Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

2 Thématique

Documents archives du 01/03/2002 - Quarante ans après les faits, l'attentat manqué du Petit-Clamart contre le général de Gaulle, au soir du 22 août 1962, demeure dans les esprits. En revanche, on sait moins que le commando armé avait déjà raté sa cible le matin même, en plein coeur de Paris !

Ce matin là, Jean-Marie Bastien-Thiry, ingénieur en chef de l'armement de l'armée de l'air, réunit dans un café proche du métro Boucicaut son groupe d'irréductibles partisans de l'Algérie française dirigé par le lieutenant déserteur, Alain Bougrenet de La Tocnaye. Un de ses observateurs vient de l'avertir par téléphone que le général de Gaulle, rentrant de Colombey-les-Deux- Eglises, quitte l'aérodrome de Villacoublay en direction de l'Elysée, où il doit présider dans l'après-midi le conseil des ministres. Bastien-Thiry donne l'ordre de mise en place d'une embuscade mobile.

Le Général doit emprunter un itinéraire passant par le rond-point du Petit-Clamart, la porte de Châtillon, l'avenue du Maine, la dernière portion du boulevard du Montparnasse, le boulevard des Invalides, l'avenue du Maréchal-Gallieni, le pont Alexandre III, l'avenue Winston-Churchill, la place Clemenceau et, enfin, l'avenue de Marigny. Alain de La Tocnaye entraîne comme prévu son commando à la rencontre du convoi présidentiel avec l'intention de déboucher par la rue Raymond-Losserand dans l'avenue du Maine juste avant que n'arrive le cortège.

A bord d'une ID bleue conduite par La Tocnaye, deux hommes armés de mitraillettes : Jacques Prévost, ancien sergent parachutiste à Diên Biên Phu et Georges Watin, dit la Boiteuse, que toutes les polices recherchent. Derrière eux, une camionnette 403 Peugeot, avec au volant Pierre Magade, un jeune Algérois déserteur de l'armée de l'air, le sous-lieutenant de réserve Louis de Condé et l'étudiant Pascal Bertin, eux aussi armés. Dans une Estafette jaune de location, immatriculée 650 DM 89, Lazlo Varga, un jeune réfugié politique hongrois . A ses côtés, Serge Bernier, ancien sous-officier du bataillon de Corée, fait office de chef de voiture. Lajos Marton et Gyula Sari, deux autres Hongrois réfugiés de 1956, dont le premier est ancien élève pilote de l'aviation magyare et le second ancien sergent du 2e régiment étranger d'infanterie, grièvement blessé à Diên Biên Phu, se tiennent à l'arrière de la fourgonnette avec Gérard Buisines, qui a, lui aussi, servi dans la Légion étrangère. Bastien-Thiry, lui, ferme le cortège au volant d'une Simca 1000 louée par Georges Watin, immatriculée 8413 MF 75.

Arrêtons-nous sur Gyula Sari. L'homme ne veut pas seulement éliminer le général de Gaulle parce qu'il a précipité l'indépendance de l'Algérie. Il lui reproche aussi de ne pas avoir respecté d'autres engagements lorsqu'il était président du Conseil. En effet, le 23 juin 1958, de Gaulle reçoit à Matignon une délégation d'anciens combattants hongrois venus lui demander de faire pression sur les Soviétiques. Cinq jours plus tôt, ceux-ci ont fait exécuter l'ancien chef de gouvernement Imre Nagy et Maleter, le général qui commandait l'armée magyare en 1956. Gyula Sari, qui porte sa médaille militaire et sa croix de guerre gagnées en Indochine, fait partie de la délégation. Il fait confiance au chef de cabinet de Matignon lorsque celui-ci leur promet l'intercession du Général auprès du Kremlin en faveur des Hongrois. Mais cet engagement reste lettre morte. Sari maudit de Gaulle lorsque celui-ci, le 23 mars 1960, fait tirer 101 coups de canons à Orly en l'honneur de Nikita Khrouchtchev, alors que la plupart de ses amis exilés viennent d'être placés en résidence forcée en Corse. Ce 22 août 1962 est le sien.

