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Portrait de femme - Au seuil des années 1950, elle révèle à  la caméra sa beauté explosive. Ni femme fatale ni femme-enfant, elle revisite pour les plus grands cinéastes les canons de la féminité. Plan rapproché sur une Vénus latine à  la gloire planétaire.

 

Vergogna... ", marmonne une mère que les attraits et, disons-le, la naïveté de " sa " Romilda ont entraînée dans la chambre d'une maternité de Rome. Honte de quoi, Luisa Villani-Zotti ? Honte pour sa fille d'avoir eu foi en un hâbleur éhonté, Riccardo Scicolone, qui confond l'honneur et le vent, les principes et le tourbillon. Honte d'avoir bientôt à  soutenir le regard des habitants d'un hameau de Campanie où le Christ a manifestement oublié de passer. Honte, enfin, d'être là, en ce 20 septembre 1934, à  langer le bébé que Romilda a jeté en travers de son lit sans la moindre promesse de mariage. " Per Dio santo ! " Et cette empaillée de religieuse qui, croyant reconnaître céans la bobine d'une bâtarde, trotte registre en main pour harceler Romilda de manière entendue, comment la trouvez-vous ? " Et alors, le papa, il passe quand ? ", martèle-t-elle. Ou mieux encore : " Pour le certificat de naissance, on a besoin du père sous vingt-quatre heures et de la signature, sinon vous pouvez toujours déposer la petite. L'orphelinat, c'est le bâtiment d'à  côté... " Comme si cela ne suffisait pas, la matrone juge également opportun d'asséner à  l'accouchée : " On dirait un épouvantail, votre fille ! "

 

Cette fille, c'est Sofia. Et, astre ou désastre, Sofia, c'est d'ores et déjà  sa vie. Sofia... vous parlez de sagesse ! Sofia, oui, comme sa grand-mère paternelle. Histoire d'ancrer une destinée là  où elle ne semble pas attendue ! Bon pour Sofia, alors. Mais, au fait, Sofia comment ? " Et alors, le papa, il passe quand ? " Justement, le voilà. Contre toute attente, Riccardo pousse la porte de la clinique pour donner son nom à  l'enfant. Son enfant. " Dans toute sa vie, il ne fit rien d'autre pour moi ! ", ponctuera sèchement l'actrice au faîte de la renommée. Pour Riccardo, la paternité tient effectivement en ce geste qui rétablit les Villani dans leur dignité.

 

Pour l'heure, Sofia, dans son berceau, n'est pas très vaillante. L'air de la capitale ne lui convient guère. Qu'à  cela ne tienne ! Romilda saute dans le premier train en partance pour le Sud et s'installe avec elle dans l'appartement familial de Pozzuoli, à  vingt-cinq kilomètres de Naples, où, dans le dénuement digne des grandes fresques misérabilistes, s'entassent aïeux, oncles, tantes et cousins. Pour d'incontournables déchirements et des effusions recommencées. L'enfance coule ainsi, entre maison rouge et ruelles grouillantes que l'humaine patience a tracées sur une pente du Vésuve.

 

A la belle saison, les Villani glissent volontiers vers la mer où mi-combative mi-naufragée, Maria, la cadette née en mai 1938 des retrouvailles furtives de Romilda et Riccardo, trouve toujours un estivant secourable pour la ramener à  demi assommée vers le rivage. Assise sur le sable gris de Lucrino, Sofia, elle, contemple le large avec une fascination terrifiée dont elle ne se départira jamais. Les vacances terminées, la fillette intègre l'institut Carlo Maria Rosini de Pozzuoli où elle donne libre cours à  sa sensibilité frondeuse. " Je n'étais certes pas la meilleure élève. J'étais studieuse mais indisciplinée. J'avais une telle vitalité, que je m'agitais sans cesse. S'il y avait du chahut en classe, on pouvait toujours supposer raisonnablement que c'était à  cause de moi ! ", sourira-t-elle. Sofia, il est vrai, essuie au quotidien les quolibets des potaches. Aucun d'entre eux n'ignore le scandale de sa naissance et tous raillent volontiers sa longue silhouette osseuse qui, lui vaut le sobriquet de " Stecchetto " (cure-dents). Aussi apprécie-t-elle l'utilité de ses ongles dont elle fait grand usage !

