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De Casque d'or à  Mme Rosa, elle est l'une des icônes du cinéma français, la première méme à  avoir été couronnée par Hollywood. Et malgré les péripéties amoureuses d'Yves Montand, elle est longtemps restée sa "groupie" et sa compagne dans une méme condamnation des totalitarismes. Une fois les yeux ouverts.

Au début des années 1990, un grand mur avait été décoré sur les quais de la Seine à  Paris. On pouvait y retrouver les personnages célèbres du XXe siècle, de Gandhi à  Kennedy, de Churchill à  de Gaulle et, parmi ces centaines de portraits, celui de Simone Signoret. Un visage aux multiples facettes : l'actrice flamboyante de Casque d'or, la pasionaria qui discuta avec Khrouchtchev dans son palais du Kremlin, la groupie d'Yves Montand, l'ex-prostituée de La Vie devant soi ... Tous ces rôles qu'elle a joués et vécus avec sa drôle de voix chuintante dans l'éclatante beauté de sa jeunesse comme dans la maturité et la vieillesse assumées. Ce destin de femme débute le 25 mars 1921, jour de sa naissance à  Wiesbaden, en Allemagne, où son père est officier dans l'armée française d'occupation.

De retour en France, toute la famille se retrouve à  Neuilly, où la petite Simone passe, avant la déclaration de guerre, une adolescence protégée. Dans son autobiographie, La nostalgie n'est plus ce qu'elle était , publiée en 1976, Simone situe ses premiers pas au cinéma en 1941. Un soir de mars, au lieu de rentrer directement chez elle, après son travail au journal Les Nouveaux Temps , elle pousse la porte du café de Flore, à  Saint-Germain-des-Prés, où elle découvre un autre monde avec de futurs écrivains, chanteurs, comédiens : Roger Blin, Raymond Bussières, Mouloudji, Jean-Louis Barrault, toute " la collectivité du Flore ", comme la qualifiait Jean Gabin. Sur recommandation d'un ami assistant opérateur, elle est bientôt convoquée pour un tournage. On la place dans le fond d'un décor de bar pour le film Le Prince charmant, de Jean Boyer. Pour cette première figuration, Simone a abandonné le nom de son père, Kaminker, pour celui de sa mère, Signoret. Et les assistants qui la font travailler au cours de ces années de guerre n'insistent jamais quand elle affirme avoir oublié chez elle le sésame du métier, la carte du COIC (Comité d'organisation des industries du cinéma) délivrée avec l'aval de la Propagandastaffel attestant de l'aryanité du porteur. Et pour cause. Simone est juive par son père. Celui-ci, fils d'un Juif polonais et d'une Juive autrichienne, s'est réfugié à  Londres, laissant sa famille en France - il exercera après la guerre le métier de traducteur à  l'ONU.

C'est parce que la scripte l'a repérée dans le fond du café que Simone fait une deuxième figuration, à  nouveau pour Jean Boyer, dans Boléro, dont Arletty est la vedette. Simone obtient ensuite un rendez-vous avec Marcel Carné qui recrute pour Les Visiteurs du soir . Elle est dans la foule, du début à  la fin du film. Pendant l'été 1945, elle fait encore une figuration dans Les Démons de l'aube, d'Yves Allégret - qui deviendra son mari et le père de sa fille, Catherine. Une fois la France libérée, elle décroche son premier vrai rôle en 1946 dans Macadam de Marcel Blistène, qui déclarera au moment de la mort de l'actrice : " On ne pensait pas qu'elle aurait un impact aussi fort. Les distributeurs ont tout de suite voulu axer la publicité sur elle. " Puis Yves Allégret lui offre de jouer une prostituée dans Dédée d'Anvers. Le film fait un triomphe à  sa sortie en septembre 1948 et les critiques louent le jeu sobre et intense de la comédienne. En revanche Casque d'or de Jacques Becker, tourné en 1951, fait un bide, méme si l'interprétation de Simone Signoret lui vaut sa première récompense internationale : un British Film Academy Award, le césar britannique.