La Tocnaye lance l'opération. Au fil des semaines précédentes, des repères chronométriques ont été faits. Mais au lieu de tourner à gauche rue de Vouillé pour s'engager dans la rue Raymond-Losserand, Pierre Magade, enrôlé seulement la veille dans le commando afin de pallier la défection de l'ancien légionnaire Alphonse Constantin, poursuit tout droit dans la rue d'Alésia et perd du temps avant de reprendre sa place devant l'Estafette.

Parvenu dans l'avenue du Maine, La Tocnaye réduit sa vitesse afin de se laisser rattraper par le cortège présidentiel. Jean-Pierre Naudin, étudiant en classe préparatoire à Saint-Cyr au lycée Louis-Le Grand, patrouille les rues alentour au volant d'une 2 CV pour repérer les «voitures-pies» de la police.

Sitôt la voiture du président de la République à bonne distance, Gérard Buisines et Gyula Sari, qui sont armés de fusils-mitrailleurs 24/29, devront ouvrir le feu. Mais arrivés à l'extrémité du boulevard du Montparnasse, toujours rien en vue. Alain de La Tocnaye fait signe à Varga de se ranger un peu avant l'avenue de Varenne, contre le trottoir du boulevard des Invalides, il exécute un demi-tour. Il revient garer son ID avant l'embranchement de l'avenue de Tourville. Là, Louis de Condé, suit la procédure, plus de vingt fois répétée à l'aide de voitures miniatures, et ordonne à Magade de garer la 403. Bastien-Thiry, qui a rangé sa Simca 1000 dans l'avenue de Tourville, gagne l'emplacement de guet d'où, à l'aide d'un journal brandi, il doit donner à Serge Bernier le signal de feu. L'embuscade est en place, lorsque, revenant de l'esplanade des Invalides, un des étudiants disposés en veille sur le parcours présidentiel, annonce à Bastien-Thiry que le général de Gaulle est déjà passé !

Une discussion s'engage alors et l'opération est remise au soir, au moment où le général regagnera Villacoublay. Tout à leur stratagème, les comploteurs ne voient pas venir un policier brandissant son carnet de contraventions et son stylo à bille. S'apercevant qu'il s'est arrêté sur un passage clouté, Bastien-Thiry tend à l'agent son permis de conduire et les papiers de la voiture. Il plaide qu'il va repartir dans l'instant. La Tocnaye y va de son petit couplet patelin. L'agent rengaine stylo et calepin et s'éloigne.

Bastien-Thiry décide que le commando patientera jusqu'au soir dans l'appartement qu'Etienne Ducasse a mis la veille à sa disposition au 185 rue de Vaugirard. Mais au milieu de l'après-midi, La Tocnaye décide de rejoindre à Meudon un petit appartement loué par Monique Bertin au 2 de l'avenue Victor-Hugo. La veille, Louis de Condé, Pascal Bertin et Jean-Pierre Naudin ont garé là-bas les véhicules destinés à assurer le repli du commando après l'embuscade. Ils ont laissé à cet effet, à l'entrée du bois de Meudon, au lieu-dit le Tapis-Vert, une Fiat Nekkar immatriculée 152 GT 60. Devant un dépôt de charbon de la rue Charles-Derby, ils ont garé une Estafette bleue à toit blanc, volée le 9 août rue de Lourmel, et dont ils ont falsifié l'immatriculation. Enfin, ils ont disposé une ID 19, volée elle aussi, au croisement de l'avenue de la République et de la route du Pavé-Blanc.

Dans l'appartement de Monique Bertin, les conjurés revoient une dernière fois le scénario de l'embuscade. Dans le même temps, La Tocnaye a rejoint Bastien-Thiry dans la rue. Il lui suggère de placer l'un des deux fusils-mitrailleurs dans la 403 qui sera, cette fois, conduite par Louis de Condé.