 

Puis survient la guerre. Les Alliés prennent la Campanie pour cible et les bombardements s'intensifient. Un jour, tandis que Romilda et sa fille courent vers le tunnel de chemin de fer de la Galleria Cumana qui sert de refuge à  toute une population, la gamine est blessée par un éclat d'obus dont son menton porte encore le stigmate. A pareille époque la confusion angoissée des alertes se double de la rigueur accrue du rationnement. Chez les Villani, la gêne tourne disette. " Notre régime déjà  maigre se réduisit encore. [...] Des pâtes à  la citrouille, c'est-à-dire la soupe à  la pulpe de citrouille et des châtaignes sèches bouillies étaient pour nous des plats de gala ", confessera-t-elle, en toute humilité. Fort heureusement, le cauchemar prend fin. Les Allemands battent en retraite et les Alliés à  leur tour investissent Naples où le clan Villani s'est un temps replié. De ce retour au calme, Sofia conserve un souvenir amusé : " Je m'attendais à  l'arrivée des troupes alliées, mais non à  ce que certains de leurs représentants portent des jupes. Un matin, je [...] trouvai à  la porte de chez moi un Ecossais en kilt. Il me donna une petite boîte à  café et un pot de beurre salé. J'en fus si enchantée que je décidai [...] de faire taire ma curiosité et de ne pas faire comme les autres enfants napolitains qui passaient leurs journées par terre pour essayer de découvrir ce que les soldats portaient sous leurs jupes... "

 

Au lendemain du conflit, le noir échalas se dote de subtiles rondeurs et se mue en irrésistible sauvageonne au regard apeuré. La métamorphose est spectaculaire. Contre l'avis de nonna Luisa, Romilda l'inscrit au concours de beauté qu'organise en septembre 1949 le Cercle de la presse de Naples. Plus de trois cent cinquante candidates briguent le titre de " Petite Reine de la mer " qu'au grand dam de sa mère Sofia ne décroche point. Elle figure cependant parmi les douze " petites princesses ". Cette distinction l'autorise à  recevoir une série de lots au nombre desquels figure... un billet de train pour Rome ! Après tout, pourquoi pas ? Lasse d'une province léthargique aux débouchés incertains pour une fille qui n'aspire qu'au grand écran - " Je me sentais prise [...] d'un insatiable besoin de m'agiter, de briller, de faire quelque chose de grand. Et, bien sûr, je pensais au cinéma " -, ulcérée par l'attitude des garçons qui, après avoir longtemps raillé Stecchetto, appuient maintenant leur salut d'un ironique " Bonjour, princesse ! ", Romilda boucle une fois pour toutes les malles. Sofia, parole de femme, ne passera pas à  côté de son destin !

 

Sitôt débarquées au pied des sept collines, toutes deux grimpent en exilées volontaires dans le train bleu de Cinecittà  où affluent des centaines d'anonymes qui espèrent jouer les figurants dans le Quo Vadis  de Merwyn LeRoy. Dans son éblouissement, Sofia assimile cette première expérience cinématographique à  une " aventure fabuleuse " Les lendemains n'auront pas forcément la même spontanéité. La jeune fille hante le bureau des producteurs. Quelques apparitions lui sont concédées : Les Feux du music-hall, Il voto, Tototarzan ... Sans plus. Tout ce que son opiniâtreté lui rapporte, c'est le surnom de " Miss Antichambre " ! Selon son biographe Stefano Masi, " la Sofia des années cinquante n'[est] qu'un visage parmi une foule de comédiens, un visage désespérément impatient de s'exposer au regard magnétique de la caméra ".

