Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog


http://lauhic.perso.neuf.fr/paul_doumer_1.jpgDocument archives du 01/03/2009 - Dans son Livre de mes fils , Paul Doumer écrit : "Un homme n'est grand que s'il a vu la mort de près et l'a regardée en face, froid et impassible." Un après-midi de mai 1932, il va croiser un certain Pavel Gorguloff.

Lorsque le 6 mai 1932 le Russe Pavel Gorguloff tire sur Paul Doumer, treizième président de la IIIe République française élu à peine un an plus tôt contre Aristide Briand, c'est l'incarnation même du modèle républicain qui se trouve touchée en plein coeur. Tragique apothéose, ultime sacrifice pour un homme qui, quelques années plus tôt, a successivement perdu quatre de ses cinq fils, victimes de la Grande Guerre. Fils de cheminot né à Aurillac en 1857, bientôt orphelin de père, Paul Doumer ne semble pas prédestiné en effet à l'exercice de la magistrature suprême, loin s'en faut. Placé comme apprenti graveur à 13 ans dans un atelier de fabrique de médailles, le jeune Auvergnat, monté à Paris, passe son baccalauréat en blouse d'ouvrier. Après des débuts professionnels dans l'enseignement puis le journalisme, Doumer se spécialise dans les questions budgétaires. Il présente, en 1896, en tant que ministre des Finances d'un premier cabinet radical homogène formé par son ami Léon Bourgeois, père du solidarisme, un projet d'impôt sur le revenu, rapidement rejeté par le Sénat. Nommé gouverneur général de l'Indochine, Doumer transforme son actif quinquennat indochinois (1897-1902) en un tremplin décisif pour sa carrière.

Un visiteur se fait remarquer par son comportement

Redevenu parlementaire à son retour en métropole, il préside tour à tour chacune des deux assemblées (Chambre et Sénat). De nouveau ministre des Finances à deux reprises dans les années 1920, Paul Doumer acquiert, avec le quadruple deuil de ses fils, une dimension de « père de la nation », alors que près d'un Français sur deux est un ancien combattant de la Grande Guerre. Son élection à la présidence du Sénat en 1927 lui sert de marchepied vers la présidence de la République quatre ans plus tard.

Dans le but de perpétuer le souvenir des auteurs tombés au front, l'Association des écrivains combattants tient tous les ans un salon à Paris. Le vendredi 6 mai 1932, l'inauguration par le président Doumer a lieu à 15 heures, à l'hôtel Salomon de Rothschild, dans le 8e arrondissement. Un premier visiteur, arrivé en avance, est remarqué en raison de son comportement étrange, mais personne n'intervient. Les auteurs sont présentés un à un au président. En s'approchant du stand de Claude Farrère, le chef de l'État reçoit un exemplaire dédicacé de La Bataille . Soudain, quatre coups de feu se font entendre. Le président de la République, d'une pâleur extrême, s'écroule dans une mare de sang.

http://images.chapitre.com/ima2/big1/566/6693566.jpgL'assassin est rapidement maîtrisé et conduit au commissariat de Saint-Philippe-du-Roule, tandis que le président est conduit à l'hôpital Beaujon. Sur les quatre balles tirées, deux ont atteint le chef de l'État. L'une a pénétré dans la tête, l'autre sectionné l'artère humérale. Le lendemain, à 4 h 40, le président Doumer rend le dernier soupir. Stupeur, tristesse et indignation atteignent tout le pays, auxquelles se mêle l'incompréhension. Un lourd climat antirusse s'installe en France, où les exilés sont particulièrement nombreux depuis 1917.

Les raisons qui ont poussé le docteur Pavel Gorguloff, fondateur et unique membre d'un parti fasciste russe, à ouvrir le feu sur Doumer font d'emblée débat. Expertises et contre-expertises se succèdent : sa folie supposée divise les experts, un fou étant non responsable de ses actes selon l'article 64 du code pénal. Après son incarcération à la prison de la Santé, Gorguloff est soumis à une série d'interrogatoires. Y a-t-il complot ? De quel ordre : brun ? blanc ? rouge ? Chacune de ces hypothèses est abandonnée. Les propos mystico-patriotiques de l'assassin, déclaré « psychopathe délirant, demi-fou de type régicide », sont incohérents. Il affirme avoir agi seul et avoir été poussé à tuer Paul Doumer par une idée fixe : sauver la Russie du bolchevisme. À la question : « Mais pourquoi s'en prendre au président français ? » Réponse : « La France est complice des autorités soviétiques, elle a laissé tomber les armées blanches qui combattaient le bolchevisme, elle a reconnu le gouvernement soviétique en 1924, etc. » En abattant Doumer, Gorguloff veut à la fois punir la France et attirer l'attention du monde sur les malheurs du peuple russe.