Gyula Sari est un baroudeur soucieux du moindre détail. Tout en regardant par la fenêtre ses chefs discuter fiévreusement sur le trottoir, il a l'impression que quelque chose a changé parmi le matériel. Il passe en revue l'arsenal dont dispose le commando : deux fusils-mitrailleurs 24/29, des munitions en chargeurs et en vrac, une grenade incendiaire et trois feux de Bengale. Il s'arrête sur la bombe de 1350 grammes de pentrite contenus dans une boîte métallique. Il se rend compte que quelqu'un a raccourci la mèche reliée à un détonateur. Serge Bernier, qui est chargé de lancer l'engin sous la voiture du Général n'aura pas le temps de s'éloigner suffisamment. Sari décide de l'empêcher de l'utiliser.

Après avoir refusé de suivre la proposition de La Tocnaye, Bastien-Thiry s'installe dans un café de Meudon. Il attend le coup de téléphone d'un observateur qui doit l'avertir dès que le Général quittera l'Elysée.

Le conseil des ministres dure plus que prévu. La DS présidentielle immatriculée 5249 HU 75, conduite par le maréchal des logis Francis Marroux, ne quitte l'Elysée qu'à 19 h 45. La bruine commence à tomber. La voiture est suivie par une seconde DS (6352 KZ 75) pilotée par le brigadier de police René Casselin. A son bord, le commissaire Henri Puissant, chargé de la sécurité rapprochée du Président en l'absence de son chef, le commissaire Ducret. Le commissaire Henri Djouder, l'un des « gorilles » attitrés du Général, est aussi dans cette voiture, avec le médecin aspirant Jean-Louis Degos. Deux motards de la Préfecture de police suivent les deux Citroën avec consigne de ne les dépasser qu'en cas d'embouteillage et de n'utiliser ni sirène ni sifflet. De Gaulle a horreur de ça.

Aussitôt averti, le lieutenant-colonel Bastien-Thiry gagne un second établissement plus proche de l'appartement de Monique Bertin. Un autre informateur lui précise que le cortège présidentiel gagnera Villacoublay par le Petit-Clamart.

Le commando est vite en place. Après avoir garé sa voiture à l'embranchement de la rue du Pavé- Blanc et de la N 306, qui devient à cet endroit l'avenue de la Libération, Bastien-Thiry se poste au-dessous d'un château d'eau. A 300 m de lui, vers le carrefour de la rue Bourcillière, Lazlo Varga range son Estafette sur le large trottoir de terre battue, l'arrière vers la route.

Un peu avant une station service Antar, Pierre Magade a garé la 403 sur la gauche de l'avenue. Alain Bougrenet de La Tocnaye est embusqué à bord de son ID, dans la rue du Bois, d'où il jaillira aux premiers coups de feu pour couper la route à la DS du chef de l'Etat.

Bien qu'il ne soit que 20 heures, le crépuscule est aussi sombre qu'en automne. Les pavés humides de l'avenue luisent dans la lueur des phares des voitures qui passent. L'épiant au travers d'un interstice pratiqué dans le revêtement de papier gris qui a été collé par souci de discrétion sur les glaces de lunettes arrière de l'Estafette, Serge Bernier ne distingue plus qu'à peine la silhouette de Bastien-Thiry.

Assis dans la DS présidentielle devant Mme de Gaulle, le colonel Alain de Boissieu assume exceptionnellement le rôle d'aide de camp de son beau-père. Le convoi présidentiel est retardé. La N 306 est en travaux. Lazlo Varga, tenaillé par une envie pressante, perd patience au volant de l'Estafette. Il veut sortir. Lajos Marton lui conseille vivement de se retenir. Le jeune homme ne l'écoute pas et s'exécute contre une haie. Soudain, les phares d'une DS ! « Le voilà ! » hurle-t-il.

A ce cri, Bernier, qui n'a pas vu le signal de Bastien-Thiry - celui-ci devait lever son journal à hauteur de son chapeau - ouvre en grand les deux hayons arrière de l'Estafette. Sari tire une première rafale au jugé. Buisines tire à son tour. La DS présidentielle zigzague au travers des gerbes d'étincelles arrachées aux pavés par les impacts de balles.