 

Loin de baisser les bras, elle se rabat sur un genre en pleine expansion, le roman-photo, et tire sa part de notoriété de ce cinéma du pauvre sous le pseudonyme de Sofia Lazzaro. Le reste du temps, mue par une inébranlable quête de reconnaissance, elle honore toute invitation aux concours de beauté. Si les plages de Cervia ne reconnaissent pas en elle la " reine des sirènes de l'Adriatique ", Salsomaggiore la sacre " Miss Elégance " lors de la sélection finale pour l'élection de Miss Italie.

 

Mais la circonstance qui oriente sa carrière de façon décisive est incontestablement celle qui, au cours de l'été 1951, la met en présence de Carlo Ponti. Sofia, ce soir-là, dîne au restaurant-dancing " Il Colle d'Oppio " qui sert d'écrin à  l'élection de " Miss Latium ". Le producteur milanais, qui fait partie du jury, la remarque, s'empare incontinent d'une plume et griffonne en hâte un billet la priant de défiler. " Pour être sincère, ce qui m'intéressait au début [...], c'était la femme et non la future actrice ", confiera-t-il bien après cette rencontre. Dans un premier temps, la Fiera décline cette proposition mais, informée de l'identité de son émetteur, elle se ravise... pour se trouver cantonnée derechef à  une place d'honneur. Grand seigneur, Ponti vient à  son devant, se présente, la console de ce demi-succès et la soirée se perd sur une promenade (amplement commentée) qui arrime la vie de l'un au devenir de l'autre. Carlo Ponti prend, en effet, la femme sous son aile et la carrière de l'artiste en main ! Immédiatement, les apparitions de la brune incendiaire gagnent en importance et en relief. Ce sont, en 1952, La Traite des Blanches de Luigi Comencini et La favorita de Cesare Barlacchi qui lui offre un premier rôle, puis, en 1953, Sous les mers d'Afrique où, sur le conseil du producteur Gustavo Lombardo, elle troque le nom de Lazzaro pour celui, plus exotique de Loren et le " f " plébéien de son prénom pour un aristocratique " ph ". Dans la foulée, elle se plonge dans l'univers verdien d’Aïda (Clemente Fracassi, 1953) qui la conduit à  prêter la perfection de ses courbes, sa puissance expressive et son extraordinaire mobilité faciale à  la voix de Renata Tebaldi. Elle enchaîne sans souffler sur Une fille formidable, Deux nuits avec Cléopâtre où, honorant deux registres, Sophia passe de l'impérieuse reine d'Egypte à  la tendre esclave Nisca ; deux opérettes, Carrousel fantastique et Ces voyous d’hommes, et un film à  épisodes d'Alessandro Blasetti, Tempi nostri, grâce auquel ses pas croisent pour la première fois ceux de Marcello Mastroianni qui deviendra son partenaire fétiche. C'est, précisément, un film à  sketches, de Vittorio De Sica celui-là, L'Or de Naples (1954), qui la propulse au firmament du vedettariat. La presse est dithyrambique et Bosley Crowther écrit dans le New York Times : " Miss Loren [...] est malicieuse, sarcastique et pleine d'orgueil. L'air conquérant qu'elle arbore devant les clients de son mari est un chef-d'oeuvre de ruse savante ! "

 

Après L'Or de Naples, Sophia polit son image de comédienne accomplie dans des farces sophistiquées et se pose en Katharine Hepburn latine. Même si, dans les réunions officielles, ses licences d'incorrigible faubourienne éveillent parfois la polémique. Ainsi, pendant le tournage londonien de La Clé de Carol Reed (1958), qui retrace un fait d'armes des marins hollandais pendant la Seconde Guerre mondiale, l'actrice est-elle conviée à  la cérémonie que la jeune Elizabeth II préside à  la Royal Command Performance. Le protocole bannissant l'adoption du décolleté vertigineux, Sophia Loren se range à  une sobriété de bon aloi. Mais, pour ne pas avoir l'air d'une receveuse des postes endimanchée, elle rehausse sa coiffure d'un diadème. Entorse à  l'étiquette qui n'échappe pas aux photographes. Et les journalistes de titrer : " L'Angleterre a deux reines ! " Rien ne lui est épargné. Avec une vigilance d'autant plus appuyée que, non contente de défrayer la chronique avec son Pygmalion bigame elle provoque l'indignation dans la complicité qu'elle publie avec le " Golden Boy de Hollywood ", William Holden... comme elle le fera, du reste, avec Peter Sellers, Maximilien Schell ou Alec Guiness. Tout plumitif y va de son commentaire, sans autre fondement, souvent, que la promiscuité badine d'un plateau.

