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Les grandes vacances sont montées en puissance

 

 

Les congés payés de 1936 sont la pierre angulaire du système. Auparavant, le temps libre servait d’abord à  travailler aux champs.

 

 

Crise économique ou pas, les grandes vacances sont désormais une institution. Plus de la moitié des Français prennent la majorité de leurs congés pendant les mois de juillet et août. Certains week-ends se traduisent par des encombrements sans précédent sur les routes : le record absolu, selon les chiffres du Centre national d’information routière (Cnir), date du samedi 4 août 2007, avec 842 kilomètres de bouchons cumulés en fin de matinée. Quant à Aéroports de Paris, la société gestionnaire de Roissy-Charles de Gaulle et Orly, elle gère de plus en plus de pics d’affluence : cette année, 17 millions de passagers sont prévus pour la période allant du 1er juillet au 31 août.


Cet engouement s’enracine à l’époque du Front populaire, en 1936, quand le gouvernement de Léon Blum octroie les premiers congés payés. Leur durée, quinze jours, est actée par une loi publiée au Journal Officiel. Cette année là, quelque 600 000 Français partent en vacances. Vingt ans plus tard, en 1956, Renault se distingue comme la première entreprise à donner trois semaines de vacances à ses salariés. Un dispositif qui gagne rapidement l’ensemble des secteurs professionnels. La quatrième semaine de congés payés est officialisée en 1969, sous le gouvernement de Georges Pompidou. Enfin, après l’arrivée de la gauche au pouvoir, l’ordonnance du 13 janvier 1982 fixe la cinquième semaine.


Si notable soient ces avancées, le XXe siècle n’a pas le monopole du goût pour le repos.


En 1880, Paul Lafargue, le gendre de Marx, publie Le droit à la paresse, un manifeste qui s’en prend résolument au «dogme du travail». Dans son introduction, l’écrivain et militant socialiste cite l’ancien président du Conseil Adolphe Thiers pour mieux le contrecarrer, Thiers selon lequel «(une) bonne philosophie apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir (…)». Un siècle plus tard, en 1981, le gouvernement de Pierre Mauroy innove en créant un ministère du Temps libre, qui recouvre à la fois les services du tourisme, de la jeunesse et des sports. Le Chèque-Vacances, qui bénéficie aujourd’hui à près de 4 millions de salariés, est lancé à ce moment là.


Avant les réflexions philosophiques et l’organisation administrative, le concept des vacances a longtemps épousé le rythme des saisons : on cite souvent l’exemple du pape Grégoire II qui, à partir de 1231, octroie des vacances pour accélérer les travaux agricoles. Les moissons en août et les vendanges en septembre font que les futurs congés scolaires courront longtemps sur ces deux mois. Sous la IIIe République, quand Jules Ferry veut raccourcir cette période, la France encore très rurale (à près de 80%) proteste vigoureusement. L’aménagement du temps scolaire en fonction du rythme biologique de l’enfant est encore très éloigné : les débats naîtront vraiment avec les années 1980. Quant à la France industrielle, elle se met en congé en août depuis plusieurs décennies, avec la fermeture programmée des ateliers dans de nombreuses branches. Ce qui n’exclut pas l’agitation sociale, comme en témoignent les remous actuels autour de la fermeture du site de PSA à Aulnay.   

 

Par Frédéric de Monicault

 

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