http://3.bp.blogspot.com/_IxIRtMOZbaM/SULAYqjYMvI/AAAAAAAAAmE/wUH0-pOkNwU/s400/doumer+proc%C3%A8s+gorguloff.jpgObjectifs atteints. Dans un moment de lucidité après l'attentat, le président a le temps de demander si son auteur est Français ou non. Connu pour sa détermination à réarmer la France face à la montée des périls, Doumer se savait menacé. Selon une autre version, il était dans le collimateur des mouvements fascistes et nazis, lesquels avaient d'ailleurs déjà essayé de l'empoisonner. La controverse ne sera jamais élucidée. Des funérailles nationales sont organisées le 12 mai 1932 à Notre-Dame-de-Paris et au Panthéon. Mme Doumer refusant l'inhumation au Panthéon, le cercueil du président rejoint ceux de ses fils au cimetière de Vaugirard. Condamné le 28 juillet à la peine de mort, Gorguloff est guillotiné le 14 septembre 1932 boulevard Arago, devant la Santé. Les Parisiens sont venus en nombre. Dans un contexte de montée des fascismes, le 6 mai 1932 est qualifié par certains contemporains de « Sarajevo de la Seconde Guerre mondiale »

Par AMAURY LORIN


Un paranoïaque abat le président Doumer

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=24925

01/03/2009 - HISTORIA
 

REPÈRES

1901

6 septembre : l'anarchiste Czolgosz tire sur le président américain William McKinley, qui meurt huit jours après.

1905

31 mai : à Paris, deux bombes sont lancées sur le cortège du président Émile Loubet et du roi Alphonse XIII d'Espagne.

1914

28 juin : assassinat à Sarajevo de l'archiduc d'Autriche François-Ferdinand de Habsbourg et de son épouse.

1948

30 janvier : le mahatma Gandhi est abattu par Nathruam Godse, un hindou radical.

1948

17 septembre : un commando du groupe juif Stern tue à Jérusalem le comte suédois Folke Bernadotte, médiateur de l'ONU.

1951

20 juillet : le roi Abd Allah de Jordanie est assassiné dans la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem.

1961

8 septembre : premier attentat contre le général de Gaulle à Pont-sur-Seine (Aube).

1963

22 novembre : assassinat de John Fitzgerald Kennedy à Dallas. Ce crime reste toujours une énigme.

Un illuminé s'en prend à Louis XV

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/0/2/0/9782847340020.jpgÀ condition d'être correctement vêtu, rien n'est plus facile que de s'introduire au château de Versailles. Ce 5 janvier 1757, un fruste domestique, Robert François Damiens, en fait l'expérience, s'y promenant toute la journée. À 6 heures du soir, malgré le froid, le roi Louis XV doit sortir. Il porte une veste, un habit de velours et une redingote doublée de fourrure. Au moment où il s'apprête à monter en carrosse, Damiens sort un canif et frappe. Le souverain palpe sa chemise, en retire sa main ensanglantée. « Je suis blessé, dit-il, c'est cet homme ! Qu'on le garde, qu'on ne le tue pas ! » On immobilise le coupable, on le fouille, l'interroge, le torture. Le 18 janvier, on le conduit à la Conciergerie.

Fils d'un fermier de l'Artois, il a été laquais chez les jésuites, chez plusieurs seigneurs et conseillers du Parlement, est devenu garçon de librairie, avant de filer avec la caisse. Il a 42 ans, a abandonné femme et enfant. « Robert le Diable », comme on le nommait dans sa jeunesse, un pauvre diable en vérité. Les querelles du Parlement et du clergé, les mauvais propos entendus de magistrats, les pamphlets, les chansons ordurières ont troublé sa pauvre cervelle. Il a voulu donner un avertissement au roi, le rappeler à ses devoirs.

La blessure, portée au côté droit, est insignifiante. Louis, bon par nature, est enclin à la clémence. Une peine symbolique doit suffire. Mais l'émotion est considérable et le Parlement fait du zèle pour montrer sa loyauté. Le 26 mars, il condamne le régicide - car toute atteinte à la personne royale relève du crime de lèse-majesté - à être écartelé, comme Ravaillac. Le 28, en place de Grève, la foule est immense. On lui brûle la main droite. On tenaille son buste. On lui verse du plomb fondu, de l'huile bouillante et de la résine. Les quatre chevaux s'essoufflant, le bourreau doit donner « un coup de tranchoir aux jointures ». Au bout de plusieurs heures et l'arrachement de trois de ses membres, Damiens expire enfin. Quand on lui a détaillé le supplice à endurer, il a simplement soupiré : « La journée sera rude ! » HISTORIA

Jean-Christian PETITFILS, historien


Pour en savoir plus :


Crime et folie. Deux siècles d’enquêtes médicales et judiciaires

Crime et folie. Deux siècles d’enquêtes médicales et judiciaires

Publié par Anonyme sur le blog philippepoisson-hotmail.com, il y a 5 mois

... Assassiné leur patronne et sa fille en 1933, avec force tortures, sont l’objet d’un « engouement médiatique » important, et presqu’automatiquement condamnées et envoyées en hôpital psychiatrique, sans que les psychiatres se soient accordés sur leur cas médical : l’acte gratuit,…

 

Commenter cet article