 

A partir de 1956, Carlo Ponti entreprend d'universaliser sa sulfureuse égérie. Et l'univers, pour le septième art, c'est bien Hollywood qui en est le centre. De fait, Sophia s'y installe. Outre-Atlantique, elle continue d'incarner les furies méditerranéennes (Ombres sous la mer, L'Orchidée noire ...) et se coule avec la même facilité dans " une histoire vieille et lézardée " (Une espèce de garce) ou un " western pimpant " (La Diablesse aux collants roses). A l'automne 1958, la vigoureuse exilée déserte la Californie sur ces mots : " Pour [les Américains], les Italiens sont soit des gangsters, soit des garçons de café. Ils n'ont jamais été capables d'accepter une actrice italienne telle qu'elle est. Ils n'ont qu'un but : la changer. [...] Ce qu'ils ont fait avec moi. Ils m'ont réduite à  un catalogue de mode. C'est pour cela que je rentre chez moi ! "

 

Chez elle où, dare-dare, Vittorio De Sica la dépouille de ses paillettes pour une prestation " habile et instinctive " dans La Ciociara, le fleuron de sa filmographie (1961). Le raffinement déguenillé que Sophia Loren déploie dans cette évocation entraîne un concert d'éloges. " On peut dire d'Anna Magnani que son interprétation est tellement parfaite qu'on en oublie qu'elle n'est pas très belle femme. A Sophia, je souhaite faire un plus grand compliment encore : je dirai que son interprétation est tellement parfaite qu'on en oublie qu'elle est très belle femme ! ", écrit Thomas Wiseman dans le Sunday Express . Une interprétation primée par une kyrielle de récompenses (prix David di Donatello, meilleure actrice à  Cannes, Nastro d'Argento, Golden Globe Hollywood Foreign Press) et couronnée par un Oscar ! Cette consécration lui donne des ailes. Elle batifole ainsi d'une superproduction ( Le Cid ) à  un film à  épisodes délicieusement italien ( Boccace 70 ; Hier, aujourd'hui, demain ), d'un rôle dramatique ( Le Couteau dans la plaie, Angela ) à  une comédie légère ( Mariage à  l'italienne ). Mais elle exulte, par-dessus tout, à  l'idée de retrouver " son " Marcello pour Une journée particulière (Ettore Scola, 1977).

 

Marcello, l'ami de toutes les fidélités. Autant de liens qui, indubitablement, l'aident à  sortir de ses démêlés fiscaux avec l'Etat italien la tête haute, à  oublier les dix-sept jours et quinze heures de détention que ceux-ci lui ont coûtés. Ce coup du sort, en rien, n'entame sa popularité. En 1991, elle reçoit un Oscar pour l'ensemble de sa carrière. Mais, au regard de la tendre discrétion de son ermitage genevois, que valent panégyriques et honneurs ? Le prix des certitudes si chèrement acquises. Pour celle qui réalise le miracle de n'avoir pas connu de jeunesse et de la conserver si longtemps.

