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En 1969, alors que le général de Gaulle, symbole de l'ordre ancien pour la jeune génération, est remplacé par Georges Pompidou, un téléfilm, incarnant à la fois les valeurs traditionnelles et révolutionnaires, remporte un immense succès auprès de tous les Français : Jacquou le Croquant. Le réalisateur, Stellio Lorenzi, très engagé dans la lutte contre l'intolérance et l'injustice - L'Affaire Callas, Les Templiers, Les Cathares - s'est reconnu dans la révolte de Jacquou, le héros du roman d'Eugène Le Roy publié en 1900. L'auteur y décrit la vie misérable, sous la Restauration, d'une famille de métayers du Périgord Noir, exploitée par le comte de Nansac cautionné par l'Eglise et les institutions monarchiques. Après la disparition de ses parents, Jacquou est recueilli par un ancien curé constitutionnel, Bonal, qui tente de calmer sa haine et lui raconte l'histoire des révoltes de ses ancêtres, les croquants, aux temps d'Henri IV et de Louis XIII. Jacquou se jure d'être le dernier de cette longue geste de miséreux et reprend à son compte les promesses de justice et de liberté de la Révolution. Emprisonné pour avoir mis le feu au château de L'Herm, il est acquitté lors de la Révolution de 1830. Il se retire alors sur un lopin de terre, au milieu de la forêt, où il s'éteint, auprès de ses dix enfants, soixante ans plus tard, « en pleine quiétude d'esprit », dans une République glorieuse.

 

Dans cet ouvrage, le romancier dénonce le déterminisme de la naissance, le cloisonnement social, l'emprise du clergé sur les esprits et l'accaparement du sol par les plus puissants, notamment par la bourgeoisie « emparticulée » qui s'est enrichie pendant la Révolution, toutes choses que la République, celle de Gambetta, anticléricale et franc-maçonne, doit abolir. La noblesse « réelle » de cette époque, telle que les historiens la décrivent, n'est jamais évoquée, sauf pour indiquer qu'elle est condamnée à disparaître et que ses valeurs sont reprises par le peuple. Par ailleurs, Jacquou est un héros solitaire, à l'occasion un meneur, mais non le représentant d'une révolte populaire collective spontanée : « Moi seul, dit-il, ai mis le feu au château, rejetez sur moi ce qui s'est passé, je prends tout sur mon compte ! » Son créateur n'a pas cherché non plus à en faire le symbole de la condition paysanne au XIXe siècle. Au-delà de quelques notations sur l'exode rural ou le phylloxéra, le travail de la terre n'est jamais évoqué, ni dans Jacquou ni dans les autres ouvrages d'Eugène Le Roy, à travers ses réalités démographiques, agronomiques, culturales, techniques, commerciales de l'époque.

 

Jusqu'à la fin des années 1930, son lyrisme patriotique et républicain est célébré par les radicaux-socialistes adeptes d'une démocratie rurale sur le mode proudhonien, puis par la droite nationaliste et agrarienne du régime de Vichy. Dans les années 1950, les anciens maquisards reconnaissent dans cet homme des bois un résistant. Quant aux instituteurs ruraux, ils diffusent une vision misérabiliste de l'oeuvre illustrant la crise du monde rural et les disparités sociales de l'après-guerre. Avec le film de Lorenzi, le destin de Jacquou devient celui de tous les paysans de France, mais aussi celui de leurs descendants citadins déracinés et de tous les dominés. La facture classique du film, inspirée des tableaux des frères Le Nain et des clairs-obscurs de Georges de La Tour, et l'innocence de son héros désamorcent les récupérations politiques. Ce héros n'a pas l'accent du terroir ce qui facilite son appropriation populaire. Le croquant devient alors, dans l'imaginaire national, le symbole de la réconciliation des villes et des campagnes. Aujourd'hui, les paysans ne représentent plus que 2 à 4 % de la population active et les derniers témoins de leurs modes de vie traditionnels se font rares. Pourtant la généalogie et la littérature régionaliste sont florissantes.

 

Le Jacquou du réalisateur Laurent Boutonnat, aux allures de séduisant bandit corse, reflète les critères esthétiques et émotionnels de notre société. Mais cette reconstitution historique, très soignée, lumineuse, optimiste, s'est éloignée de la veine idéologique de ses précédents littéraires et cinématographiques. Alors, qui sont les nouveaux croquants ?

 

Par Joëlle Chevé

 

Surtitre : Jacquou le Croquant

Le paysan en révolte

01/01/2007 Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=18234

 

JACQUOU LE CROQUANT

(Jacquou le Croquant - 2007)

 

France
Réalisé par Laurent Boutonnat
Scénario: Franck Moisnard, Laurent Boutonnat
Avec: Gaspard Ulliel, Marie-josée Croze, Albert Dupontel, Jocelyn Quivrin, Tcheky Karyo, Olivier Gourmet
Musique: Laurent Boutonnat
Durée: 150 min

 

 

SYNOPSIS

 

Jacquou est un garçon de neuf ans dont le père, métayer exploité par le comte de Nansac, est condamné pour un meurtre. Déporté au bagne, il est tué pour avoir tenté de s'évader. Sa mère meurt de la fièvre peu après. Orphelin, Jacquou est recueilli par le curé Bonal qui s'occupe de son éducation. Devenu adulte, il devient en quelques années un jeune homme déterminé et séduisant, qui saura transformer son désir de vengeance en un combat contre l'injustice dont sa famille a été victime et se venger du cynique comte de Nansac...

 

Pour le tournage et le repérage des lieux, Laurent Boutonnat a d'abord sillonné la Dordogne, le Périgord noir, où se déroule l'action du livre, avant de partir en Roumanie, dans les Carpates. C'est là-bas qu'il a trouvé les décors naturels nécessaires au film : des grandes forêts de feuillus, des collines, de grands espaces sans pylônes électriques et sans construction.-

www.horreur.net/film-5921-Jacquou-le-Croquant...

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