L'échec commercial de Casque d'or la touche peu : elle file alors le parfait amour avec un chanteur qui a un an de moins qu'elle : Yves Montand. De plus, le film suivant, Thérèse Raquin, de Marcel Carné, partage en 1953 le Lion d'or à  la Mostra de Venise avec La Strada de Fellini. Elle enchaîne avec Les Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot (1954), La Mort en ce jardin de Luis Bunûel (1956), Les Sorcières de Salem de Raymond Rouleau (1957), adapté de la pièce d'Arthur Miller, où elle est à  l'affiche avec Montand, puis... plus rien. Elle se retrouve, à  37 ans, " au creux de la Nouvelle Vague ", comme elle dit. " La quarantaine, en cette fin des années cinquante - est-ce d'ailleurs propre à  ces années-là  ? - mérite doublement son appellation ", écrivent Hervé Hamon et Patrick Rotman dans Tu vois, je n'ai rien oublié (Seuil-Fayard). " Les producteurs traquent férocement l'altération de celle qu'ils ont feint d'adorer. " C'est alors que Simone Signoret répond à  l'invitation d'un Britannique, Jack Clayton, pour tourner en Angleterre Room at the Top . Elle est Alice Aisguill, une dame plus très jeune, " intelligente, généreuse, compréhensive, maternelle, sexuellement libérée, socialement sans préjugés ", écrit Simone, dans son autobiographie, comme s'il s'agissait de son propre portrait.

Le film fait un triomphe en Angleterre (normal, il est adapté d'une célèbre série télé dans ce pays) et sort discrètement en France sous le titre Les Chemins de la haute ville . Au Festival de Cannes, Simone Signoret reçoit pourtant le prix d'interprétation des mains d'André Malraux. L'aventure d'Alice ne s'arréte pas là . Aux Etats-Unis, en mars 1960, les nominations pour les oscars décernés en avril, sont rendues publiques. Elle fait partie des cinq comédiennes sélectionnées pour le titre de meilleure actrice. " En 1960, l'oscar, c'est le prix Nobel du cinéma, notent Hamon et Rotman. Une récompense unique au monde et très rarement accordée à  qui n'est pas de langue anglaise, du pays, du sérail... bref, d'Hollywood. " Cette nuit du 4 au 5 avril 1960, tandis que Montand, qui vient de triompher à  New York, chante A Paris pour les invités de la cérémonie, Charlton Heston est sacré meilleur acteur pour son rôle dans Ben Hur," On était arrivé au moment de la meilleure actrice, raconte Simone. Il n'y avait aucune raison pour que les voix eussent choisi aussi souvent la grande superproduction et en méme temps la vieille Alice d'un petit film à  petit budget, confectionné à  Shepperton Studios. " " And the winner is... Simoeun Siggnoret ! ", proclame Rock Hudson. qui obtient à  cet instant le dixième des onze oscars qu'il a reçus.

La vieille Alice a encore de beaux jours devant elle... Elle a perdu sans trop de regret la jeunesse de Casque d'or, elle avance vers la cinquantaine sans rien cacher de ce corps qui l'a gâtée et qui désormais se gâte. Et elle trouve de grands rôles avec Jean-Pierre Melville pour L'Armée des ombres (1969) ; Pierre Granier-Deferre pour La Veuve Couderc1971) ; René Allio pour Rude journée pour la reine (1973) ; Alain Corneau pour Police Python (1976), où elle interprète une vieille dame dans un fauteuil roulant. A cette occasion, elle joue pour la dernière fois avec Yves Montand. (

Simone Signoret rencontre Montand le soir du 19 août 1949 à  Saint-Paul-de-Vence, à  la Colombe d'or, où il vient dîner un jour de relâche d'une tournée d'été. Il est avec son pianiste Bob Castella et son guitariste Henri Crolla, que Simone a croisé au Flore pendant la guerre. Elle est en vacances dans la maison d'Yves Allégret avec sa fille, Catherine, 3 ans, et le fils d'Allégret, 14 ans. Le lendemain, Montand est là  pour le déjeuner. Le soir, Simone descend à  Nice pour l'entendre chanter. " Je ne veux pas tomber dans Intimité ou Nous deux , écrit-elle dans son autobiographie. En quatre jours, il s'était passé une chose fulgurante, indiscrète et irréversible. " De retour à  Paris, les amoureux trouvent un nid par l'intermédiaire du couple Crolla qui loge à  l'hôtel Henri-IV, dans l'île de la Cité. " J'étais enceinte jusqu'aux dents, raconte Colette Crolla à  Hervé Hamon et Patrick Rotman. Il nous fallait un logement plus grand. Quelqu'un nous a signalé une librairie à  louer à  côté de notre hôtel. Nous avons visité, c'était superbe mais trop cher pour nous. Et nous avons refilé le tuyau à  Yves et Simone. " Ainsi naît " la Roulotte ", surnom donné à  cet espace coincé entre le quai des Orfèvres et le n° 15 de la place Dauphine. Dans le minuscule bureau du libraire, côté Dauphine, on installe un lit d'appoint pour Catherine. La vitrine, côté quai, se transforme en baie. Une pièce au-dessus procure une chambre aux amoureux avec une petite fenétre donnant sur la Seine.