 

Par Pascal Marchetti-Leca

Sophia Loren : la fierté charnelle

01/01/2005 – Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=4728

 

 

Elle réalise le rêve de sa mère

 

La nature n'a assurément pas lésiné sur les charmes de Romilda Villani. Au point que l'on se tourne sur son passage pour la comparer à  Greta Garbo ! Avantage non négligeable lorsque la famille, dans son dénuement, hypothèque les filiales visées. Ses appas, Romilda entend précisément les exploiter. Pour mettre toutes les chances de son côté, elle insiste auprès des siens pour étudier la musique et, forte de la bourse que le conservatoire de Naples lui a décernée, elle décroche à  seize ans son diplôme de professeur de piano. Dans le droit fil des desseins qu'elle a entrevus, elle s'inscrit ensuite au concours de beauté que la Metro Goldwyn Mayer a organisé sur les rivages parthénopéens pour dénicher une Italienne réplique de " la Divine ". Romilda, tout naturellement, se hisse sur la première marche du podium. A la clé de cette épreuve, un voyage à  Hollywood et la promesse d'un contrat. Le rêve est en passe de se réaliser. Un rêve que sa mère balaie d'une esquive timorée : " Tu n'iras pas. C'est dangereux. [...] La mafia new-yorkaise va te tuer comme elle a tué Rudolph Valentino ! " Dépitée, l'infortunée lauréate tourne le dos à  Pozzuoli pour tenter de glaner à  Rome les miettes d'une gloire que Luisa a contrariée. Romilda, elle, fera la courte échelle aux aspirations de sa fille. Sans jamais baisser les bras. Pour que dans les lauriers de Sophia continue de fleurir la part de rêve qui lui a été confisquée !

 

A l'assaut des étoiles

 

Au début des années 1950, c'est toute une génération de ragazze qui aspire à  rejoindre la pulpeuse Silvana Pampanini, la royale Silvana Mangano et l'impétueuse Gina Lollobrigida dans l'empyrée du vedettariat péninsulaire. Ainsi de la très racée Eleonora Rossi Drago que le septième art cantonnera dans des rôles de Circée d'émeraude et de sensualité distante. Ou bien d'Anna Maria Ferrero, l'ingénue tourmentée qui, à  l'instar de tant d'autres " petites fiancées " du cinéma italien, offre un pendant " mijauré " aux plantureuses de chair et de volupté. Bien que mariée, l'espiègle Delia Scala table sur ce registre, et ses prestations sont souvent tiraillées entre silences et soupirs. Touché par la beauté mutine de Lucia Bosè, Giuseppe de Santis convertit, par ailleurs, l'envoûtante Miss Italie 1947 en une vamp paysanne et l'entraîne sans ciller vers ses Pâques sanglantes (1950). Antonella Lualdi, une des " Adorables créatures " de Christian-Jaque, ne manque pas, elle non plus, de taquiner la gloire. A dix-huit ans, elle prête son élégance candide à  la caméra (Echec à  Borgia, 1949) et son talent dramatique éclate dans Trois histoires interdites d'Augusto Genina (1952). L'Italie lui tresse des couronnes de louanges qui l'incitent à  se faire connaître en France. Claude Autant-Lara lui en donnera le moyen. Avec Le Rouge et le Noir, aux côtés de Gérard Philipe, elle s'impose dans la cour des grands. Mathilde de La Mole aurait pu tomber plus mal ! Et puis, bien sûr, il y a Sofia...

 

La guerre des bustes

 

C'est Gina Lollobrigida qui, dans le film à  sketches Heureuse époque (1951), inaugure le mythe de la maggiorata (" la plantureuse ") dont la poitrine " est un phare illuminant tout le reste du corps qui, à  son tour, doit se montrer à  la hauteur de cette lumière ". Mariantonia solaire, Gina s'impose comme l'archétype de la femme idéale. Elle gravit en un éclair les échelons de la notoriété et tourne sans tarder aux côtés des plus grands (Humphrey Bogart, Errol Flynn). Mais voilà  qu'à  la faveur d'un sketch - Pizzas à  crédit - du film L'Or de Naples de Vittorio de Sica, une compatriote aux allures de conquérante vient, en 1954, empiéter sur ses plates-bandes. " Cet air complaisant semble dire : Regardez-moi, pas une parcelle de moi qui ne soit femme, et une fille comme moi, vous n'en reverrez pas de sitôt ! ", commente le critique du Time Magazine à  propos de la prestation de Sophia. La rivalité entre les deux actrices éclate. L'Italie se divise en deux clans : les inconditionnels de Gina et les fous de Sophia ! Sophia qui, exaspérée par cette image de concurrente cynique, aurait porté la première estafilade en novembre 1954, lors de la Semaine du cinéma italien à  Londres. Pressée d'éclairer les lecteurs sur les points qui la différencient de son aînée, n'a-t-elle pas rétorqué, sur la foi d'un journaliste britannique aussi porté sur l'information que sur la perfidie : " Juste une question de centimètres ! "


