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Documents archives du 01/03/2007 - Lille, dimanche 22 novembre 1936. Devant l'hôtel de ville, une immense foule, comme la capitale du Nord n'en a jamais vu, se rassemble pour rendre un dernier hommage à Roger Salengro, qui s'est suicidé cinq jours plus tôt, vaincu par la calomnie. La voix brisée par l'émotion, Léon Blum explique la souffrance de son ami : « Comment confondre la calomnie ? On s'épuise à chercher le moyen d'établir la vérité, on ne trouve pas. Il n'y a pas d'antidote contre ce poison. Une fois versé, quoi qu'on fasse, il continue d'agir dans le cerveau des indifférents, des hommes de la rue. Il pervertit l'opinion par le goût du scandale. Tous les bruits infamants sont soigneusement recueillis et colportés. On juge inutile de vérifier, de contrôler. On écoute, on répète, sans se rendre compte que la curiosité et le bavardage engendrent la médisance, la médisance la calomnie, et que celui qui publie la calomnie se rend complice du calomniateur. » Puis le cortège se dirige vers le cimetière suivi par un demi-million de personnes. Roger Salengro avait 46 ans. Excellent orateur, député-maire socialiste de Lille, il y a construit des logements sociaux, des écoles, des égouts, un hôpital, un palais des expositions. Mais il est attaqué en 1931 par le journal communiste L'Enchaîné, qui l'accuse d'être passé à l'ennemi en 1915, d'avoir été jugé par contumace et de n'avoir dû son acquittement qu'à l'intervention d'un capitaine membre de la section lilloise du parti socialiste. « Autrement, voilà à peu près douze ans que Roger Salengro aurait reçu douze balles dans la peau. » En réalité, Roger Salengro, engagé volontaire en 1914, s'est battu courageusement jusqu'au 7 octobre 1915, date où il a été fait prisonnier en allant chercher, au péril de sa vie et avec l'autorisation de son supérieur, les papiers d'un camarade tombé devant les lignes ennemies. Ce sont les Allemands qui l'ont fait passer en conseil de guerre pour refus d'aller travailler dans une usine d'armements et incitation de ses codétenus à la désobéissance. Il a été interné en Bavière dans un camp disciplinaire où il a perdu trente kilos. En 1934, communistes et socialistes, oubliant leurs dissensions du congrès de Tours, constituent le Front populaire, qui remporte les élections de mai 1936. Ministre de l'Intérieur du gouvernement Blum, Roger Salengro fait voter le 19 juin 1936 la dissolution de ligues fascistes. Pour l'extrême droite, il devient l'homme à abattre. Le 10 juillet, un député conservateur de Lille, Henri Becquart, ressort le dossier de L'Enchaîné et demande à Edouard Daladier, ministre de la Guerre, d'enquêter sur le soldat Salengro. Il récupère l'affaire en l'aggravant. Selon lui, non seulement les papiers du camarade tué n'étaient qu'un prétexte pour déserter, mais encore Salengro aurait bien été condamné à mort à ce titre. L'Action française, le 14 juillet, puis Gringoire, le 21 août, reprennent l'information et mettent Salengro au défi de se justifier. Le 28 août, celui-ci réplique en affirmant qu'il n'a été condamné que par un conseil de guerre allemand. Gringoire insère la réponse, mais publie une déclaration de son colonel alléguant qu'il a été condamné à mort pour désertion. En fait, à son insu puisqu'il était prisonnier, Salengro a bel et bien été jugé aussi par un conseil de guerre français, mais acquitté. Hector de Carbuccia, directeur de Gringoire, ravi de voir le tirage de son journal augmenter, trouve dans l'affaire Salengro une aubaine. Une commission d'enquête officielle a beau conclure au caractère définitif de l'acquittement, Gringoire hausse le ton. Le 13 novembre, la Chambre des députés rejette une nouvelle interpellation de Becquart. L'extrême droite ne désarme pas pour autant, et Xavier Vallat, futur commissaire de Vichy aux Questions juives, déclare qu'il « n'y a pas d'exemple qu'un scrutin mette fin à une campagne de presse ». Désespéré, Roger Salengro se suicide au gaz le 17 novembre. Il laisse une lettre à Léon Blum : « J'ai lutté vaillamment, mais je suis à bout. S'ils n'ont pas réussi à me déshonorer, du moins porteront-ils la responsabilité de ma mort. Je ne suis ni un déserteur ni un traître. Mon parti a été toute ma vie et toute ma joie. »

Par Alain Frerejean

Surtitre : La saga des corbeaux

L'affaire Salengro

01/03/2007 -Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=18506

Crédit photographique – Les obsèques de Salengro

http://pagesperso-orange.fr/savoir-plaisir/histoire/images/Salengro.jpg

La rumeur assassine

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-30286764.html

Yves Boisset « retrace l'Affaire Salengro »

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-30239699.html

 

 

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