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Document archives du 1er mars 2007 - Préfet de la Seine dans les années 1880, il réglemente le "dépôt et l'enlèvement des ordures ménagères" et inaugure le tri sélectif !

Eugène-René Poubelle naît à Caen le 15 avril 1831. Son père est chef de bureau à la mairie de la ville. Après des études de droit, le jeune homme débute une carrière universitaire. C'est un républicain intransigeant, opposant farouche au Second Empire. En 1870, il s'engage dans l'artillerie et participe aux combats de Champigny, Bauget et Bougival qui lui valent la médaille militaire.

Avec l'appui de ses amis républicains, Poubelle intègre le corps préfectoral en 1871, un poste qui n'est pas de tout repos du fait de la double opposition virulente des bonapartistes et des royalistes. Il est successivement préfet de la Charente, de l'Isère et de la Corse, avant de démissionner, le 25 mai 1873, consécutivement à la chute de Thiers. Il reprend alors son poste d'universitaire et se marie en 1875 avec la fille d'un sénateur. L'arrivée, avec Gambetta, d'une majorité républicaine à la Chambre, en 1876, le remet en selle. Préfet du Doubs en 1878, puis des Bouches-du-Rhône, il est nommé le 13 octobre 1883« la plus belle barbe blonde de la République », excellent orateur, on le compare à « un Henri IV en redingote ». à la préfecture de la Seine : une consécration. Toujours tiré à quatre épingles et orné de

Le poste est envié mais difficile. Pouvoir et responsabilité doivent se partager à la fois avec le préfet de police et un conseil municipal soucieux de ses prérogatives. Il s'agit aussi de succéder au baron Haussmann dont les grands travaux ont bouleversé Paris ces seize dernières années, lui laissant à résoudre d'immenses problèmes de distribution d'eau, de voirie, d'enlèvement des ordures ménagères. Cette dernière question est la hantise des pouvoirs publics. Au Moyen Age déjà, les « boues de Paris » et la puanteur de la capitale étaient célèbres. Au XVIIe siècle, le lieutenant général de police de Paris s'était attaqué au problème, enjoignant aux riverains de balayer devant chez eux et de faciliter l'enlèvement des « boues » par les « éboueurs ». Très tôt, on a compris la nécessité de passer du tas d'ordures au récipient fermé. Un édit de François Ier de 1539 incite ainsi les Parisiens à mettre leurs ordures « en panniers ou mannequins » (hottes). L'édit était resté lettre morte puisqu'en 1789, il est de nouveau proposé de remplacer les bornes au pied desquelles on dépose les ordures par des récipients fixes disposés devant chaque immeuble. Le XIXe siècle, avec ses épidémies de choléra, de typhoïde, se doit de résoudre la question. A Lyon, on commence à disposer des caisses à ordures à chaque étage des grands immeubles. Mais à Paris, rien ou presque. Le nouveau préfet Poubelle va mener là son plus grand combat. L'arrêté du 24 novembre 1883, complété par celui du 7 mars 1884, institue et réglemente avec précision « le dépôt et l'enlèvement des résidus du ménage ». Ceux-ci devront être obligatoirement disposés dans des « boîtes à ordures », récipients métalliques avec plus tardivement un couvercle, en fer galvanisé, aux dimensions et poids codifiés. Un tri sélectif est même institué pour les débris de verre et de porcelaine (l'idée d'un tri pour les coquilles d'huîtres est abandonnée). Tout cela aurait pu ne laisser qu'une faible empreinte dans l'histoire de Paris si l'arrêté du préfet ne s'était heurté d'emblée aux concierges et à la puissante corporation des chiffonniers. Les premiers protestent contre le surcroît de travail. Les seconds, qui recyclent par tonnes entières chiffons (pour le papier), ficelles, cuir, ferraille, cheveux, os, bouts de cigares (revendus au marché aux mégots), dénoncent une privation de leur gagne-pain. Le combat est homérique. (De fait, les chiffonniers pourront continuer leur industrie.) La Chambre des députés s'émeut. La presse brocarde le préfet comme si cette grave question n'était qu'un caprice ridicule des pouvoirs publics. Quant aux chiffonniers, aux concierges, aux titis parisiens, ils se vengent en rebaptisant « poubelles » les nouvelles boîtes à ordures - laquelle a un tel succès qu'elle entre dans le Larousse dès 1890. Mais Poubelle avec une majuscule tiendra bon. Peu reconnaissante, la Ville de Paris a donné son nom à une rue minuscule, près du pont de Grenelle. Quant à sa ville natale, elle l'a totalement oublié. L

Poubelle

01/03/2007Historia

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=18541



Par Claude Quétel

Nationalité : France

Né(e) à : Bernières-sur-Mer, Calvados , le 30/12/1939

Biographie :

Claude Quétel est un historien français, spécialiste de la psychohistoire (étude, entre autres, des structures et des processus mentaux conduisant à la décision ou à l’événement).

Il a d’abord été instituteur dans la Manche et le Calvados, puis professeur d’Histoire avant de réussir en 1976 le concours d’entrée au CNRS où il a effectué l’essentiel de sa carrière comme chargé puis comme directeur de recherche (section Histoire moderne et contemporaine). Il s’y est spécialisé, entre autres, dans l’histoire de la psychiatrie, la psychohistoire et la recherche iconographique.

Il a été en outre, de 1992 à 2005, le directeur scientifique du Mémorial de Caen où il s’est familiarisé avec les métiers de la muséographie et de la scénographie, ainsi qu’avec les techniques d’expositions virtuelles. A ce titre il est membre actif du Conseil international des musées. Depuis 2005, il se consacre à deux types d’activités :

* une activité d’audit et d’historien consultant pour des projets d’expositions et d’événements à contenu historique, de création ou de réaménagement de musée ;

une importante activité d’édition, à la fois comme auteur et comme directeur d’ouvrages et de collection.

Il est en outre commissaire du Centre national du Livre et collabore régulièrement à la revue Historia.

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Dernière modification par : Penelope le 01/08/2009

Contributeurs : Penelope

http://www.babelio.com/auteur/Claude-Quetel/27390

 


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