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D’août 1937 à novembre 1938, 750 000 personnes sont exécutées en URSS au cours de la « Grande Terreur ». Nicolas Werth propose un remarquable état des lieux de cet épisode tragique de l’histoire soviétique, que l’ouverture des archives permet désormais de mieux connaître.

 

Recensé : Nicolas Werth, L’Ivrogne et la Marchande de fleurs. Autopsie d’un meurtre de masse, 1937-1938, Paris, Tallandier, 2009.

 

La Grande Terreur est le plus grand massacre d’État jamais perpétré en Europe en temps de paix. Étroitement bornée dans le temps – seize longs mois, d’août 1937 à novembre 1938 –, elle s’interrompt comme elle a commencé : par un ordre secret élaboré par Staline et ses plus proches collaborateurs, dont le but explicite est de « déraciner » et d’anéantir les « ennemis » du pouvoir soviétique. En un peu plus d’un an, un million et demi de personnes sont arrêtées, 750 000 d’entre elles sont exécutées : un citoyen soviétique sur cent est incarcéré, un sur deux cents mis à mort. L’historien Nicolas Werth livre ici un remarquable état des lieux de la connaissance de cet épisode tragique de l’histoire soviétique, dont la nature, les buts et les mécanismes n’ont cessé d’être débattus.

L’ouverture des archives soviétiques depuis les années 1990 a bouleversé profondément la connaissance de la Grande Terreur. Avec une grande dextérité, Nicolas Werth invalide ou prolonge ici certaines des hypothèses avancées par une historiographie très conflictuelle depuis les années 1960. Le rôle de Staline – ce « dictateur paranoïaque [1] » –, le décompte des victimes, la dynamique auto-entretenue du processus répressif – cette « fuite en avant vers le chaos [2] » –, demeurent au cœur des recherches actuelles. L’accès aux archives, encore partiel et difficile, a cependant fait surgir d’autres chantiers : l’investigation monographique des variations géographiques de l’intensité de la répression, la marge d’autonomie des instances locales qui en ont la charge, la description socio-historique des perpetrators – anglicisme que l’auteur préfère à juste titre à celui de « bourreaux » –, la sociologie et les processus de désignation des victimes. Nicolas Werth accompagne le lecteur sur tous ces fronts, en établissant un bilan provisoire. L’ouvrage est aussi conçu comme un livre-hommage : dans le prolongement des travaux de l’association russe Memorial [3], il se construit comme une histoire des « petites gens », des « gens ordinaires » happés par le mécanisme de la Grande Terreur (p. 15) – tels cet ivrogne ou cette marchande de fleurs artificielles d’un cimetière de Leningrad, fusillés l’un pour avoir brisé accidentellement un portrait de Kalinine, l’autre pour avoir soi-disant répandu des rumeurs d’inhumations massives. Pour toutes ces raisons, l’ouvrage s’articule autour de traductions de textes souvent inédits ou difficilement accessibles au lecteur français. Le plan suivi est de ce fait presque imposé. Après un chapitre consacré aux purges de l’appareil soviétique, l’auteur s’intéresse aux origines de la Grande Terreur, à sa mise en œuvre, puis à la sociologie des exécuteurs et des victimes ...

La grande terreur (PDF - 195.5 ko)

par Romain Ducoulombier

 

 

 



 

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