Le deuxième nid du couple se situe à  Autheuil-Authouillet, entre Pacy-sur-Eure et Louviers, à  quatre-vingt-dix kilomètres de Paris. Durant l'hiver 1953, Montand et Signoret découvrent une grande maison blanche sobrement coiffée d'un trapèze d'ardoises. Ils y recevront pendant vingt ans tous leurs amis. " Yves et Simone nous ont amenés là -bas, raconte François Périer à  Hamon et Rotman. Reggiani, José Artur, [Pierre] Brasseur, bref la bande, pour solliciter notre approbation. " " Certains week-ends, raconte José Artur, dans Micro de nuit (Stock), il y avait près de vingt clients, pension complète. Les enfants et les chiens étaient admis et méme recherchés. " Des amours naissent à  Autheuil : Jacques Becker y épouse Françoise Fabian en 1959. Des livres y sont élaborés et des scénarios fignolés par Costa-Gavras, Resnais, Corneau, Semprun... y pratique le tir dès l'aurore.

Au début de leur amour, Simone se définit comme une " groupie " de Montand - elle dit " Montand ", puisqu'elle dit " Yves " en parlant d'Allégret. Groupie peut-étre, mais pas idiote. " Montand est un monument dans le paysage français, écrit Catherine David dans Simone Signoret ou la Mémoire partagée (Robert Laffont). Il n'est pas sûr qu'il aurait eu un destin aussi exceptionnel s'il n'avait été son mari. " Lui aussi est très amoureux. Dans la revue Comedia2 décembre 1953, le chanteur affirme : " Combien de temps ça va durer, un amour comme ça ? Deux ans, cinq ans, dix ans... Moi, j'espère toute la vie. " Plus lucide, elle a fixé dès le départ quelques règles simples. Elle veut ignorer les péripéties d'un temps d'absence, mais elle pose deux interdits : Danièle Delorme et Jeanne Moreau, de véritables amies. Marilyn Monroe n'était pas son amie. " J'ai été la cocue la plus célèbre du monde ", dira Simone Signoret à  la mort de la star américaine. " Pas une seconde, confiera plus tard Montand à  Hamon et Rotman, je n'ai envisagé de rompre avec ma femme, mais si elle avait, elle, claqué la porte, j'aurais probablement fait ma vie avec Marilyn. " datée du

En ce printemps 1960, tandis que les caméras du monde entier se braquent sur les bungalows 20 et 21 du magnifique parc de l'hôtel Beverly Hills, la 20th Century Fox va exploiter l'idylle Marilyn-Montand pour lancer Le Millionnaire, dans lequel ils jouent tous les deux. Quand, le 30 juin, Montand rentre en France, Simone accueille sans trop de tracas le mari prodigue. Quelque chose pourtant s'est cassé, qu'elle résume ainsi : " Je t'aime, mais je ne suis plus amoureuse de toi. " " C'est à  cette époque que Simone Signoret a commencé à  vieillir ", note Catherine David. Et Montand confie à  Hamon et Rotman : " Ce n'est pas de la sentir vieillir que je ne supportais pas. C'était cette tendance à  l'autodestruction. Etre l'amant de Casque d'or, c'était facile, mais il a fallu beaucoup d'amour pour aimer Mme Rosa. " C'est Mme Rosa, la vieille ex-prostituée de La Vie devant soi, qui s'est vengée de Marilyn. A moins qu'elle ait voulu davantage atteindre le mari infidèle. " Elle n'aura jamais rien su de mon chagrin, ce soir d'août 1962, écrit Simone dans son autobiographie en évoquant la mort de Marylin Monroe. Elle n'aura jamais su combien je ne l'ai jamais détestée, et comme j'avais bien compris cette histoire qui ne regardait que nous quatre [avec Arthur Miller] et dont le monde entier s'est occupé dans un temps troublé où il se passait pourtant des choses plus importantes. "