Carlo le Pygmalion

 

D'aucuns continuent de penser que la jeune artiste a tout bonnement adossé sa carrière à  l'ingénieuse rencontre de Carlo Ponti. D'autres, en revanche, soutiennent que le Milanais a assis son autorité de producteur sur l'élégance triomphante de Sophia Loren. Pour couper court aux malveillances, convenons, de grâce, que tous deux ont servi leur renommée de façon indivise, mutuelle... et durable ! Pygmalion attentif et visionnaire, Carlo Ponti, dès 1954, englobe sa Galatée dans ses projets. A une restriction près : il est marié à  son amour de collège, Giuliana Fiastri, qui lui a donné deux enfants. Dans une Italie éminemment catholique et inéluctablement romaine, autant dire que la liaison qu'entretiennent Sophia et Carlo s'apparente à  un blasphème. Pour contourner la législation nationale qui en proscrit la virtualité, Carlo Ponti, désormais séparé de son épouse, envisage la solution d'un divorce et d'un remariage... mexicains ! Le 17 septembre 1957, grâce à  l'intervention des avocats de Ciudad Juà¡rez, il scelle sa destinée à  celle de mademoiselle Scicolone ! L'Eglise n'en démord pas : Carlo Ponti demeure coupable de bigamie et d'adultère public. Déterminé à  sortir de cet imbroglio conjugal, Carlo se conforme alors aux éléments d'un triptyque que... Giuliana, la seule épouse que Rome lui reconnaît, décline pour lui : installation en France et renoncement à  la nationalité italienne, divorce en tant que citoyens français, remariage à  sa convenance ! Ainsi, le maire de Sèvres peut-il, le 9 avril 1966, mettre un terme à  seize années de fiançailles clandestines. De cette union naîtront Carlo Uberto Leone en 1968 et Edoardo Gianmaria Leoni en 1973.

 

Dans le giron du Duce

 

En 1959, Maria, la soeur de Sophia Loren, file le parfait amour avec le propre fils du Duce, Romano Mussolini ! Romano ? Un pianiste de jazz du genre introverti, écrasé par le poids d'un nom et la lourdeur d'un passé somme toute récent. Sophia ne considère pas cette idylle d'un oeil approbateur. Peine perdue. Maria s'entête et, en 1960, s'agenouille avec Romano devant l'autel de Saint-Antoine de Predappio. Nostalgiques de l'ère fasciste et paparazzi se pressent autour de l'église. Sophia est dans ses petits souliers. Ce qu'elle redoute le plus, c'est l'amalgame idéologique. Néanmoins, elle fait face et, par affection pour Maria, elle répugne à  se défiler. Elle assiste donc à  la cérémonie et rencontre ainsi la veuve de Benito, Rachele Mussolini, qui l'a toujours fascinée : " C'est une des plus belles femmes que j'aie jamais rencontrées, une des plus extraordinaires aussi. [...] Elle parlait de son mari en l'appelant "il Duce", mais elle ne cherchait pas à  l'excuser. Elle avait fait enterrer ses restes mutilés dans une petite chapelle privée. [...] Elle restait la socialiste qu'elle était au moment où elle [l']avait rencontré ", racontera-t-elle.

