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Teaser La Dame de fer - La Dame de fer Teaser VO - AlloCiné

www.allocine.fr/.../player_gen_cmedia=19234830&cf...15 juil. 2011
Voir La Dame de fer, un film de Phyllida Lloyd avec Meryl Streep, Jim Broadbent.

 

 

 

http://www.pathefilms.com/sites/default/files/styles/fiche_visuel/public/film/affiche/LA_DAME_DE_FER_120x160.jpgLe film de Phylidda Lloyd revient sur la vie et la carrière politique de la première et seule femme Premier ministre du Royaume-Uni, qui occupa le 10 Downing Street de 1979 à 1990.

 

Attention, un film peut en cacher un autre !

 

Une mise en garde s’impose aux spectateurs qui attendent de La dame de fer un « biopic » centré sur la vie et la carrière politique de Margaret Thatcher. Car la scénariste Abi Morgan a choisi de réinventer le présent d’une dame âgée, montrée dans sa coquette maison d’une banlieue anglaise, qui se trouve avoir été il y a trente ans le Premier Ministre britannique à avoir occupé le plus longuement le 10 Downing Street depuis Lord Liverpool, au début du XIXe siècle. Une dame âgée donc, filmée avec crudité, voire cruauté, avec les afflictions de l’âge, à commencer par les pertes de mémoire de plus en plus fréquentes qui assombrissent son existence ainsi que celle de son entourage proche composé de sa gouvernante et de sa fille.

 

Certes, Margaret Thatcher, née en 1925, conserve une forme de cohérence de pensée et reste capable d’accéder à ses souvenirs. A commencer par ceux qu’elle partage avec son mari, Dennis (interprété avec élégance par Jim Broadbent), avec qui elle poursuit un dialogue au-delà de la mort (il l’a quittée en 2003), telle une héroïne de Shakespeare conversant avec un fantôme aussi omniprésent que facétieux. Une filiation littéraire revendiquée par la réalisatrice, qui a derrière elle quelques grandes mises en scène pour le théâtre et l’opéra britanniques. Ainsi, averti de la dimension romanesque du sujet - comment résister à la perte de l’être aimé ? - et par l’aspect un brin répétitif du propos, le spectateur peut enfin focaliser son attention sur l’aventure politique qui l’amène à avoir envie de découvrir ce film.


Là encore, même si les événements passés évoqués par le film le sont avec la rigueur souhaitée, tout est perçu à travers les yeux de Margaret Thatcher. La Dame de Fer adopte le point de vue de l’héroïne, et des flashbacks permettent de redécouvrir les pages les plus mémorables de son existence. On retrouve la jeune fille d’épicier de Grantham, qui s’appelait alors Margaret Roberts (jouée par Alexandra Roach), une étudiante convaincue du rôle irremplaçable de la classe moyenne industrieuse. Puis c’est sa rencontre avec Dennis Thatcher (Harry Loyd à l’écran), qui croira toujours en elle et la secondera aussi efficacement que discrètement. Ensuite, on découvre ses premières victoires électorales et son arrivée à Westminster dans un univers parlementaire exclusivement masculin, son élection inattendue à la tête du Parti conservateur, l’attentat  de Brighton où elle faillit perdre la vie, « sa » guerre des Malouines, son attitude ferme - certains diront butée - sur les grèves des mineurs ou sur la poll tax, l’impôt égal pour tous qui la fera chuter.

 

Sa vie durant, Margaret Thatcher aura méprisé le consensus. Elle croyait en ses propres convictions et ne se connaissait pas d’autre maître qu’elle-même, déclare Abi Morgan. Cet incroyable leader est incarné ici par Meryl Streep. C’est peu d’écrire que son interprétation est extraordinaire. Meryl Streep « est » Margaret Thatcher. Elle l’incarne sur quarante années avec un prodigieux talent de composition qui la fait passer d’une femme gauche et mal chapeauté (au sens premier du terme) qui s’épuise en cours d’élocution - l’une des séquences d’anthologie du film - à une femme de pouvoir intransigeante dont François Mitterrand dira qu’elle avait les yeux de Caligula et la bouche de Marylin Monroe. Autre scène mémorable, celle où Margaret Thatcher, en pleine réunion de cabinet, humilie littéralement le vice-Premier Ministre Geoffrey Howe, devant des ministres médusés et terrorisés. La démission de ce dernier achèvera de convaincre les dirigeants du Parti de pousser la Dame de fer vers la sortie. Ce qu’elle fera avec dignité mais aussi douleur contenue.

 

Ainsi, réserve faite des moments souvent trop longs et parfois pénibles où l’on nous présente une Margaret Thatcher diminuée et perdue dans ses souvenirs, le film se présente comme un bel hommage à un destin. Laissons le mot de la fin à Meryl Streep, dont on n’admirera jamais assez la subtile et sublime composition : La Dame de fer est un film qui montre que même une vie aussi hors du commun que celle de Margaret Thatcher finit par s’apaiser.

 

Bruno Calvès

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La Dame de fer, de Phylidda Lloyd. Sortie en salles le 15 février.


 

Pour en savoir plus :


La Dame de fer, par Philippe Chassaigne, L'Histoire n°276, mai 2003, p. 75. 


Margaret Thatcher face aux mineurs. 1972-1985, treize années qui ont changé l'Angleterre, par Pierre-François Gouiffès, L'Histoire n°327, janvier 2008, p. 96. 


Thatcher, la Dame de fer, par Jacques Leruez, Éditions André Versaille, 2012, 244 p., 19,90 euros.


La Dame de fer... Le récit d'une aventure politique

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