Ces choses plus importantes ont occupé plus que de raison le couple Montand-Signoret, à  tel point que Catherine Allégret a affirmé : " La politique a fait exploser ma famille. " La rencontre avec Montand, fils d'un ouvrier immigré italien, militant communiste chassé de l'Italie fasciste, réfugié à  Marseille, met Simone au contact direct d'un monde qui était seulement théorique pour la petite-bourgeoise de Neuilly, protégée des aléas de la vie par une ascendance maternelle prospère. Toute l'aventure politique du couple tourne autour de leur relation avec le Parti communiste français, auquel ils n'ont jamais appartenu. En 1950, tout le monde signe l'Appel de Stockholm contre la bombe atomique. Ce texte est lancé par le Mouvement de la paix, impulsé - on le sait aujourd'hui - par l'Union soviétique de Staline en réponse à  l'Alliance atlantique (par ce traité, signé à  Washington le 4 avril 1949 et perçu à  Moscou comme une agression, les Etats-Unis s'engagent à  défendre le Vieux Continent). L'Humanité du 25 mai 1950 publie, sous le titre " Ils ont signé pour l'interdiction de la bombe atomique ", un dessin représentant une farandole où Jean Stock, champion de France de boxe, Serge Reggiani, Simone Signoret, Gérard Philipe et Pierre Brasseur se donnent la main. Le temps passe. Au début de l'année 1956 sort un rapport " attribué à  Khrouchtchev " qui dénombre par millions les victimes du stalinisme. En novembre, l'Armée rouge écrase l'insurrection de Budapest. " En ce qui nous concerne, écrit Signoret, novembre 1956 est le mois le plus triste, le plus absurde, le plus cruel et le plus instructif de nos vingt-sept années de vie commune. "

Montand doit chanter à  Moscou en décembre ! " N'y allez pas ! ", disent Gérard Philipe et Jean-Paul Sartre. " Il faut y aller ", répond Aragon. Simone est contre : " Tu ne pourras plus jamais chanter en France. " Julien Livi, le frère de Montand, communiste orthodoxe, en fait le reproche à  la comédienne : " Tu ne vois pas dans quel état tu le mets, ton bonhomme ? " Finalement, Montand s'envole pour Moscou. Au quatrième soir de son tour de chant, tous les apparatchiks sont là , Khrouchtchev, Molotov, Boulganine, Malenkov... A la fin de la représentation, ils offrent un dîner en l'honneur du couple Montand-Signoret. La discussion, très politique, se prolongera jusqu'à  cinq heures du matin. Fin du compagnonnage avec le communisme.

A l'automne 1969, un an après l'invasion de Prague, Signoret et Montand tournent L'Aveu (lire encadré ci-contre). Le militantisme continue. Des artistes chiliens en fuite aux dissidents russes pourchassés, la Roulotte ne désemplit pas. Militante, Simone ? " Non, répond-elle. Un militant, c'est quelqu'un qui est poussé à  agir par ses convictions profondes, mais qui reçoit aussi quelquefois des ordres qu'il n'a pas à  discuter. Nous, nous ne recevons ni ordres ni instructions. Nous avons nos coups de coeur. " Quand cette dame de coeur s'éteint, à  l'âge de 64 ans, rongée par un cancer, une autre pasionaria des arts et lettres, Marguerite Duras, lui façonne un hommage à  la mesure de sa renommée : " On dira "l'époque Signoret" pour parler de celle qui part des années cinquante jusqu'à  nos jours. "

Par François Quenin



1921

Naissance à  Wiesbaden.

1941

Débuts au cinéma.

1948

Mariage avec Yves Allégret.

1951

Mariage avec Yves Montand.

1960

Oscar de la meilleure actrice.

1978

César de la meilleure actrice.

1985

Décès à  Autheuil, en Normandie.