Varga s'empare du pistolet qu'il avait caché sous son siège. Lajos Marton saute de la camionnette avec un pistolet-mitrailleur Thompson de calibre 11.43. La DS 21 passe à cinq mètres de lui. Mais l'ancien élève de l'école de l'Air magyare est gaucher et il perd une seconde à chercher le levier d'armement prévu pour un droitier.

Le colonel de Boissieu ordonne à Marroux d'accélérer. Celui-ci obtempère tout en se baissant pour échapper aux balles. Puis, Boissieu se retourne vers ses beaux-parents. Il aperçoit les silhouettes des tueurs.

La DS tangue à cause de ses pneus arrière crevés. Sari est certain que La Tocnaye va lui couper la route. Le Hongrois tire une rafale d'intimidation au ras du premier motard. Celui-ci, Robert Herry, ne s'arrête pas. Sari ajuste son tir au-dessus de sa tête. Une des balles frappe le casque du policier qui fait un écart brusque. Il ralentit sa course, et rejoint par son compagnon, accélère afin de rattraper le cortège.

Le chauffeur du Président parvient à l'embranchement de la rue du Bois. A cause du moteur poussif de son ID, La Tocnaye n'a pas encore jailli. Apercevant le capot de l'ID dans la pénombre, le colonel de Boissieu se retourne une nouvelle fois vers son beau-père en hurlant : « Mon père : baissez-vous ! »

Le Général obéit. Sa nuque et ses larges épaules disparaissent juste au moment où Georges Watin lâche sa première rafale. Et manque ! La Boiteuse ajuste un peu mieux son deuxième tir. Une balle fait éclater la vitre arrière gauche de la DS.

La Tocnaye a beau hurler « Tu l'as eu ! ». Watin tient à achever le travail. Mais son arme s'enraye. Il change de chargeur en une seconde, tire encore et touche le volant d'une Panhard dont le conducteur, M. Fillon, bien que légèrement blessé à la main, réussit in extremis à éviter la DS présidentielle.

Georges Watin tire encore sur les motards en hurlant à La Tocnaye de poursuivre sa cible jusqu'à la base de Villacoublay. Mais le chef du commando ne lui obéit pas. Au lieu de tourner à droite, il poursuit la route en direction de Bièvres.

Tandis que, miraculeusement indemne, le général de Gaulle s'envole pour Saint-Dizier, les conjurés du Petit-Clamart se dispersent par petits groupes. Bastien-Thiry regagne son domicile à Bourg-la-Reine. Dans les semaines qui suivent ce fiasco, autant dû à la malchance qu'aux choix tactiques de Bastien-Thiry, les conspirateurs sont arrêtés après une enquête rondement menée.

Alors que Georges Watin et la plupart des conjurés du 22 août 1962 avaient la ferme intention d'exécuter le président de la République, Bastien-Thiry plaide une tentative d'enlèvement au long d'un procès fleuve qui se termine le 4 mars 1963 par sa condamnation à mort et, sept jours plus tard, par son exécution.

L'émotion causée par cette opération, décidée par le seul Bastien-Thiry, permettra au pouvoir d'imposer plus facilement par référendum l'élection du président de la République au scrutin universel, à laquelle le miraculé du Petit-Clamart songeait depuis longtemps déjà.


Tentative de meurtre en deux actes... manqués

Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=14655


Bastien-Thiry, le dernier des fusillés

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32963994.html


Crédit photographique – l'attentat du Petit-Clamart

www.histoire-en-questions.fr/personnages/de%2...

Commenter cet article

Jean DEGOS 25/03/2011 20:37


L'aspirant est Jean-Denis Degos et non Jean-Louis (c'est mon père)


27/03/2011 10:20



Laissé par : Jean DEGOS avant-hier à 20h37


Email : degos.jean@wanadoo.fr