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Document archives - Après les Journées du patrimoine fin septembre, et le Salon du patrimoine des 4 au 7 novembre à  Paris, l'occasion de faire le point sur la restauration de ce qui reste de l'abbaye, devenue prison au XIXe siècle.

 

Les commémorations de la Libération ont été l'occasion de rappeler que la liberté des uns a consommé l'enfermement des autres. Si la prison de Fresnes a reçu le gratin parisien, celle de Clairvaux, à  une quinzaine de kilomètres de Bar-sur-Aube, a " ouvert ses portes ", à  partir de 1945, à  des centaines de miliciens et autres sans grade de la collaboration et du marché noir. Quelques ministres du gouvernement de Vichy, Benoist-Méchin, Xavier Vallat, ou des journalistes dont Robert Brasillach, les ont rejoints dans les sordides " cages à  poules " du grand cloître, censées améliorer le confort des prisonniers sous la IIIe République et supprimées seulement en 1970.

 

C'est dans ce qui reste de cette ancienne abbatiale romane - édifiée à  partir de 1115 par la volonté de saint Bernard, mais démolie au début du XIXe siècle - que révoltés de la Grande Armée, révolutionnaires de 1848, communards de 1871, anarchistes de la fin du XIXe siècle, communistes, tous ont connu les effrayantes conditions de détention dénoncées par Victor Hugo dès 1834. Le socialiste révolutionnaire Auguste Blanqui évoque son " ensevelissement vivant ", tandis que le communiste, Pierre Daix, rappelle combien le système mis en place à  Clairvaux sous l'Occupation était calqué sur celui des camps de concentration allemands.

 

Seuls eurent droit à  un traitement de faveur, en 1890, le duc d'Orléans logé dans le pavillon de chimie du dernier abbé et, de 1947 à  1951, Charles Maurras occupant le petit cloître. Par la suite, des dirigeants algériens du FLN, trois généraux et quelques officiers ayant participé au putsch d'Alger, et des terroristes ont conforté la " spécialisation " politique de Clairvaux.

 

Le centre pénitentiaire actuel, qui reçoit environ 300 prisonniers et dont l'histoire récente a été bouleversée par des mutineries en 1971 (affaire Buffet-Bontemps), en 1974, suivies de deux autres en 2003, illustre le grand mouvement de remise en cause de l'univers carcéral par les sociologues contemporains (lire Historia n° 688, avril 2004), alors même que la Révolution le considérait comme un immense progrès en regard des châtiments corporels pratiqués sous l'Ancien Régime.

 

En 2002, le transfert des bâtiments historiques du ministère de la Justice vers celui de la Culture et de la Communication a été l'événement fondateur de sa résurrection.

 

L'administration pénitentiaire, qui n'utilisait plus la plupart des bâtiments anciens depuis 1971, a mené une campagne de restauration sous l'égide des Monuments historiques et de l'association Renaissance de l'abbaye de Clairvaux. Le bâtiment des convers (XIIe siècle), dans toute la clarté et la pureté de son architecture cistercienne, est désormais ouvert à  la visite, de même que l'" hostellerie des dames " et le bâtiment des fours et des moulins, le grand cloître et le réfectoire des moines (XVIIIe siècle), témoignant de l'extraordinaire vision économique, esthétique et spirituelle de saint Bernard et de ses successeurs. Le site de Clairvaux est aujourd'hui l'un des chantiers patrimoniaux les plus riches et les plus prometteurs. C'est aussi l'un des lieux de mémoire et de réflexion les plus étonnants sur l'expérience de l'enfermement volontaire ou forcé des corps et des esprits, ferment d'évasion spirituelle et d'évolution des sociétés humaines.

 

Par Joëlle Chevé

Clairvaux réhabilitée

01/11/2004 – Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=4871

 

Eric Aupol, Série Clairvaux, # 15, 2002. Photographie couleur

Courtesy Maison européenne de la photographie © Eric Aupol

www.paris-art.com/agenda/expos-photos/d_annon...

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