" [A Vannes, en 1939]. Nous avions comme professeur une femme merveilleuse, Mme Samuel. Le programme était passionnant, parce qu'on était en train de le vivre. Il commençait, je crois, en 1917, à  la Révolution russe [...]. Un jour, Mme Samuel [...] a été mutée en cours d'année. Cette femme m'a terriblement manqué. En 1947, j'ai été sollicitée par deux jeunes écrivains de mes amis pour vendre à  leur stand du Comité national des écrivains. Il y avait dans la salle des pancartes avec le nom des auteurs et, parmi eux, je vois celui de Lucie Aubrac. En pleine guerre, alors qu'elle était enceinte, son mari résistant venait d'étre arrété en méme temps que Jean Moulin. Elle est aussitôt allée chez Barbie, au siège de la Gestapo de Lyon, et elle leur a fait un cirque fabuleux : "Ce type que vous avez arrété, j'en ai rien à  foutre, vous pouvez le fusiller. Mais c'est un salaud qui m'a violée et engrossée. Je veux qu'il m'épouse, de gré ou de force, et que mon enfant ait un nom. Après, vous en ferez ce que vous voudrez." Et ils ont marché ! Comme le mariage ne pouvait se faire à  la prison, la Gestapo a organisé un transport, et la Résistance a attaqué le fourgon [...] : c'est comme ça que Lucie Aubrac a fait évader son mari. Quand j'ai vu sa pancarte, je me suis dit : "Je veux voir la téte qu'elle a, cette bonne femme." Je passe sous les tréteaux : j'étais devant Mme Samuel. "

Simone Signoret, La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (Points Actuels).



Dans les années 1950, Yves Montand pose avec Simone Signoret et sa fille Catherine, née d'un premier mariage avec Yves Allégret. Celui-ci offre à  sa bien-aimée son premier grand rôle dans Dédée d'Anvers (1948), après qu'elle eut joué pendant la guerre les figurantes, notamment dans le film mythique de Marcel Carné, Les Visiteurs du soir .

" Comme il racontait bien, Arthur Miller, comment elle l'avait sorti des catacombes antimaccarthystes en 1955 ! Comment elle était venue incognito avec lui à  Washington, alors qu'il allait passer devant la Commission des activités antiaméricaines. Comment la presse avait eu vent de la présence en ville de "la Blonde". Comment elle avait pris son temps (il lui fallait trois heures : je le sais, je l'ai vécu), pour se transformer en Marilyn, et finalement apparaître telle que ces trois cents requins l'attendaient, minaudante et susurrante. Elle leur avait demandé de quel droit ils prenaient le droit de lui demander des comptes à  propos de son amour. Si elle l'aimait, c'était parce qu'il était respectable, bon, honnéte et au nom de quoi était-il contraint de passer pour un accusé devant un tribunal de guignols fascisants ? [...]. "

Simone Signoret, La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (Points Actuels).



" Pendant les vacances de Pâques, maman nous fait "Oscar" à  Hollywood. Et ce n'est pas rien, cette récompense. Elle est la première actrice française à  l'obtenir en langue anglaise, et ses collègues de nomination ne sont pas n'importe qui : Elizabeth Taylor, Katharine Hepburn, Audrey Hepburn et Doris Day. Cela nous fait le plus beau des réveils en fanfare à  Autheuil. La porte du dortoir de l'aile s'ouvre très tôt ce matin du 5 avril 1960, sur une Marcelle [la cuisinière] triomphante et heureuse, vraiment heureuse pour sa patronne. "Ah, c'à y est ! elle a gagné !" [...] Et puis maman revient. Pour l'accueillir [...], nous avons l'idée de barrer l'entrée du portail avec un ruban d'inauguration fait de pommes enfilées sur une ficelle, ruban qu'elle coupe à  l'aide de la paire de ciseaux que je lui tends. La cour [...] est décorée de banderoles en papier sur lesquelles sont écrits des jeux de mots [...] du type : Os ! car ma gnole est vide ! Os ! car à  pattes !... "

Catherine Allégret, Les Souvenirs et les Regrets aussi... (J'ai Lu).



En 1957, durant la tournée d'Yves Montand dans les pays de l'Est, il arriva à  Simone Signoret une bien étrange aventure dont elle mit des années à  connaître le fin mot.

