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Archives de presse du 2 mai 2006 - En 1954, l' «affaire des fuites» déstabilisa le ministre de l'Intérieur de l'époque

Comme en un lointain miroir, l'année 1954 tend l'affaire des fuites en guise de reflet pour l'affaire Clearstream. Au début de juillet, Jean Dides, un commissaire chargé de surveiller le PCF, signale que le dernier compte rendu du Comité de défense nationale a été communiqué au Parti, où le bureau politique en a effectué une lecture détaillée. En pleine conclusion de la guerre d'Indochine, la fuite est colossale. Dides a un suspect: François Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur. Le président de la République, René Coty, est informé le 8 juillet. Pierre Mendès France, qui dirige le gouvernement, charge son directeur de cabinet d'enquêter discrètement et ne prévient pas Mitterrand des soupçons qui pèsent sur lui.

Pendant ce temps, Dides, via le gaulliste Christian Fouchet et un député de Paris, Jean-Louis Vigier, fait passer l'information à quelques journalistes, dont Jean Ferniot, de L'Express. Presse et enquêteurs disculpent rapidement Mitterrand: des fuites ont eu lieu avant qu'il soit ministre et siège au Conseil de défense. Mais la rumeur persiste. Le 8 septembre, Mitterrand en est enfin averti par PMF et s'offusque de la méfiance qu'on lui a témoignée. «Il faisait son métier. Je ne l'ai jamais tenu pour déloyal», dira-t-il quarante ans plus tard à son biographe, Jean Lacouture. Mais les témoins de l'époque rapportent une rancœur tenace.

Mitterrand fait arrêter Dides, qui prétend avoir intercepté des notes prises pendant le dernier Conseil de défense et transmises au PCF. Une rapide enquête montre que le coupable - involontaire - est Jean Mons, secrétaire général du Conseil, dont deux collaborateurs opposés à la guerre d'Indochine dérobaient les carnets à l'issue des réunions, les recopiaient et transmettaient les doubles à un «corbeau», Baranes, homme de Dides infiltré au PCF et informateur de presse, qui les maquillait pour les attribuer à une source politique.

Le 3 décembre, Mitterrand est sérieusement chahuté à l'Assemblée. Mendès vole à son secours. Cet acharnement établit que l'affaire des fuites n'est qu'un prétexte. Il s'agit à travers elle d'abattre Mitterrand, qui a osé démettre le préfet de police de Paris Jean Baylot - mentor de Dides - et d'affaiblir Pierre Mendès France, cible croisée des communistes et des gaullistes. En 1956, le procès des fuites a lieu… sans le commissaire Dides, élu quelques semaines plus tôt député poujadiste en compagnie de Jean-Marie Le Pen. Mitterrand y est définitivement blanchi…

Un président de la République et un chef de gouvernement qui font enquêter à son insu sur leur ministre de l'Intérieur, aux ambitions connues; un corbeau, des notes trafiquées et des journalistes dûment alimentés; une affaire qui continue alors que l'innocence du suspect est établie: la parenté entre les «fuites» et Clearstream est édifiante. Aussi parce que les coups montés ont souvent des mécanismes jumeaux. En décembre 1954, François Mauriac, qui soutint sans faille Mitterrand, cita, dans son Bloc-notes de L'Express, le cardinal de Retz: «En fait de calomnie, tout ce qui ne nuit pas sert à celui qui est attaqué.» Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy est finalement bien servi par la calomnie Clearstream.

Mitterrand dans la tourmente

par Christophe Barbier, publié le 04/05/2006 - mis à jour le 02/05/2006

http://www.lexpress.fr/outils/imprimer.asp?id=482194&k=26

A propos d'une conférence de Mitterand sur les scandales en politique

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-36413773.html

François Mitterand sous l'Occupation

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-34390780.html

La valse des scandales politiques sous les régimes politiques : un délice !

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-36374811.html


 



La République trahie de l'affaire des généraux, l'affaire des piastres, l'affaire des fuites

Marcus, Paul
préface de : Henri Caillavet

Résumé

L'auteur revient sur trois affaires qui ont marqué la IVe République : l'affaire des généraux, l'affaire des piastres et l'affaire des fuites. Cette dernière prend une dimension particulière car elle intervient durant le gouvernement de Pierre Mendès France (juin 1954-février 1955) et met en cause le ministre de l'Intérieur d'alors, François Mitterrand, qui sera innocenté mais restera blessé.

Quatrième de couverture

Prise en étau, dès sa fondation, entre Charles de Gaulle et les communistes, la IVe République (1946-1958) fut une mal-aimée dont, aujourd'hui encore, on masque les réussites (la reconstruction, le modèle social français) pour mieux s'attacher aux guerres coloniales (Indochine et Algérie) qui la minèrent. Paul Marcus évoque ici trois scandales (l'affaire des généraux, l'affaire des piastres et celle des fuites) qui ébranlèrent la République et la déstabilisèrent. L'affaire des fuites prend une dimension particulière car, commencée sous la présidence du Conseil de Joseph Laniel, elle éclate durant le gouvernement de Pierre Mendès France (juin 1954-février 1955) et met en cause le ministre de l'Intérieur, François Mitterrand, qui sera innocenté après une enquête mais demeurera blessé par les soupçons qui ont pesé sur lui.

Fiche technique

  • Reliure : Broché

  • Page : 353 p

  • Format : 22 x 14 cm

 

 



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