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http://lesalonbeige.blogs.com/.a/6a00d83451619c69e2017c362ae6a7970b-320wiPendant quelques secondes, le silence. Les 400 personnes invitées à la projection en avant-première à Libourne du film de Pierre Aknine, « Crime d'État », semblent sonnées. Puis quelques applaudissements rompent la sidération du moment. L'émotion sans doute, encore vive et sincère malgré les années. L'embarras de certains chiraquiens peut-être ? Ou de témoins de cette époque toujours persuadés du suicide du ministre ? C'est un film « coup-de-poing », « à portée d'haleine », auquel s'est attelé pendant deux ans le réalisateur de cette fiction sur l'assassinat de Robert Boulin le 29 octobre 1979.


Car Pierre Aknine en est convaincu : le ministre du Travail, le député-maire de Libourne a bien été assassiné. Au seul poids des mots prononcés jusque-là depuis trente-cinq ans par tous les défenseurs de cette thèse, de Fabienne Boulin, sa fille, au journaliste Benoît Collombat dans son livre contre-enquête (1), s'ajoute aujourd'hui le choc des images. Et cette question toujours lancinante que se posent encore les spectateurs : « Comment on a pu en arriver là ? »


« Autopsier cette mort »


Que voit-on ? Boulin (l'acteur François Berléand) tabassé par les hommes de main du Service d'action civique (SAC) ; Boulin le corps flottant dans l'étang du Rompu ; Boulin pris dans une « guerre des droites », selon Pierre Aknine, « sacrifié par Jacques Chirac et lâché par Valérie Giscard-d'Estaing » ; Boulin, gaulliste fidèle, prêt à dénoncer le financement occulte de l'UNR (l'UMP de l'époque) abandonné par tous, « un homme seul », honnête homme aux convictions fortes pour lequel la morale avait encore à voir avec la politique.


« Je voulais autopsier cette mort », insiste Pierre Aknine. Certes, le réalisateur ne laisse pas place au doute dans l'esprit du spectateur. Sa caméra-scalpel taille dans le vif de son sujet : la veulerie, la lâcheté, l'ambition, la trahison, la tragédie du pouvoir en ces années soixante-dix. Et l'abandon final.


Un vrai polar, sauf que là, la fiction rejoint brutalement la réalité. Les personnages ont existé, vivent encore, appartiennent à notre histoire contemporaine. Ne seraient-ce que Jacques Chirac, Charles Pasqua, le juge Van Ruymbeke, âgé alors de 27 ans. « Ce film n'aurait pas été possible il y a vingt ans », jugent Pierre Aknine et son producteur Jean-Pierre Guérin. Ce dernier, ancien journaliste, n'a jamais cru au suicide comme il l'a avoué l'autre soir.


Pétition en ligne et en mairie


C'est contre cette falsification de la vérité que Fabienne Boulin se bat depuis trente-trois ans. Elle n'était pas présente, mercredi soir au cinéma Grand-Écran, retenue en famille au Cambodge. Sophie Bourgeois, la fille d'Ermine Virmouneix, responsable de l'antenne libournaise de l'association Robert Boulin pour la vérité, a lu son message.


Dans lequel elle souhaite que Libourne se mobilise. « Le soutien de tous est précieux pour faire rouvrir l'instruction avant 2017. » Une pétition circule sur le Net (2). L'enthousiasme des Libournais lorsqu'on évoque Robert Boulin est comme le soufflet : « Il retombe vite », regrettent Ermine Virmouneix et sa fille. « J'espère que ce film va faire bouger les choses. Car Fabienne Boulin est un peu découragée. » Les témoignages de sympathie n'ont pas manqué pourtant.


Mais des questions restent en suspend. « Robert-Boulin détenait des documents chez lui ? Où sont-ils passés ? », s'interroge un spectateur. « À Libourne ? » Des zones d'ombre à éclairer. Mais contrairement à ce que Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l'Intérieur, affirmait lors d'une de ses visites à Libourne en juin 2010 : le dossier n'est pas encore clos.


(1) Benoît Collombat, « Un homme à abattre : contre-enquête sur la mort de Robert Boulin », Paris, éditions Fayard 2007. (2) La pétition est en ligne sur le site www.robertboulin.net ainsi qu'à la mairie de Libourne. Lire également l'interview de Bernard Fonfrède, ancien assistant parlementaire de Gérard César (alors suppléant de Robert Boulin) sur www.sudouest.fr

 

Affaire Boulin : : "Crime d'État", un film coup-de-poing

Pierre Aknine reconstitue les dernières heures de l'ancien ministre. Diffusé mardi sur France 3, le film était projeté mercredi soir en avant-première à Libourne.

Publié le 25/01/2013 à 06h00
Par Alain Montanguon

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