En Tchécoslovaquie, les autorités annulèrent le concert prévu à  Bratislava. Or Simone avait une cousine dans cette ville de Slovaquie, Josepha Slanska. Elle appela Simone, à  Prague, qui remarqua à  peine le ton pressant de sa parente et la classa parmi " les emmerdeuses qui, se découvrant des liens de parenté avec des gens célèbres, veulent briller dans leur quartier ". Mais un jour de 1966 à  Londres, alors que l'actrice jouait Lady Macbeth, la cousine de Bratislava lui téléphona pour lui dire qu'elle était dans la capitale britannique. Rendez-vous fut pris pour le lendemain. Josepha1945. Lui, un avocat nommé Oskar Langer, avait été arrété pour déviationnisme, comme beaucoup d'autres, en 1952. Lorsque Simone lui fit remarquer qu'à  New York ils auraient eu des ennuis avec le maccartysme, la cousine se leva en disant que les gens comme elle, ça ne savait " vraiment rien ". A l'automne 1968, après l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'Union soviétique, Simone reçut une lettre de sa parente : " J'espère qu'aujourd'hui tu as compris la différence. J'ai traversé la frontière il y a quarante-huit heures entre les tanks et les fusils russes. " En mars 1969, Simone Signoret lut enfin l'autobiographie de Josepha Slanska et l'histoire de son mari, qu'elle n'avait pas voulu entendre à  Londres. " J'ai eu formidablement honte ", avoue Simone dans ses mémoires. Elle écrivit à  sa parente pour lui demander de lui pardonner. Celle-ci, qui s'était expatriée en Suède, lui raconta le fin mot de l'histoire de Bratislava. Elle était venue à  Prague en 1957 voir le couple Montand-Signoret, alors que son mari était en prison. Mais se sachant suivie, elle n'avait pas osé leur parler dans le grand hôtel où ils étaient descendus, pensant les rencontrer à  Bratislava. " J'affirme aujourd'hui, poursuit Signoret, que pendant cette semaine du mois de février 1957, à  Prague, tout a été mis en place pour que la rencontre entre la femme du prisonnier Oskar Langer, et sa cousine, femme du chanteur Yves Montand, soit rendue impossible. La mission avait été accomplie. Elle avait débuté par notre prise en charge dès la frontière. Elle s'acheva au moment où les neuf que nous étions attachèrent leur ceinture dans l'avion qui nous emmenait vers Budapest. A ce moment-là  [...] les chargés de mission ont dû pousser un grand "ouf". " raconta qu'elle et son mari, jeunes socialistes tchèques, après avoir fui en Amérique devant l'invasion nazie, étaient rentrés au pays en

Simone Signoret profite de sa notoriété pour défendre la plus petite cause au nom de la dignité humaine et de la justice. Elle soutient les boat people vietnamiens , manifeste contre le Front national, l'antisémitisme et le racisme Actrices et Acteurs de cinéma (36) , s'inquiète du sort des réfugiés chiliens pendant la dictature de Pinochet, etc. Au moment de la guerre d'Algérie, elle est du Manifeste des 121 affirmant le droit à  l'insoumission contre l'Etat. " J'étais le type méme de l'intellectuelle de gauche, confiait-elle, avec ce que cela comporte d'un peu ridicule, mais aussi de généreux. "

 

L'Aveu de Costa-Gavras (1970) est l'histoire d'Arthur London, communiste tchèque, combattant des Brigades internationales pendant la guerre d'Espagne, déporté par les nazis à  Mauthausen, vice-ministre des Affaires étrangères arrété à  Prague en 1951, torturé par les sbires de Staline, condamné à  la détention perpétuelle et réhabilité en 1958. Montand incarne London et Signoret, son épouse. " On devine, écrit Jean de Baroncelli dans Le Monde du 2 mai 1970, qu'ils ont été directement concernés par le thème du film. "

 

Simone Signoret : la dame de coeur

01/10/2005Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=9028


Crédit photographique - Simone Signoret

www.news-de-stars.com/simone-signoret/index.htm


Amélie Hélie dit "Casque d'Or"

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-28782658.html


Sophia Loren

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-36223954.html



Actrices et Acteurs de cinéma (36)

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