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Andrée Borrel (1919-1944), fut un agent du SOE, pendant la Seconde Guerre mondiale. Sous le nom de guerre de « Denise », elle fut parachutée en France en septembre 1942 pour intégrer le réseau Prosper - PHYSICIAN, en tant que courrier aux côtés de son chef Francis Suttill. À l'effondrement du réseau en juin 1943, elle fut arrêtée, déportée et exécutée par les Allemands.

Pour accéder à des photographies d'Andrée Borrel, se reporter au paragraphe Sources et liens externes en fin d'article.

1919. Le 18 novembre, naissance d’Andrée Raymonde Borrel dans la banlieue de Paris.

Enfance. Ses passe-temps favoris sont les sports : marche, cyclisme, escalade. Sa sœur la décrira comme un garçon manqué.

1933. Âgée de 14 ans, elle quitte l'école et travaille comme vendeuse à la boulangerie Pujo, à Paris.

1935. Elle est employée au Bazar d'Amsterdam.

1939.

  • Faisant partie de la Fédération Cyclo Féminine de France, elle se classe 5e de la course Pontoise – Meru – Pontoise[1].

  • Quand éclate la guerre, elle se rend en famille à Toulon et reçoit une formation d'aide-soignante au sein de l'Association des Dames de France (ADF). Elle est affectée à Beaucaire pour soigner les soldats blessés. Elle y rencontre Maurice Dufour, son compagnon.



    1940.

  • Juin. Après la défaite, l'ADF passe sous le contrôle du Régime de Vichy. Andrée et Maurice n'acceptent pas la défaite de leur pays.

  •  Juillet. L'hôpital nîmois où elle travaille ferme. Elle rejoint Maurice qui a intégré la ligne d'évasion Pat O'Leary[2], la première filière d'évasion vraiment organisée pour les pilotes abattus et les soldats alliés qui se trouvaient là depuis l'évacuation de Dunkerque et la reddition de la Highland 51st Division à Saint-Valery-en-Caux, et qui voulaient regagner la Grande-Bretagne. Le couple s'installe alors dans une villa à Canet, près de Perpignan et de la frontière espagnole.

  • Août. La villa, qui est l'une des dernières maisons sûres avant la traversée difficile et dangereuse des Pyrénées, sert à abriter les fuyards et les évadés.

  • Décembre. De nombreux agents du nord de la Ligne sont arrêtés, apparemment trahis par le courrier anglais Harold "Paul" Cole après son arrestation par les GFP à Lille. Elle doit fuir à Lisbonne au Portugal. Elle y travaille quelque temps au Bureau de propagande de la France libre.

1942.

  • Avril. Elle se rend à Londres. Au bureau de la France libre, elle est mise en relation avec la section française du Special Operations Executive, la Section F. Aussitôt enrôlée, elle commence l'entraînement. Officiellement elle fait partie du First Aid Nursing Yeomanry (FANY), un corps d'infirmières qui est également sollicité pour des tâches extrêmement secrètes exigeant des compétences élevées (codage des messages, gestion des agents, soutien technique et administratif des centres de formation des services spéciaux). Sa très bonne connaissance de Paris convainc le SOE de la choisir comme courrier du réseau Prosper-PHYSICIAN, que Francis Suttill « Prosper » est chargé de créer et d'organiser en zone occupée, autour de Paris.

  • Septembre. Dans la nuit du 24, Andrée Borrel, dite « Denise » (elle eut aussi comme nom de code « Monique » et « Whitebeam »), et Lise de Baissac « Odile » sont les deux premières femmes à être parachutées en France occupée. Dans l'obscurité, elles chutent près du village Boisrenard, près de Mer (Loir-et-Cher), tout près de la Loire. Récupérées par une équipe de résistants locaux, Lise de Baissac est dirigée vers Poitiers, pour monter un nouveau réseau, tandis qu'Andrée Borrel va à Paris pour préparer le terrain en compagnie d'Yvonne Rudellat.

  • Octobre. Le 1er, arrivée de Francis Suttill. Le réseau Prosper-PHYSICIAN développe ses activités sous son autorité.

1943.

  • Mars. Elle devient second dans le commandement du réseau. Suttill informe Londres : « Elle montre un parfait entendement de la sécurité et un calme imperturbable. Tous ceux qui travaillent avec elle sont d'accord avec moi pour dire qu'elle est la meilleure d'entre nous. Merci beaucoup de me l'avoir envoyée ».



  • Juin. Le 23, la Gestapo arrête Andrée Borrel, Francis Suttill et Gilbert Norman. C'est le début de l'effondrement du réseau. Elle est interrogée au quartier général parisien du Sicherheitsdienst (SD), au 84 Avenue Foch, puis incarcérée à la prison de Fresnes.

1944.

