouer incapables d'expliquer les vertus attribuées à la source, cela n'empêche pas les malades de venir toujours plus nombreux dans l'espoir d'être soulagés. Le Bureau médical du sanctuaire recense ainsi plus de 7 000 dossiers de guérisons inexpliquées, dont 67 à ce jour ont été qualifiées de « miraculeuses » par l'Eglise catholique.

 

Or, c'est ici que les archives se révèlent les plus troublantes : des rapports de fouilles archéologiques, menées à la fin du XIXe siècle, font état de la découverte, à la fois de sources considérées comme curatives à l'époque romaine... mais aussi et surtout, la mise au jour, de matériaux préhistoriques laissant penser que plusieurs grottes, proches de Massabielle, accueillaient des cultes il y a plus de 14 000 ans !

 

Par Baudouin Eschapasse

Les surprises des archives

28/08/2008 - Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=23993

 

Crédit photographique - Bernadette Soubirous

http://www.pelerin.info/mm/illustrations/Multimedia/Pelerin/2008/actualite/bernadette.jpg

 

 

Comprendre

 

Miracle

 

Le mot vient du latin miraculum, dont la racine est le verbe miror, s'étonner, et correspond dans les Ecritures à plusieurs termes signifiant "signe", "prodige", ou "merveille". La notion de miracle a été définie au Moyen Age par saint Thomas d'Aquin. L'Eglise utilise depuis le XVIIIe siècle, les critères établis par le cardinal Lambertini, et fait preuve, pour éviter l'imposture, de la plus extrême réserve.

 

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Francis19 26/11/2016 18:16

Baisser la tête donne Humilité, Humilité donne Lumière