 

A l'issue de la bénédiction, Sophia refuse d'emboîter le pas à  la famille qui va s'incliner sur la tombe de Benito Mussolini à  grands renforts de saluts fascistes. Elle n'a qu'une hâte, s'éclipser. Conscient de son embarras, le chauffeur accélère et, dans sa précipitation, heurte une Vespa dont le conducteur, Antonio Angelini, est tué sur le coup. " Ce fut une journée horrible ", résumera l'actrice. Entre les époux les liens se distendent très vite. Le couple se sépare officiellement en 1970. De cette union sont toutefois issus deux enfants, dont Alessandra qui, ne dédaignant pas de partager l'affiche d'une comédie de Lina Wertmàùller avec sa tante (Samedi, dimanche et lundi, 1990), marche dans le même temps dans les brisées politiques grand-paternelles.

 


Cary Grant, le séducteur éconduit


En 1956, le tournage d'une épopée napoléonienne, Orgueil et passion, ouvre à  Sophia Loren des perspectives de reconnaissance planétaires. Pour lui donner la réplique dans le rôle de Juana, Stanley Kramer choisit, il est vrai, des comédiens à  la hauteur des ambitions de la " Vénus de Pozzuoli " : Frank Sinatra et Cary Grant. Si l'Italienne frémit à  l'idée de rencontrer " le grand Cary ", ce dernier accueille le choix de sa partenaire avec une réserve pour le moins dédaigneuse. Lors du cocktail que le producteur donne en Espagne pour la rituelle présentation des acteurs à  la presse, il pousse jusqu'à  lui asséner : " Ravi de vous connaître, miss Lolloloren, à  moins que ce ne soit Lorengida ? J'ai beaucoup de mal à  me souvenir du nom des artistes italiennes ! " Piquée au vif sans le laisser paraître, Sophia Loren y va d'un " Bonsoir, monsieur Kerrygront ! " réfrigérant et vengeur. Voilà  pour l'entrée en matière. Fort heureusement, survient le dégel et, en un tournemain, la tension cède le pas à  la complicité. Cary tombe littéralement sous le charme d'une Sophia... qui fond devant son élégance naturelle et sa virilité rassurante. " Il me fascinait par sa chaleur, son affection, son intelligence et son incroyable [...] sens de l'humour ", rappelle-t-elle, attendrie. Du coup, ici, là, partout, on suppute, on jase, on anticipe. Sur le plateau ou dans les colonnes de la rubrique mondaine. Et si, dans le sillage de Virginia Cherrill, de Barbara Hutton ou de Betsy Drake - l'actuelle épouse de Cary qui, justement, a failli périr dans le naufrage de l' Andrea Doria pour voler au secours nécessaire de son couple - Sophia devenait la quatrième madame Grant ? Cary lui-même ne l'envisage-t-il pas explicitement ? Tourtereau fair-play, il se résout pourtant à  laisser filer l'inimitable sirène que les Ombres sous la mer de Jean Negulesco attirent en Grèce, en 1957. Une sirène qui, pour boire, se penchera définitivement sur les yeux d'un avocat milanais.

 

Repères

 

1934

 

Naissance à  Rome.

 

1949

 

Inscription au concours de beauté du Cercle de la presse de Naples.

 

1950

 

Figuration dans Quo Vadis  de Merwyn LeRoy.

 

1951

 

Rencontre avec le producteur Carlo Ponti.

 

1956

 

Installation à  Hollywood.

 

1961

 

Oscar de la meilleure actrice pour La Ciociara (Vittorio De Sica).

 

1977

 

Après une éclipse, elle signe son retour dans Une journée particulière d'Ettore Scola.

 

 

Crédit photographique

 

 

Sophia Loren

http://dirtyharrysplace.com/wp-content/uploads/2007/11/loren-sophia-photo-sophia-loren-6229214.jpg

 

Gina Lollobrigida

http://www.e-monsite.com/s/2008/02/15/claudecotard/gina-lollobrigida-2l6hs.jpg

 

Carlo Ponti et sa femme Sofia Loren © Roger-Viollet

www.linternaute.com/.../carlo-ponti.shtml

 

Cary Grant

http://www.queensofvintage.com/tag/cary-gran

 

  Actrices et Acteurs de cinéma (33)

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