  •  Mai. Le matin du 12, Andrée Borrel, en même temps que sept autres agents féminins du SOE, Diana Rowden, Yolande Beekman, Vera Leigh, Eliane Plewman, Odette Sansom, Madeleine Damerment et Sonia Olschanesky[3], est extraite de la prison de Fresnes. Elles ne se connaissent pas les unes les autres, n'ayant jamais eu à se côtoyer, ni à l'entraînement, ni sur le terrain, ni en prison. Elles sont envoyées au quartier général du SD, avenue Foch, où elles sont enfermées quelques heures, puis emmenées en camion, attachées deux par deux, à la gare de l'Est, mises dans le train et déportées en Allemagne. Le 13, le trajet s'arrête à Karlsruhe. Des huit femmes, seule Odette Sansom reviendra et pourra faire le récit de ce voyage. Pour lire ce récit, se reporter à l'article Odette Sansom, boîte déroulante intitulée Transfert en Allemagne de sept prisonnières de la section F.

  • Avec trois autres prisonnières agents du SOE, Vera Leigh, Sonia Olschanesky et Diana Rowden, Andrée Borrel est éxpédiée au camp de concentration de Struthof-Natzweiler, en Alsace annexée.

  • Dès leur arrivée, le 6 juillet, Andrée Borrel et ses trois camarades sont exécutées par injection de phénol et leurs corps incinérés dans le four crématoire du camp. On rapporte qu'elle s'est débattue. Elle avait 24 ans.

  • France : Croix de Guerre 1939-1945, décernée à titre posthume en reconnaissance de son sacrifice héroïque pour la liberté de son pays ; Médaille de la Résistance.

  • Royaume-Uni : King's commendation for brave conduct (KCBC).

  • Le camp de concentration du Struthof où elle a été exécutée est devenu un site historique français. La plaque à Andrée Borrel et aux trois autres femmes agents du SOE exécutées qui y a été apposée fait partie du Mémorial de la Déportation.

  • En tant que l'un des 104 agents de la Section F du SOE morts pour la France, Andrée Borrel est honorée au Mémorial de Valençay (Indre).

  • Brian Stonehouse, agent SOE et peintre, qui a vu Andrée Borrel et les trois autres femmes au camp de concentration de Struthof juste avant leur mort, a peint une aquarelle poignante des quatre femmes, accrochée au Club des Forces spéciales à Londres.

     

  1.  ↑ Retrouvé par Pierre Wecksteen et Frédéric Girard, historiens du cyclisme.

  2.  ↑ Nom de guerre d'Albert Guérisse, un médecin de l'Armée belge, qui dirige la ligne d'octobre 1941 jusqu'à son arrestation en mars 1943. La ligne allait de la frontière belge à la frontière espagnole.

  3. La présence de Sonia Olschanesky dans le groupe est à vérifier : Siedentopf (2008) la mentionne, mais Odette Sansom, qui faisait partie du groupe, ne la mentionne pas dans son récit rapporté dans Tickell (1950).



  • Photographies d'Andrée Borrel sur le site Special Forces Roll of Honour

  • Dossier personnel d'Andrée Borrel aux National Archives britanniques. Le dossier HS 9/183 est accessible depuis le 6 mars 2003.

  • Michael Richard Daniell Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d'Action (SOE) en France 1940-1944, annot. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2008, ISBN : 978-2-84734-329-8 / EAN 13 : 9782847343298. Traduction en français par Rachel Bouyssou de (en) SOE in France. An account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London, Her Majesty's Stationery Office, 1966, 1968 ; Whitehall History Publishing, in association with Frank Cass, 2004. Ce livre présente la version officielle britannique de l’histoire du SOE en France. Une référence.

  • Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Robert Laffont, 1976 ; éd. revue et complétée, Crémille & Famot, 1982.

  • Hugh Verity, Nous atterrissions de nuit... Les atterrissages secrets de la RAF en France 1940-44, 1978 ;

5e éd. revue et augmentée, Vario, 2004.
  • Anthony Cave Brown, La Guerre secrète, le rempart des mensonges, Pygmalion/Gérard Watelet, 1981.

  • John Vader, Nous n'avons pas joué, l'effondrement du réseau Prosper 1943, traduction, notes et annexes de Charles Le Brun, Le Capucin, 2002. C'est la traduction en français du livre (en) Prosper double-cross, Sunrise Press, 1977.

  • Jacques Bureau, Un soldat menteur, Robert Laffont, 1992. Témoignage direct d'un membre du réseau.

  • Jean Lartéguy et Bob Maloubier, Triple jeu, l'espion Déricourt, Robert Laffont, 1992.

  • (en) Rita Kramer, Flames in the Field, Story of Four SOE Agents in Occupied France, Michael Joseph Ltd, 1995, ISBN-13: 978-0718138813

  • Richard Seiler, La Tragédie du Réseau Prosper, Pygmalion, 2003.

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